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Les agrocarburants de première génération:une fausse piste de développement durable. Et les agrocarburants de seconde génération vont nous mettre sur la paille.

14 novembre 2011

. LES AGROCARBURANTS DE PREMIERE GENERATION : UNE FAUSSE PISTE DE DEVELOPPEMENT DURABLE
ET LA SECONDE GENERATION VA NOUS METTRE SUR LA PAILLE.

Le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a supprimé les agro carburants de première génération de la liste des énergies renouvelables (Rapport du Groupe III sur les énergies renouvelables Mai 2011). Du fait de la concurrence avec les besoins alimentaires, du gain faible sur les émissions de gaz à effet de serre, quand le bilan n’est pas négatif, du coût élevé pour les finances publiques de ces carburants, on considère aujourd’hui ces agro carburants comme une étape de transition, limitée à l’utilisation de jachères, en attendant la deuxième génération à partir de biomasse non alimentaire, bois ou résidus de bois, paille, tiges de maïs, etc…De nombreux procédés sont à l’étude et parfois au stade de démonstration. (157 projets dans le monde en 2011). Mais le coût pour les finances publiques risque fort de rester très élevé, malgré les hausses de prix du pétrole. Des progrès techniques majeurs doivent être réalisés pour rendre ces carburants économiquement acceptables, et la recherche devra être aidée par les Etats. Mais la biomasse, qui n’est pas disponible en quantités illimitées, serait sans doute mieux utilisée dans des unités de cogénération, produisant chaleur et électricité, dont les rendements énergétiques sont bien meilleurs. Cette application, et quelques autres, comme la chimie verte, risquent d’ailleurs de mobiliser la biomasse disponible, au détriment des biocarburants de seconde génération, qui devront alors être approvisionnés par des cultures dédiées. Ce qui ne manquera pas d’entrainer les mêmes polémiques que pour la première génération. Le bénéfice pour l’effet de serre étant sans doute bien meilleur avec la cogénération, que pour la production de biocarburants, l’objectif de 10% de biocarburants en 2020 en Europe est parfaitement incohérent, injustifié, et coûteux pour les finances publiques. Les Etats sont légitimes à fixer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais ils devraient éviter de fixer les moyens d’y parvenir !

Déforestation et changement d’affectation des sols sont responsables de près de 40% des excédents de gaz carbonique émis chaque année dans l’atmosphère, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.

La déforestation est pratiquée pour l’extension des zones d’élevage, par exemple en Amérique du Sud, ou pour l’extension de la culture du palmier à huile, en Asie du Sud-Est. L’expansion de la culture du palmier à huile en Malaisie, Indonésie ou au Nigéria, selon la banque Mondiale, (2010) a fait passer la surface cultivée de 7,8 millions d’hectares en 1990 à 14 millions en 2007, au détriment des forêts primaires, puits de carbone. Le Brésil transforme la moitié de ses cannes à sucre en éthanol (34% de la production mondiale). L’expansion des terres cultivées ou d’élevage, au détriment de la forêt amazonienne, a supprimé 100.000 hectares de forêts du Mato Grosso entre les seules années 2001 et 2004 ! (Banque Mondiale 2010).

Et tout cela parce que les Chefs d’Etat de l’Union Européenne ont décidé en Mars 2007 un objectif contraignant de 20% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’Union européenne pour 2020, avec un objectif d’incorporation de 10% d’agro carburants dans l’essence ou le gazole.

Les agro carburants représentaient 0,6% de la consommation de carburants en 2002, chiffre qui passe à 5,75% en 2010 (6,25% en France) (Directive 2003/30/CE), et il est prévu 10% en 2020, (Compté en énergie), (Directive 2009/28/CE). La France a avancé cette date à 2015. Le rapport « Agro carburants et Environnement » du 10 décembre 2008 du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, montre que l’objectif de 10% d’incorporation d’agro carburants n’est pas réalisable sans la mobilisation de nouvelles terres, avec toutes les nuisances qui accompagnent les cultures intensives, et sans le recours aux importations. Le même rapport alerte sur les risques pour la biodiversité : « L’utilisation des jachères pourrait ruiner les efforts très récents de conciliation des activités agricoles avec les politiques de protection de la biodiversité (espèces messicoles, végétalisation des haies et bordures de champs, zones d’habitat des oiseaux…) écrit Eric Vindimian, un des auteurs du rapport. Pour l’instant le bilan des agro carburants n’est pas très favorable à l’effet de serre, (sauf pour l’éthanol brésilien, si l’on veut bien oublier que le prix du sucre est passé de l’indice 116 en 2000 à 420 en Janvier 2011 selon le FAO Food Price Index, le travail de forçats des coupeurs de cannes, et les expropriations forcées). Une grande partie du bilan favorable de l’éthanol brésilien provient de l’utilisation des bagasses en cogénération de chaleur et d’électricité.

Le bilan des agro carburants de première génération pour l’effet de serre oublie en général les effets indirects, et comporte de nombreux facteurs d’incertitude.

Paul Crutzen, prix Nobel 1995, avait signalé en 2007, sur la base de mesures des quantités de protoxyde d’azote émises par les cultures de blé, maïs, tournesol ou colza , que certaines filières ont un potentiel d’effet de serre double de celui des carburants fossiles! (P.J.Crutzen et al. 2007). Le Joint Research Centre de l’Union Européenne (JRC) a réduit les estimations de Paul Crutzen, mais il reconnait que le calcul des émissions de protoxyde d’azote par les facteurs d’émission du GIEC, habituellement utilisées, sous estiment fortement ces émissions. Celles-ci dépendent de la nature des sols, en particulier de leur teneur en matières organiques, des quantités d’engrais utilisées, des conditions climatiques. Le protoxyde d’azote a un PRG (potentiel de réchauffement global) 298 fois plus élevé que le CO2. Et Paul Crutzen n’inclut pas dans ses calculs les effets du saccage des forêts primaires du globe, mais seulement les émissions de gaz à effet de serre des cultures et de leurs intrants.
Le rapport du Groupe III du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat), sur les énergies renouvelables, de Mai 2011, ne mentionne plus les agro carburants de première génération comme « énergie renouvelable » et écrit :« Certains systèmes bioénergétiques, notamment ceux qui impliquent de convertir des terres aux cultures destinées à la production d’énergie et de biomasse agricole, peuvent être à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre bien supérieures à celles contre lesquelles ils sont censés lutter. »
La production d’éthanol pour les agro carburants à partir de betteraves, de maïs, ou de blé, se développe rapidement en Europe, alors que son bilan pour l’effet de serre peut être négatif, selon le JRC, et un article récent de la revue Science, (Fargione et al 2008). Cette production était de 0,446 milliard de litres en 2003 : elle est passée à 3,7 milliards de litres en 2009. La France est le premier producteur de l’Union Européenne avec 1,7 milliards de litres en 2009. En 2007, 47% de la production européenne d’huiles végétales ont été transformés en biodiesel. (FAO 2008). Le JRC admet aujourd’hui que les émissions de gaz à effet de serre de ces productions peuvent être plus élevées que celles des combustibles fossiles qu’ils sont censés remplacer, sauf pour l’éthanol brésilien : « De nombreux agro carburants sont susceptibles de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans des conditions optimales. Néanmoins, les seuls agro carburants qui atteignent cet objectif en incluant les effets indirects sont l’éthanol de canne à sucre du Brésil et les agro carburants de seconde génération ».
Des effets indirects sont liés en particulier au changement d’affectation des sols. (CASI)
Ces changements d’affectation des sols sont de deux types : directs : conversion d’une surface cultivée ou non à la production de biocarburants. C’est le cas au Brésil et en Malaisie. Indirects : la culture des agro carburants remplace une culture autrefois dédiée à l’alimentation. La culture alimentaire devra être pratiquée ailleurs. La FAO (2006) évalue à 1 milliard de tonnes de carbone par an les émissions nettes mondiales de gaz à effet de serre liées aux changements d’affectation du sol, qui s’ajoutent aux 1,5 à 2 milliards de tonnes émises par la déforestation. La mise en culture de sols forestiers ou de prairies, renforce en effet les concentrations atmosphériques en gaz à effet de serre.
Un sol de prairie stocke entre 2,5 et 3 fois plus de carbone qu’un sol cultivé. Changer l’affectation implique donc des émissions supplémentaires, qui sont estimées pour l’Europe aux deux tiers des gains directs liés au changement de carburant. Selon Fargione et al (2008), la conversion d’un hectare de forêt tropicale en culture de palmiers à huile en Malaisie ou en Indonésie entraine la libération de 600 tonnes de CO2 ! Le gain lié à l’usage de l’huile de palme en agro carburant est donc annulé pour de nombreuses années !
Difficile donc de comprendre le maintien de l’objectif de 10% d’agro carburants pour Europe en 2020. Et le volontarisme de la France qui avait fixé à 7% le taux d’incorporation de ces agro carburants en 2010, et 10% en 2015 ! Et tout cela pour « économiser » entre 1 ou 2 millions de tep (tonnes équivalent pétrole) sur les 92,8 millions de tonnes importées en 2009 ! L’OCDE (2008) écrit que « la politique de soutien des agro carburants au Canada, aux Etats Unis et en Europe réduira de 0,5 à 0,8% les émissions de gaz à effet de serre des transports en 2015 ». Les agro carburants de seconde génération utilisant des matières premières cellulosiques, ne seront pas en concurrence avec les besoins alimentaires, mais ils ne seront pas économiquement disponibles avant plusieurs années, car des progrès techniques majeurs doivent être réalisés pour y parvenir. Le récent plan d’action national en faveur des énergies renouvelables le reconnait implicitement car l’objectif de 10% en 2015 a été réduit à 7%, le complément étant assuré « par la mise en circulation de 450.000 véhicules électriques, 2 millions en 2020. »

Le Commissaire à l’Environnement de l’Union Européenne de 2004 à 2009 Stavros Dimas a déclaré en Janvier 2008 à la BBC : « lorsque l’Union Européenne a fixé la norme de 10%, d’ici à 2020, elle a sous-estimé le risque que ce développement représente pour les forêts tropicales et le risque de l’augmentation des prix de l’alimentation ». « Nous avons vu que les problèmes environnementaux provoqués par les biocarburants et aussi les problèmes sociaux sont plus importants que nous le croyions. Donc, nous devons être très prudents Déclaration qui montre que l’Union Européenne n’applique pas ses propres règles : la directive 2001/42/CE relative à l’évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l’environnement. Selon cette directive, les projets de plans susceptibles d’avoir des incidences sur l’environnement doivent donner lieu à une évaluation environnementale. On notera aussi l’absence d’étude sur l’impact social et économique, qui fait pourtant partie aussi du développement durable.

Les décisions « écologiques » sont souvent prises sans étude préalable sérieuse : en République Fédérale d’Allemagne, la règlementation prévoyait l’utilisation de 10%, puis 20% d’éthanol dans l’essence en 2020. Mais certains moteurs allemands existants montrant des signes d’usure accélérée avec ce carburant, le texte est devenu inapplicable…Ces mélanges se révèlent plus corrosifs que l’essence classique et une usure prématurée est donc possible pour les organes de distribution du carburant à travers le moteurs comme les durites et les pompes à injection. Le coupable est probablement l’acide acétique. Les automobilistes allemands craignent aujourd’hui l’usure de leur moteur même avec 10% d’éthanol, et boudent ces agro carburants ! Cet épisode a donné l’occasion au Ministre allemand de l’Economie de reprocher à son collègue de l’Environnement « d’oublier les faits au nom de l’idéologie » !

Les effets secondaires des agro carburants : flambée des prix des denrées alimentaires, subventions à payer par le contribuable, perte de la biodiversité, pollution des monocultures intensives, spéculation sur les terres cultivables en Afrique, droits de l’homme bafoués au Brésil et en Asie pour les expropriations, augmentation des populations sous alimentées, et finalement bénéfice minime pour l’effet de serre !
La consommation de matières premières agricoles pour les agro carburants dans le monde participe, avec la spéculation, à l’inflation des prix des denrées alimentaires. C. Ford Runge et Benjamin Senauer, dans Foreign Affairs de Mai-Juin 2007, remarquent qu’il faut 225 kg de maïs pour remplir le réservoir d’un 4 x 4 américain (96 litres), de quoi nourrir un mexicain une année entière ! Les fermiers américains ont transformé en 2007, 85 millions de tonnes de maïs en éthanol, de quoi nourrir de nombreux mexicains ! Développement durable ? Les cultures pour la filière agro carburants sont directement en compétition avec les cultures vivrières : « Un modèle développé par l’INRA permet de calculer qu’il y aura compétition en France entre les cultures alimentaires et “énergétiques” dès 2006 et ce, avant même que toutes les surfaces de jachère soient réquisitionnées. En effet, la totalité de la surface de jachère ne peut être consacrée à la production de colza énergétique pour plusieurs raisons : le colza doit être utilisé en rotation, 30% des jachères sont inexploitables car en pente ou éloignées des exploitations, écrivait l’INRA en 2006. Comme les surfaces de terre disponibles en Europe sont loin de permettre la production requise, « 4,5 millions d’hectares de terres africaines sont sur le point d’être acquis par des investisseurs étrangers afin de produire les agro carburants destinés essentiellement au marché européen », indiquent les Amis de la Terre. A la tribune des Nations Unies le 17 Février 2011, le Ministre français de l’Agriculture Bruno Le Maire déplorait cette situation : « La terre est elle-même devenue un objet de spéculation. Nous assistons partout à travers la planète à des achats massifs de terres agricoles : 45 millions d’hectares de terres agricoles ont été achetés, selon la Banque mondiale, début 2010 dans le monde. 70% de ces terres agricoles ont été achetés en Afrique. Ces achats privent l’Afrique du développement autonome de son agriculture. » Ces achats de grandes surfaces de terres cultivables en Afrique, par des fonds souverains ou privés, indignent Jean Ziegler, l’ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à la nourriture, qui souligne leur incohérence avec le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies.
L’indice des prix des denrées alimentaires de L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO Food Price Index) est passé de 90 en 2000 à 200 en 2008. La crise financière de 2009 l’a fait descendre à 168 en Mars 2010, mais en Janvier 2011 il est à 231, et 225 en Septembre ! L’indice des prix des céréales a connu une plus grande inflation encore : 85 en 2000, 238 en 2008, 174 en 2009, 245 en Janvier 2011 ! Ces hausses ne peuvent que conduire à accroitre le nombre de populations sous alimentées, voire à des émeutes de la faim.
La Commission Européenne a affirmé en 2009 que des « critères sévères de développement durable » seront appliqués aux importations d’agro carburants. La Directive 2009-28 précise en effet que « les biocarburants ne doivent pas être produits à partir de matières premières issues de terres de grandes valeurs en termes de diversité biologique ou présentant un important stock de carbone. » Que des populations aient faim ne semble pas préoccuper la Commission. Et que des critères écologiques aient besoin d’être appliqués en dit long sur la (non) pertinence des décisions de 2007. Le rapport Ziegler des Nations Unies dénonce également les évictions forcées et autres violations des droits de l’homme qui accompagnent le développement des cultures d’agro carburants dans différentes parties du monde. Et pour l’Europe, le changement d’affectation du sol indirect (CASI) qui est lié aux importations, alourdit considérablement le bilan des émissions de gaz à effet de serre, et peut transformer un bilan positif en bilan négatif. L’Institut pour la Politique Européenne de l’Environnement (IEEP), estime dans un rapport de 2010, que pour mettre en œuvre les plans nationaux prévus par 23 pays membres, et répondre aux besoins en agro carburants de l’UE à l’horizon 2020, entre 4,1 et 6,9 millions d’hectares devront être convertis en terre cultivées. « Si le CASI est pris en compte à un niveau réaliste, les agro carburants supplémentaires qui entreront sur le marché de l’Union Européenne auront un impact de 81% à 167 % plus néfaste pour le climat que les combustibles fossiles qu’ils sont censés remplacer “, écrit ce rapport.
L’Union Européenne s’interrogeait en 2010 sur la nécessité de prendre en compte ou non le CASI dans les évaluations ! On peut le comprendre, cela risque d’entrainer des révisions déchirantes ! Un rapport que la Commission a commandé à l’IFPRI (Institut International de recherche sur les politiques alimentaires), confirme le rôle important du CASI dans le bilan pour l’effet de serre. Le rapport calcule que le changement d’affectation des sols direct ou indirect annule plus des deux-tiers des gains liés aux émissions directes, et que l’objectif de 10% n’est pas « durable ». Le rapport estime qu’un objectif de 5,6% pourrait être durable, le complément à 10% pouvant être de seconde génération. Mais ces filières seront-elles prêtes ? Et à quel prix ? Dans le même temps, la FAO et l’OCDE, demandent fermement aux Etats Unis et à l’Europe de mettre fin à leurs politiques de subvention aux agro carburants de première génération…
Pour tenter d’évaluer l’impact réel des agro carburants, l’ADEME a demandé en 2008 à différentes instances d’établir « un référentiel méthodologique pour la réalisation d’analyse de cycle de vie appliquée aux biocarburants. » Mais qui semble bien limité aux productions françaises. Un premier rapport a été publié le 8 Octobre 2009, mais retiré dès Novembre sous le flot des critiques : des erreurs de méthodologie et de calculs, ont été relevées. Le rapport concluait à un bilan positif des agro carburants utilisés en France, mais les émissions de protoxyde d’azote liées aux cultures sont celles des premiers rapports du GIEC, mises en doute par Paul Crutzen et le Joint Research Centre de l’Union Européenne, qui les considèrent très sous estimées. Il y a dans les études de ce type au moins deux sources majeures d’incertitude : l’estimation de l’émission de protoxyde d’azote (N2O) par les sols, avec une fourchette d’incertitude de 1 à 5, le taux de matières organiques des sols semblant jouer un rôle important, ce qui complique sérieusement l’exercice. La deuxième source d’incertitude vient de l’estimation des émissions de gaz à effet de serre liées au changement indirect d’affectation des sols (CASI), dont l’impact est aussi très grand. On peut ajouter une troisième source de distorsion des bilans : le poids des affectations de gaz à effet de serre aux sous-produits de la production : les produits d’alimentation animale comme les tourteaux de colza, de soja, les drèches de blé ou de maïs. Et bien sûr, les impacts sur les prix alimentaires et les atteintes aux droits de l’homme ne sont pas pris en compte. « La réponse apportée par l’étude est incomplète, car certains impacts identifiés dans les recommandations du Grenelle de l’Environnement, comme l’utilisation de l’eau, la disponibilité des terres fertiles et le prix des produits agricoles, n’ont pas été étudiés ». (F.Flénet, 2010)
L’Article 21 de la loi Grenelle 2 devrait faire disparaitre une grande partie des agro carburants de première génération, s’il était appliqué. Il est en effet prévu un gain minimum de 35% sur les émissions de gaz à effet de serre, (50% en 2017), des effets acceptables pour la ressource en eau, les sols, et la biodiversité. Mais il est facile d’arranger le bilan, compte tenu de l’impact des effets indirects, de l’incertitude sur les émissions réelles de protoxyde d’azote des cultures, lesquelles dépendent de la nature des sols, et de la répartition assez arbitraire entre les agro carburants et les coproduits, comme les tourteaux de colza. Il est par contre beaucoup plus difficile de ne pas tenir compte des engagements pris vis à vis des filières de production, des investissements réalisés sous l’impulsion d’une réglementation récente et volontariste, et des subventions publiques accordées. Il existe actuellement 245 usines de biodiesel dans l’Union Européenne pour une capacité de 20 milliards de litres par an, (European Biodiesel Board), et 26 usines de bioéthanol d’une capacité de 4,2 milliards de litres par an. Trois usines produisent 17,4 millions de litres d’éthanol cellulosique par an, de seconde génération, en Scandinavie et en Espagne.

« Il importe de concevoir des politiques publiques coût-efficaces et cohérentes sur le long terme. », affirme le Rapport « Agro carburants et Environnement » La cohérence des lois Grenelle 1 et 2 à cet égard ne saute pas aux yeux ! Et le manque de cohérence des Directives Communautaires est encore plus évident. Ce n’est pas nouveau : faut- il rappeler que la Communauté Européenne imposa la date d’arrêt des fabrications européennes de CFC (chlorofluorocarbures) en 1994, avec un an d’avance sur les Etats Unis, le plus gros producteur et consommateur, et sur les dispositions du Protocole de Montréal. Le résultat fut désastreux : l’Europe, qui avait arrêté ses installations de production, fut contrainte d’importer 25.000 tonnes de CFC en 1995 ! Beau succès pour l’environnement et l’emploi ! Et comme les substituts indispensables n’étaient pas tous disponibles, un marché parallèle des CFC s’est constitué. L’Organisation Météorologique Mondiale (ONU) estimait encore en 2006 qu’il existait un marché occulte mondial de CFC de 20.000 tonnes par an. La gestion de l’arrêt de la fabrication des CFC par la Commission Européenne en 1994 fut un beau gâchis, et sans émouvoir personne. Citons à nouveau le Commissaire à l’Environnement Stavros Dimas : « lorsque l’Union Européenne a fixé la norme de 10% d’agro carburants d’ici à 2020, elle a sous-estimé le risque que ce développement représente pour les forêts tropicales et le risque de l’augmentation des prix de l’alimentation ». L’Union Européenne sous-estime beaucoup, dans son souci d’apparaitre le modèle écologique de la planète ! Et tire souvent une balle dans le pied de ses entrepreneurs, de ses citoyens, et de ses services publics ! Prendre des décisions contraignantes avant d’en connaitre les effets et les coûts est un exercice habituel de l’Union Européenne.

Le bilan des agro carburants

Les agro carburants sont produits à partir de biomasse. On a vu que la première génération est directement en concurrence avec les besoins alimentaires, et que, sauf pour quelques exceptions, le bilan pour l’effet de serre est médiocre. La filière est en outre sensible aux variations spéculatives des prix de leurs matières premières. On a vu aussi que le récent rapport commandé par la Commission Européenne à l’IFPRI (Institut International de recherche sur les politiques alimentaires), confirme le rôle important du CASI dans le bilan pour l’effet de serre, et en déduit que l’objectif de 10% de « bio » dans les carburants en Europe n’est pas « durable ».…Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, dans son rapport « Evaluation des biocarburants », écrivait en Aout 2009 : « Lorsque l’atténuation des changements climatiques est le moteur des soutiens apportés aux biocarburants, ceux-ci n’offrent actuellement qu’un potentiel relativement minime et les coûts semblent disproportionnés. Selon l’OCDE, les subventions versées aux Etats Unis, au Canada, et dans l’Union Européenne représentent entre 960 et 1700 dollars par tonne de gaz carbonique équivalent évitée. ». Et ceci dans le meilleur des cas, car l’impact peut aussi être négatif ! Un rapport d’information de la commission des finances de l’Assemblée Nationale (2011) « dénonce la défiscalisation coûteuse et largement inutile dont a bénéficié la filière biocarburant depuis 2002. ». Ce même rapport, estime à 3,8 milliards d’euros le soutien de l’Etat à cette production entre 2002 et 2011
L’association EDEN (2006) a calculé que le coût de la tonne de CO2 évitée était dans le meilleur des cas de 162 euros pour le diester ex colza, de 421 euros pour l’éthanol de blé, de 618 euros pour l’éthanol de betteraves, de 821 euros pour l’éthanol de maïs.

Faut-il produire des biocarburants à partir de la biomasse ?

Les carburants représentent en France l’équivalent de 50,2 millions de tonnes d’équivalent pétrole par an, sur un total d’énergie primaire consommée de 273,6 millions de Tep, soit 18,3%. (Commissariat Général au Développement Durable. Chiffres clés de l’énergie. 2009). La part des transports dans les émissions de gaz à effet de serre est en France de 26%. La production d’énergie ne représente que 12%, du fait de
l’importance de la production d’électricité d’origine nucléaire. Pour l’Europe des 25, c’est bien la production d’énergie qui contribue le plus à l’émission de CO2, avec 31%, les transports étant le second contributeur avec 19% (Chiffres EUROSTAT et CITEPA 2006). Diminuer les émissions de CO2 de la production d’électricité devrait donc être prioritaire. A commencer par le remplacement du charbon (0,87 tonne de CO2 par MWh produit, contre 0,36 pour le gaz, 0,05 pour le nucléaire. AIE 2005)
La biomasse disponible en Europe n’est pas en quantités illimitées : or, l’utilisation de la biomasse pour générer de la chaleur ou de l’électricité, et de préférence les deux à la fois, grâce à la cogénération, est beaucoup plus efficace du point de vue énergétique, que la conversion en carburants, et certainement beaucoup moins coûteuse, pour un plus grand bénéfice pour l’effet de serre, par rapport à des productions utilisant des énergies fossiles, et en particulier le charbon et le fioul. Le professeur Elliott Campbell, de l’Université de Californie, a comparé l’utilisation de la biomasse pour la production d’électricité et la production de bioéthanol. L’étude montre, que pour un hectare cultivé en plante lignocellulosique, l’utilisation en voiture électrique de l’énergie produite, permet de parcourir 81% de distance supplémentaire et émet 108% de gaz à effet de serre en moins que l’utilisation en bioéthanol. (E.Campbell et al 2009)
L’objectif de 10% d’agro carburants dans l’essence ou le gazole n’est donc pertinent, ni du point de vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ni du point de vue de l’efficacité énergétique, ni pour les finances publiques. Le département énergie des Etats Unis, DoE, indique que l’éthanol cellulosique est plus coûteux que l’éthanol obtenu à partir de maïs, alors que cette dernière fabrication nécessite d’importantes subventions même avec un pétrole brut à 100 dollars le baril. En 2008, plusieurs producteurs de bioéthanol ont fait faillite aux Etats Unis, ou se sont mis sous la protection de l’Article 11, probablement dans l’incapacité de rembourser leurs dettes !
On peut donc s’interroger sur le coût d’un carburant obtenu à partir de biomasse : la taille économique d’une installation de gazéification de biomasse en gaz de synthèse, CO + H2, suivie d’un procédé Fischer Tropsch amélioré, pourrait nécessiter 20.000 tonnes par jour de biomasse sèche, pour produire 4000 tonnes par jour d’hydrocarbures, soit 1,2 millions de tonnes/an. Le rayon d’approvisionnement des 20.000 t/j de déchets cellulosiques secs sera sans doute important, induisant des frais de transport, et la consommation d’une partie des avantages attendus en termes d’émission de CO2. Ce type de matière première est dispersée, parfois peu accessible, et représente des coûts élevés de collecte, de stockage, et de transport. Pour les éviter, on prévoit des unités locales de pyrolyse ou de torréfaction, produisant de l’huile de pyrolyse ou des granulés, qui facilitent en outre l’introduction de cette matière première dans les réacteurs de gazéification en général sous pression. Certaines recherches se proposent d’ailleurs de transformer ces huiles de pyrolyse en carburants par hydrogénation et hydrocraquage catalytique.
Les procédés utilisant la pyrolyse pour convertir la biomasse en liquides risquent de produire des dioxines, comme les incinérateurs d’ordures ménagères. La protection de l’environnement devra en tenir compte, et ces installations ne seront pas « low cost » !
Le plan national évoque les émissions de « poussières », mais n’explicite pas trop ce que ces poussières contiennent, hydrocarbures aromatiques polycycliques, dioxines et furanes.
L’Afrique du Sud a expérimenté à grande échelle, 4,5 millions de tonnes de carburants et produits chimiques en 1983, cette production à partir de charbon à Sasolburg. « Rien ici n’est bon marché » expliquait l’exploitant au visiteur dans les années 1980 ! L’usine est aujourd’hui convertie au gaz. Plusieurs procédés utilisant la biomasse ont atteint un stade préindustriel. La difficulté principale est la sensibilité des catalyseurs Fischer Tropsch aux nombreuses impuretés présentes dans le gaz de synthèse. L’étape de purification est importante.
Les unités de démonstration définiront le prix du baril de pétrole permettant une exploitation rentable de ces filières, prix sans doute très supérieur au prix actuel. Mais si les agro carburants de première génération sont sensibles aux prix spéculatifs de leur matière première, la seconde génération sera aussi sensible au prix de la biomasse, car elle sera en concurrence avec la cogénération.
Car la combustion de la biomasse en petites unités de cogénération de chaleur et d’électricité représente une solution beaucoup plus efficace du point de vue énergétique, écologique, et économique ! Mais elle produit de l’électricité et de la chaleur et non des carburants ! Et le prix de la biomasse risque d’augmenter plus vite que celui de l’électricité, ce qui constitue un frein au développement de cette technique.
Elle est encouragée en France par un prix attractif de reprise des kWh produits. Les villes d’Angers, de Lens, de Limoges, d’Orléans, de Rennes, de Tours, de Strasbourg, ont décidé d’équiper leurs réseaux de chauffage urbain en cogénération à partir de biomasse. Production totale de 57 MW électriques, 82500 logements chauffés, et une consommation de 570.000 tonnes/an de plaquettes forestières. (Source : Dalkia)
Pour mémoire, la consommation française de bois énergie était de 9,1 millions de tep en 2010, soit 35,4 millions de tonnes de bois, principalement pour le chauffage individuel. Le dernier inventaire réalisé pour l’ADEME fait état d’une disponibilité supplémentaire de 2,8 millions de tep, soit 10,89 millions de tonnes de bois, « économiquement accessible ».
Le plan français « cogénération » se propose de promouvoir une puissance installée de 1000 MW d’ici 2020.
La deuxième filière dite « biologique », se propose de transformer la cellulose en sucre par réaction enzymatique. Mais la biomasse ne contient pas que de la cellulose : les résineux en contiennent 40 à 44%, la paille de blé entre 30 et 50%. La recherche d’enzymes susceptibles de transformer aussi l’hémicellulose, (26% dans les résineux), est très active, et les résultats importants pour l’économie du procédé. Le troisième composant, la lignine, a vocation de fournir de l’énergie au procédé. Le coût élevé des enzymes pose problème, ainsi que leur productivité.. Il faut aussi apprendre à transformer les sucres en C5, issus de l’hémicellulose, en alcool. (la cellulose fournit des sucres en C6, comparables à ceux de l’amidon). Beaucoup de progrès majeurs restent donc à réaliser L’avantage de cette filière est qu’elle peut utiliser les unités existantes d’agro éthanol pour transformer les jus sucrés en alcool. Et sans doute une taille économique plus faible que la filière gazéification. Une unité canadienne industrielle se vante de transformer le maïs entier, grains et tiges, en bioéthanol. Le gisement de résidus agricoles, pailles et tiges, est le premier visé. Mais on s’éloigne alors de l’agriculture biologique et même raisonnée, pour lesquelles les engrais verts sont indispensables ! On oublie que la biomasse apporte aux terres cultivées, non seulement des engrais, mais aussi de la matière carbonée organique qui assure la fertilité des sols.
Le plan d’action pour la biomasse de l’Union Européenne (2005) prévoyait que la biomasse soit prioritaire dans trois secteurs ; la production de chaleur, d’électricité, et les transports. (COM 2005 628). Mais l’Union Européenne a défini des objectifs contraignants en termes de quantités de biocarburants à produire, avant de connaitre les quantités disponibles de biomasse, dont les inventaires sont récents et approximatifs.
On peut ainsi prédire une pénurie de biomasse : en 2004, l’Europe a consommé 270 millions de tonnes de carburants, (108000 t d’essence et 162000 tonnes de gazole)
Pour produire le dixième, soit 27 millions de tonnes, il faut approximativement entre 135 et 180 millions de tonnes de biomasse sèche. La biomasse humide agricole a vocation à produire du biogaz, qui produit aussi des engrais, le « digestat », à fort contenu d’azote. On a vu que les disponibilités en France étaient au maximum de 11 millions de tonnes de déchets de bois, auxquels on peut ajouter quelques déchets agricoles. Ce constat amène les promoteurs des biocarburants à envisager des cultures dédiées. Des végétaux à pousse rapide : on reparle évidemment du jatropha en Afrique ou du miscanthus, ou herbe à éléphant, déjà cultivé en Europe et même en France ! De taillis à révolution rapide. (saules, eucalyptus,). Le génie génétique est aussi mis à contribution pour améliorer les rendements. Avec ces cultures, on peut s’attendre aux mêmes polémiques que pour les agro carburants de première génération.

On évoque aussi les huiles d’algues :
Elles sont théoriquement intéressantes car elles consomment 1,8 tonne de CO2 par tonne de biomasse produite. Mais la productivité est faible, l’énergie nécessaire à la production importante, et le coût de cette huile intéressera davantage les pharmaciens et les producteurs de cosmétiques que l’aviation pour son kérosène, malgré le « greenwashing » des avionneurs, qui font voler un avion avec ce produit à plus de 30 euros le litre ! Les algues permettront peut-être un jour la séquestration du gaz carbonique, avec production de biomasse…mais cette filière ne sera pas économique en biocarburants avant longtemps !

Il y a sans doute beaucoup d’autres moyens pour réduire les émissions de CO2 des transports routiers.

D’abord en favorisant des modes de transport moins émetteurs : le ferroviaire et le fluvial. “Le fret est le parent pauvre du ferroviaire en France”, déclare le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable. Entre 2000 et 2008, le nombre de tonnes kilomètres transportées en France par le rail a diminué de 30% (57,7 à 40,6 Gt km). Dans le même temps, le trafic allemand s’est accru de 57%! (70 à 110 Gt km)
Même si le poste transport est important pour les émissions de gaz à effet de serre, la taille n’est pas un critère, seul l’analyse coût bénéfice est pertinente. La conférence européenne des ministres des transports estime que « Les mesures adoptées pour le secteur sont chères par tonne de CO2 évitée, dépassant les 100 euros la tonne. Des solutions moins coûteuses existent et n’ont pas été mises en œuvre jusqu’à présent. » (ECME 2007).
Les constructeurs ont fait des progrès dans la consommation de carburant de leurs véhicules : elle a baissé de 46% entre 1975 et 2010. Ce résultat est méritoire car le poids des véhicules a plutôt augmenté pour des considérations de sécurité et de confort.
Les émissions de CO2 sont ainsi passées de 190 g/km à 170 entre 1995 et 2004 pour les véhicules à essence, et de 177 à 150 dans la même période pour les véhicules diesel. De nouveaux progrès sont possibles, mais ils seront sans doute plus coûteux. Depuis peu, la diminution du poids a repris, par utilisation plus large d’alliages légers, de plastiques techniques plus robustes, et de progrès dans la résistance des tôles d’acier, permettant des diminutions d’épaisseur. Les véhicules hybrides permettent des économies sensibles en ville, jusqu’à 30%. « Contrairement aux idées reçues, des gains énergétiques très importants sont attendus sur les moteurs thermiques classiques » selon Jean Delsey, de l’INRETS, institut National de Recherche sur les transports et leur Sécurité. L’injection directe de carburant dans la chambre de combustion est une des pistes explorées. (La Recherche n°452 Mai 2011). La mise en circulation de véhicules hybrides ou tout électrique est une des mesures du plan français qui prévoit 2 millions de véhicules électriques en 2020. Le faible contenu en CO2 de l’électricité en France permet un gain important pour les émissions de gaz carbonique. Mais cette situation n’est pas générale en Europe, en particulier dans les pays utilisant de nombreuses centrales à charbon.

L’impact sur la santé

Les agro carburants ne réduisent pas les nuisances des véhicules pour la santé : pour les moteurs à essence, la diminution des émissions de benzène ne permet pas la suppression des catalyseurs, alors que l’éthanol produit plus d’acétaldéhyde, précurseur d’ozone troposphérique. Les agro carburants produisent aussi plus d’oxydes d’azote : l’US EPA (2002) indique que cette augmentation est de 2% pour les mélanges à 20% de biodiesel et de 50% pour du biodiesel pur. La formation de fines particules ne serait réduite que de 10,1%, ce qui rend les filtres à particules toujours nécessaires. Mais ce bénéfice disparait avec le temps, à cause d’une plus grande usure du moteur. (AFSSET. 2007). Selon des chercheurs finlandais, ces fines particules seraient beaucoup plus fines, ce qui les rend plus dangereuses.

Les biocarburants, une niche fiscale coûteuse et inefficace

La loi de Finances 2009 prévoyait une réduction des baisses appliquées à la TIPP (Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers), pour les agro carburants : les esters méthyliques d’huile végétale incorporés dans le gazole bénéficiaient en 2008 d’une réduction de la TIPP de 0,22 euro par litre. Cette réduction devait passer à 0,135 euro en 2009, à 0,10 euro en 2010, 0,06 en 2011, et être supprimée en 2012. Côté essence, aux mêmes dates, pour les alcools éthyliques incorporés aux supers, la réduction de TIPP devait être de 0,27 euro en 2008, 0,17 en 2009, puis 0,15, 0,11 et nulle en 2012. Mais les députés ont bataillé à chaque budget pour maintenir ces subventions, qui, finalement, n’ont pas été réduites comme prévu en 2009, mais beaucoup moins, et contre l’avis du gouvernement. L’Etat justifiait ces décisions par la hausse du prix du pétrole, qui est réelle, et non par le bilan contesté et contestable des agro carburants. Car la Loi d’orientation agricole du 5 janvier 2006 prévoyait encore une extension des surfaces de cultures d’agro carburants, avec l’aide de l’Etat. L’aide aux cultures « énergétiques » était de 45 euros par hectare et le Commissariat général au Développement Durable estimait à 400000 hectares la surface concernée pour les campagnes 2006-2007. S’ajoute à ces « aides » des subventions directes et importantes pour la construction des unités de production dont 11 usines étaient encore en projet en 2008 ! On a vu qu’un rapport d’information de la commission des finances de l’Assemblée Nationale de 2011 « dénonce la défiscalisation coûteuse et largement inutile dont a bénéficié la filière biocarburant depuis 2002. ». Ce même rapport, estime à 3,8 milliards d’euros le soutien de l’Etat à cette production entre 2002 et 2011. Malgré la réduction opérée par la loi de finances 2009, ce coût pour l’Etat est encore de 480 millions pour 2011. (La France Agricole.fr 2010). Et députés et sénateurs demandent le maintien pour 2012 et 2013, pour tenir compte, disent-ils, de l’envolée des prix des matières premières, que le programme a lui-même provoquée ! Est-ce raisonnable alors que l’Etat doit réduire son budget ?
Enfin, comble de l’ironie, des pénalités sont payées par les distributeurs de carburants qui n’atteignent pas les objectifs d’incorporation prévus, au titre de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP), et ce, malgré le bilan faible et incertain pour l’effet de serre de la plupart des agro carburants. Ces pénalités ont été de 19,75 millions d’euros en 2007 pour l’essence, et 5,26 millions pour le gazole. Payer pour une pollution évitée, on n’arrête pas le progrès !
Le Ministère de l’Economie et des Finances a publié en Juin 2011 une étude dans laquelle on peut lire :
« La filière biocarburants est vivement critiquée pour 3 raisons : d’abord, la politique de soutien aux biocarburants de première génération est une politique coûteuse pour les ressources de l’Etat. Les défiscalisations accordées aux biocarburants sont importantes pour des retombées en termes d’emploi incertaines. Le bilan environnemental en termes de réduction d’émissions par rapport à l’équivalent fossile sur l’ensemble du cycle de vie des biocarburants reste incertain et sujet à controverse… »

Références

AFSSET (2007) Effet des substituts du diesel d’origine végétale sur les émissions des véhicules routiers.
Campbell E. et al (2009) Greater transportation energy and greenhouse gas offsets from bioelectricity than from bioéthanol. Science, vol 324, n°5930, 1055-1057
Commissariat Général au Développement Durable (2010) Chiffres clés de l’énergie
Crutzen P.J. et al. (2007) N2O release from agro biofuel production negates global warming reduction by replacing fossil fuels. Atm. Chemistry and Physics Discussions 7, 11191-11205
EDEN (Energie Durable en Normandie) (2006) Les biocarburants. Quel intérêt? Quelles perspectives? (P.Sadones)
European Commission Joint Research Centre (2008): Biofuels in the European Context: Facts and Uncertainties. JRC 44464. Giovanni de Santi, ed. European Communities.
Fargione et al (2008) Land Clearing and the Biofuel Carbon Debt. Science, Vol 319 no. 5867, pp. 1235-1238.
Food and Agriculture Organisation (2006) L’ombre portée de l’élevage. Impacts environnementaux et options pour leur atténuation. Traduction de « Livestock’s Long Shadow. »
Food and Agriculture Organisation (2008) A.Eide The right to food and the impact of liquid biofuels.
Food and Agriculture Organisation (2011) World Food situation FAO Food price index
Flénet F. (2010) Enseignements et limites de l’étude sur l’impact des biocarburants de première génération coordonnée par l’Adème. Centre Technique Interprofessionnel des Oléagineux. Oléagineux, corps gras, lipides, Vol 17, n°3, 127-132
C.Ford et Benjamin Senauer (2007) How biofuels could starve the poor. Foreign Affairs London Mai Juin 2007
GIEC Groupe III (2011) Special report on Renewable Energy Sources and climate change mitigation. IPCC Abu Dhabi May 2011
INRA (2006) Une nécessaire évaluation globale des biocarburants
Institut International de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI) (2011)
(International Food Policy Research Institute) Assessing the land use change. Consequences on European biofuels policy. David Laborde
Institut Français du Pétrole Panorama 2007. Les biocarburants en Europe
Institut pour la Politique Européenne de l’Environnement (IEEP 2010) Anticipated indirect land use change associated with expanded use of biofuels and bioliquids in the EU. An analysis of the national renewable energy plans. C.Bowyer.
Le Maire B. (2011) 17 février 2011 - Assemblée générale des Nations Unies - Priorités de la présidence française du G20 en matière agricole - Intervention de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire
Loi du 3 Aout 2009, 2009-967, de programmation de la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement, dite Grenelle I
Loi du 12 juillet 2010, 2010/788, portant “Engagement National pour l’Environnement” dite Grenelle 2,
Ministère de l’Environnement du Développement Durable et de l’Aménagement du territoire (2008) Rapport Agro carburants et Environnement.
Ministère de l’économie et des Finances (2011) Etude prospective sur la seconde génération de biocarburants : une analyse de leur efficacité économique et environnementale. Lettre Eco-Trésor n°89
OCDE (2008) Evaluation économique des politiques de soutien aux biocarburants. Direction des échanges et de l’agriculture.
PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) Evaluation des biocarburants. Panel International d’experts sur la gestion durable des ressources.
Seiler J.M. (2006) Biocarburants et thermoconversion de la biomasse pour produire des carburants de synthèse (CEA)
US EPA (2002) A comprehensive analysis of biodiesel impacts on exhaust emissions Technical report EPA 420P-02-001
The World Bank (2010 ) Rising Global interest in farmland. Can it yield sustainable and equitable benefits?
Ziegler J (2008) Report of the UN Special Rapporteur on the Right to Food, Jean Ziegler. UN Doc. A/HRC/7/5, 10 Janvier 2008.

Les polluants émergents de l’eau

14 septembre 2011

LES POLLUANTS EMERGENTS DE L’EAU

L’homme en voie de disparition ?

Il y a les pays émergents, et aussi les polluants émergents. Soit parce que leur utilisation est récente, mais plutôt parce que on ne savait pas les doser jusqu’à présent, dans nos rivières, avec la sensibilité nécessaire. Les polluants émergents sont rarement en concentration supérieure au microgramme, (10-6 g), et parfois dans la gamme du nanogramme. (10-9 g). Mais comme il s’agit de médicaments ou d’hormones, ces faibles doses peuvent éventuellement avoir des effets. Les progrès de l’analyse augmentent le niveau de la pollution. Plus la sensibilité analytique augmente, plus on est pollué ! Gaston Bachelard a dit : « une science a l’âge de ses instruments de mesure »
En1993, Theodora Colborn découvrait les polluants émergents et publiait en 1996 : « Our stolen future: are we threatening our fertility, intelligence, and survival? “ Que l’on peut traduire par : “notre futur volé : sommes-nous en train de compromettre notre fertilité, notre intelligence, et notre survie ? » Ce livre fut traduit en Français sous le titre racoleur : l’homme en voie de disparition »…ce qui, il est vrai, était le thème du livre, titre plus explicite que « notre futur volé » !
L’ouvrage était préfacé par Al Gore : Theodora Colborn est professeure de zoologie à l’Université de Florida, et membre du World Wildlife Fund, WWF. L’ouvrage mettait l’accent sur la baisse de la qualité du sperme humain, signalée en 1993 par des scientifiques britannique et danois de renommée mondiale (Richard Sharpe et Niels Skakkebaeck) Et sur des anomalies relevées sur de la faune sauvage aquatique : des poissons mâles qui fabriquent des protéines femelles ! ! L’accent est également mis sur les effets importants que peuvent avoir les hormones de l’environnement et de l’alimentation, et certains toxiques en exposition prénatale. Mais les coupables sont (trop) vite désignés : DDT, PCB, alkyl phénols, bisphénol A, dioxines… C’est le début d’une chasse aux perturbateurs endocriniens de l’environnement dont on comptera 553 candidats en 2000. L’Union Européenne en retiendra 320 en 2007, et 107 seront qualifiés pour études complémentaires. Curieusement, Théodora Colborn ne mentionne aucun estrogène « vrai » tel que les hormones naturelles, ou l’éthinylestradiol, un des principes actifs de la pilule contraceptive, ou les estrogènes utilisés aux Etats Unis, au Canada ou en Australie dans l’élevage des bovins. Pour une bonne raison : on ne sait doser à l’époque ces substances dans les rivières qu’au-dessus de 100 nanogrammes par litre. Pas de mention non plus des phytoestrogènes, présents dans la plupart des légumes, et particulièrement dans le soja. Les premières données publiées en France datent de 2003, les estrogènes sont identifiés à des concentrations comprises entre 0,5 et 18 nanogrammes par litre dans les eaux de surface en région parisienne, les estrogènes naturels, rejetés par les hommes et les troupeaux d’élevage, étant prédominants. (Rapport EAUSTER 2007)
Le livre est très critiqué dès sa sortie : « loosing science » (science pouilleuse), déclare Bruce Ames, professeur à l’Université de Berkeley, membre de l’Académie des Sciences des Etats Unis, inventeur du test de mutagénèse du même nom. Il avait cependant le mérite d’attirer l’attention sur un vrai problème de santé publique, en particulier sur la période critique d’exposition in utero, pour les enfants, même si ses conclusions étaient un peu hâtives, et avaient le défaut de confondre des hypothèses avec des faits. L’idée que des substances puissent modifier le fonctionnement hormonal de l’homme n’était cependant pas nouvelle. Dans les années 1970, un nématocide, le dibromochloropropane, utilisé à grande échelle au Costa Rica, au Honduras ou au Nicaragua, a rendu stériles de nombreux travailleurs des bananeraies. En 1966, des moutons sont devenus stériles en Australie : l’origine de ces troubles se trouvait dans le coumestrol du trèfle rouge, un phytoestrogène très puissant, présent également dans la luzerne, mais en moindres quantités. Un scientifique indien a proposé d’utiliser l’huile de neem, un pesticide naturel utilisé en agriculture biologique, pour remplacer la vasectomie dans le programme indien de contrôle des naissances. N.L.Sadre et al (1983) avaient déjà alerté les participants à la conférence internationale Neem, tenue en Allemagne, sur le fait que les rats, souris, lapins, et cochons d’inde mâles étaient rendus stériles en 11 semaines par ingestion d’azadirachtine, le produit actif de l’huile de neem. En 1980, à la suite de pollutions accidentelles importantes de pesticides chlorés, la population d’alligators du lac Apopka en Floride, a diminué de 90%. Des troubles de la reproduction ont été constatés, alors que les animaux montraient des teneurs importantes en dieldrine, endrine, mirex, chlordane, PCB. Le sujet « perturbateurs endocriniens » a mobilisé et mobilise encore de nombreux laboratoires, l’OMS, l’OCDE, et toutes les agences de santé et de protection de l’environnement de la planète.

La baisse de qualité du sperme humain est-elle vérifiée ?

La baisse de qualité du sperme humain est constatée par une compilation de 61 articles publiés entre 1938 et 1990, concernant un total de 14 947 hommes de tous les continents, analysés par la scientifique danoise Elisabeth Carlsen (1992), Et l’extrapolation de la tendance fait craindre le pire ! Une baisse de 50% entre 1940 et 1990 ! Mais la trop grande diversité de races, de lieux et de temps, et de nombreuses entorses avec les règles de l’analyse statistique, jettent de sérieux doutes sur les résultats de l’étude. Avec les mêmes données, Mees et al (1997) R.Golden et al. (1998) et G.W. Olsen (1995) concluent à un statu quo, sinon une amélioration de la qualité du sperme ! Dès la parution du livre, le CECOS de Toulouse avait affirmé : « la concentration du sperme n’a pas changé au cours de cette période à Toulouse » (Bujan et col. 1996).
Au contraire, à Paris, on confirme. (P. Auger et al. 1995)
Mais une autre scientifique, l’américaine Shanna Swan, analyse à son tour 101 études publiées entre 1934 et 1996, et confirme le déclin en 2000, qui dès lors, devient une hypothèse admise par la majorité des experts.
Dans les années 2000 cependant, une étude réalisée dans plusieurs pays européens (Danemark, France, Royaume Uni, Finlande), montre des différences géographiques notables : la Finlande n’observe pas d’effets. Le Danemark semble le plus affecté. « Seule certitude, l’existence de variations géographiques et probablement de variations dans le temps de la production de spermatozoïdes » selon Pierre Jouannet, professeur à l’Université de Paris Descartes (Colloque ARET 2002). Cette étude révèle de très grandes différences suivant les lieux, et même suivant les saisons ! Des variations de 75% d’un jour à l’autre, de plus de 30% selon les saisons, ou entre le Nord et le Sud, ne favorisent pas les études statistiques ! Une étude de 1996 de Alvin Paulsen, contestait également le déclin pour les Etats Unis : réalisée dans l’agglomération de Seattle et Tacoma (Etat de Washington) elle analyse les données des spermogrammes de 510 hommes sans maladie apparente et ayant donné leur sperme dans le cadre d’une série de quatorze études, toutes effectuées dans le même laboratoire, entre 1972 et 1993. Une très faible élévation des concentrations, de la mobilité spermatique et du volume de l’éjaculat a été observée au cours de ces vingt et une années. (Cité par Bernard .Jégou dans La Recherche). Il semble que l’homme ne soit donc pas encore en voie de disparition ! En outre, la fertilité de l’homme n’est vraiment affectée que lorsque la concentration spermatique est très réduite : 5 millions de spermatozoïdes par millilitre contre 50 à 60 millions en règle générale, même si le délai pour procréer peut éventuellement augmenter. (B.Jégou et al 2009). Il serait en effet étonnant que 200 millions de spermatozoïdes soient nécessaires pour qu’un seul obtienne le résultat souhaité ! La race humaine est bien protégée ! Mais presque tous les médias ont repris en chœur que la fertilité de l’homme était en péril à cause des « poisons de notre assiette », ou de notre environnement !
Devant le flot de critiques de l’étude d’Elisabeth Carlsen, l’Université de Copenhague a lancé en 1995 une nouvelle étude dont les résultats ont été publiés en Mars 2011 sur un site officiel du gouvernement danois, et repris par la revue américaine « Epidemiology ». (J.P.Bonde 2011) :
De 1995 à 2010, les examens effectués sur 5000 jeunes conscrits danois de même âge, de même origine géographique, ne montrent aucun déclin de la qualité du sperme, en nombre de spermatozoïdes ou en volume. La valeur médiane se situe entre 40 et 45 millions de spermatozoïdes par millilitre, ce chiffre était de 40 en 1996, 35 en 2006, 50 en 2007 et 49 en 2010.
Jens Peter Bonde, Professeur à l’Université de Copenhague, qui commente ces chiffres dans la revue Epidemiology, écrit que « ces nouveaux résultats ne reflètent évidemment pas les données des années antérieures, mais que c’est une coïncidence troublante de constater que le déclin aurait pris fin, juste au moment où un programme d’études sérieux est mis en œuvre. »
La concentration spermatique est donc constante au Danemark depuis 1995 mais faible : l’auteur suggère quelques causes possibles : en 1980, la moitié des femmes enceintes danoises ont indiqué avoir consommé de l’alcool pendant leur grossesse, et 40% avoir fumé. (22% en 1997, 16% en 2005). On peut noter que les femmes ont commencé à fumer dans les années 1970. Un résultat mesurable : le nombre de cancers du poumon chez les femmes a augmenté de 75%, en France, entre 1995 et 2005. (Institut National du Cancer 2011) Plus de femmes enceintes pourraient avoir fumé entre 1970 et 1990, ce qui pourrait avoir affecté la concentration spermatique des hommes nés dans cette période. Mais il est difficile d’expliquer ainsi les différences constatées entre le Danemark et la Finlande, ou entre Paris et Toulouse ! Il y a beaucoup d’autres facteurs influençant la qualité du sperme humain : l’OMS/IPCS (2002) indique l’exposition in utero à l’alcool et au tabac, mais aussi des causes génétiques pouvant expliquer les différences géographiques, et le stress, maladie de notre temps, activité sexuelle, exposition à la chaleur, usage d’anabolisants ou de drogues, de certains médicaments, type d’alimentation, en particulier une nourriture riche en phytoestrogènes ou en mercure (soja, thon) obésité…. L’excès de consommation de café ou de cola a également été mis en cause.

Un consensus semble admettre que la période prénatale est une période critique pour l’enfant, et peut engager la santé de l’adulte.

Jensen et al (2004) font état d’une étude sur 1770 jeunes hommes dont les mères ont fumé pendant la grossesse. On relève des baisses de concentration spermatique, de la production de sperme, et une réduction de la taille des testicules. L’expérience tragique de la thalidomide a montré que seuls les enfants dont la mère avait pris le médicament, même à très faible dose, entre la 5e et la 8e semaine de grossesse, souffraient de malformations. A contrario, le médicament n’avait eu d’effet ni sur les femmes adultes, ni sur d’autres enfants, même si les prises avaient été conséquentes, du moment qu’elles n’avaient pas eu lieu au cours de cette fenêtre temporelle cruciale où se forment les membres de l’enfant. Des constats identiques ont pu être faits pour le distilbène (diéthylstilbestrol), un médicament prescrit pour éviter les interruptions de grossesse, qui a provoqué des cancers chez les filles exposées in utero. Plus que la notion de dose, c’est donc le moment de l’exposition qui a le plus d’influence. (B.Jégou et al 2009) (G.Barbier 2011). Des expositions à des substances toxiques transmises par le sang de la mère peuvent donc affecter la santé de l’adulte. Et particulièrement lorsque certaines fonctions de l’enfant se mettent en place. De longue date, on connait les dommages causés par l’alcool chez les femmes enceintes. Mais la liste des substances à éviter s’est beaucoup allongée, jusqu’à comprendre des produits de soins corporels, des huiles essentielles de plantes, et des médicaments ! Le sénateur Gilbert Barbier indique qu’un logo est à l’étude pour les produits grand public, pour éviter aux femmes enceintes et en âge de procréer de s’exposer à de tels produits.

Et les poissons ?

Théodora Colborn avait fait état de différentes espèces sauvages qui montraient des troubles, en particulier la féminisation des poissons mâles, ou des alligators du lac Apopka, (Floride). En 2001, une expérience est menée au Québec par « Pêches et océans Canada », et Karen Kidd, professeure de biologie à l’Université du New Brunswick. Des hormones synthétiques utilisées en médecine et en contraception ont été introduites dans un lac de 24 hectares dans le Nord de l’Ontario, pendant deux ans, entre 2001 et 2003. De l’éthinylestradiol a été introduit dans le lac à une concentration maintenue constante (la substance est biodégradable) de 6 nanogrammes par litre. (La sensibilité analytique a beaucoup progressé, elle est aujourd’hui de 0,2 ng/l, et Kuch et Ballschmitter revendiquent le picogramme par litre !) La concentration choisie par Karen Kidd est dans l’ordre de grandeur de ce que rejette une station d’épuration d’eaux usées urbaines. Muriel Auriol et al. (2007) indiquent pour des stations françaises les chiffres de 6,2 à 7,2 ng/l pour l’estrone, 4,5 à 8,6 ng/l pour l’estradiol, 5 à 7,3 ng/l pour l’estriol, et 2,7 à 4,5 ng/l pour l’éthinylestradiol.
Une féminisation des poissons a été observée dans le lac après 6 mois. Après deux ans, on ne trouvait que très peu de poissons mâles. L’expérience a ainsi reproduit les effets observés chez les poissons sauvages en aval des rejets des stations de traitement d’eaux usées urbaines, et avec une cause cette fois bien identifiée, les teneurs en œstrogènes, naturels pour la plupart, étant du même ordre de grandeur.
D’autres expériences viennent confirmer l’impact des œstrogènes dans les rivières à très faible dose : M.J.C. Jordan, de l’Université de Portsmouth (UK), a exposé des turbots éclos depuis deux jours à différentes concentrations d’éthinylestradiol. L’INRA de Montpellier a mené des études sur la truite arc en ciel soumise à une concentration extrêmement faible de 1 ng/l de la même substance : des protéines de vitellogénine sont apparues chez les mâles. (La vitellogénine synthétisée par le foie de l’animal femelle, est une protéine qui se concentre dans l’œuf et sert à nourrir l’embryon, donc essentiellement femelle)
Selon le Docteur Marcel Trachsel, du programme national suisse « perturbateurs endocriniens » : « les hormones stéroïdes œstrogènes doivent être considérées comme les principales responsables des éventuels effets estrogènes chez les organismes aquatiques »
Le bulletin de Veille Scientifique de l’ANSES n°6 (Mars 2008) confirme : « Les substances ayant un pouvoir œstrogénique ne sont pas complètement éliminées par les systèmes actuels d’épuration des eaux usées. Elles peuvent ainsi être rejetées dans l’environnement en induisant des effets observés sur la faune aquatique »
Il n’est évidemment pas exclu qu’une pollution importante de produits chimiques puisse avoir les mêmes effets, ou participe à ces effets. Mais il y faut des concentrations supérieures à celles que l’on relève actuellement dans les rivières, sauf pollution exceptionnelle.
Depuis que les sensibilités analytiques ont été améliorées, d’autres résidus médicamenteux sont venus s’ajouter à la liste des « polluants émergents » des rivières. Mais d’où viennent les hormones stéroïdes œstrogènes ?

Des hormones dans les rivières

On trouve dans l’environnement les substances hormonales rejetées naturellement par les humains et les animaux d’élevage. Ce n’est évidemment pas nouveau, mais la densité de la population dans certains lieux a sérieusement augmenté, ce qui augmente les concentrations dans les milieux naturels. Une femme entre 15 et 60 ans rejette chaque jour en moyenne 3,5 microgrammes d’œstradiol. Mais aussi en moyenne 8 microgrammes d’estrone, et 4,8 microgrammes d’estriol chaque jour. Ces rejets journaliers passent à 259 µg d’œstradiol, 600 µg d’estrone et 6000 µg d’estriol lorsque la femme est enceinte. L’homme rejette aussi 7 microgrammes par jour des 3 estrogènes. (Danish Environmental Protection Agency 2002). Et entre 2100 et 23100 microgrammes de testostérones androgènes ; (la femme en rejette entre 800 et 10500) (IUPAC 2003). Mais la contribution de l’élevage est beaucoup plus importante. Une vache laitière rejette majoritairement de l’œstradiol, entre 800 et 1200 microgrammes par jour, et jusqu’à 11000 microgrammes lorsqu’elle est gestante. Elle rejette aussi de l’estrone, de l’estriol, et leurs conjugués glucuronide et sulfate (les conjugués sont des produits du métabolisme qui associe les substances à des acides tels que l’acide glucuronique, un dérivé du glucose, qui facilite leur élimination par les voies naturelles). En Grande Bretagne, l’élevage rejette quatre fois plus d’estrogènes que les humains, les vaches laitières étant les principaux contributeurs. Depuis que les vaches produisent du lait dix mois sur douze, productivité oblige, elles sont plus souvent gestantes, et le taux d’hormones rejetées a beaucoup augmenté ! Cette pollution est plus diffuse que celle des humains, qui est collectée avec les eaux usées. Et dans certains pays, (USA Canada…) l’usage de substances hormonales dans l’élevage n’est pas interdit, d’où une autre source de pollution, moins naturelle. Les propriétés anabolisantes des substances stéroïdes, estrogènes et androgènes, sont utilisées dans l’élevage de bovins, pour augmenter la production de viande. Si les produits ne se retrouvent pas dans la viande, au moins au niveau de la détection analytique, ils sont rejetés en grande partie dans l’environnement. Selon Bernard Jégou (2009), on peut penser que ces substances ne sont pas totalement métabolisées et que l’on peut donc en trouver dans le muscle, les graisses ou le foie des bovins.
A ces hormones naturelles s’ajoutent deux autres sources, plus récentes : Des œstrogènes ou hormones synthétiques provenant de traitements médicaux, ou de la contraception, tels que l’éthinylestradiol, un des principes actifs de la pilule contraceptive, en combinaison avec d’autres hormones stéroïdes, (35 µg par pilule environ, dont un tiers est rejeté), ou d’autres substances utilisées pour le traitement de la ménopause pour changer le mode d’action des hormones sur la croissance du cancer, pour les cancers hormonodépendants. Par exemple, pour le cancer du sein, après la chirurgie et la radiothérapie, le traitement le plus efficace est constitué d’anti hormones, en particulier d’anti-œstrogènes.
Il existe aussi des substances chimiques ayant des potentiels œstrogènes, mais leur faible activité, souvent cent mille à un million de fois inférieure à celle des œstrogènes naturels, entraine un impact beaucoup plus faible. Le Programme National suisse Perturbateurs endocriniens (2008) écrit dans son rapport final :
« Ainsi que le montrent des tests in vitro, du point de vue de la puissance œstrogène, les hormones stéroïdes naturelles et synthétiques sont beaucoup plus fortes que les produits chimiques industriels examinés jusqu’à présent. » Un bémol cependant : si l’activité est beaucoup plus faible, les concentrations peuvent être plus élevées. Et un autre facteur intervient : la bioaccessibilité de la substance, c’est-à-dire la fraction qui passe effectivement dans l’organisme, et n’est pas directement rejetée. Ainsi, les estrogènes du lait de vache, (60 à 200 ng/l) semblent peu bioaccessibles, selon la FAO/OMS. Une chance pour les nourrissons nourris au biberon de lait de vache. Mais pas pour ceux qui reçoivent du lait de soja : la concentration en estrogènes de leur sang est de 979 µg/l, (684 µg/l de génistéine et 295 µg/l de daïdzéine), ce chiffre étant de 3,5 µg/l pour un nourrisson alimenté au lait maternel, et 6,0 µg/l s’il est alimenté au lait de vache. (D.Rieu-S.Tenailleau, Université Montpellier I, DGS Paris, AFSSA 2005). Les estrogènes du soja (génistéine et daïdzéine) sont bien bioaccessibles. Contrairement à ceux du lait de vache, principalement du sulfate d’estrone.

Mais aussi nombre de résidus de résidus de médicaments

Il existe 3000 principes actifs de médicaments pour l’homme, 300 pour la médecine vétérinaire, (dont un tiers pour les animaux de compagnie) et la consommation augmente chaque année. En Allemagne, cette consommation s’élève à plus de 30.000 tonnes de médicaments renfermant 2.500 matières actives. (Convention du Rhin : Rapport n°182/ 2010) En Suisse, on consomme chaque année 13 tonnes de pénicillines pour soigner les hommes mais aussi 9 tonnes pour soigner les animaux, 4 tonnes de céphalosporines à usage médical, 1,5 tonne de chloramphénicol à usage vétérinaire. La France consomme chaque année 10 tonnes de sulfamétoxazole, un antibiotique dont on trouve des concentrations de 480 nanogrammes par litre dans les rivières. La consommation totale française d’antibiotiques vendus en pharmacie a représenté en 2001 cent soixante-six millions de boites. Soit environ 1328 tonnes à raison de 8 grammes de substance active par boite. L’Académie de Pharmacie (2008) donne le chiffre de 1179 tonnes en 2004 pour les usages vétérinaires.. L’Allemagne consomme 16 tonnes par an de clorofibrate, un hypolipémiant, que l’on retrouve au niveau de 220 ng/l dans les rivières. L’antiépileptique carbamazépine, est consommé au niveau de 26,8 t/an en Europe et on en trouve 800 ng/l dans les effluents d’usines de traitement d’eaux usées urbaines en moyenne en Europe, et 740 ng/l au Canada. Mais on a relevé un maximum de 2100 ng/l. !
Thomas Ternes (1999) rapporte des analyses de 190 ng/l de bêtabloquants dans les effluents de stations d’épuration d’eaux usées, et 40 ng/l de l’anxiolytique diazépam, 3100 ng/l d’hypolipémiant. Que l’on peut doser à 1200 ng/l dans des rivières des Etats Unis.
Il faut ajouter à cette liste évidemment non limitative, les produits de contraste iodés utilisés en radiologie, les traitements anticancéreux, les produits anti-œstrogènes utilisés dans les traitements des cancers hormonodépendants. Trois classes de produits sont particulièrement préoccupantes pour les experts : les antibiotiques, les hormones et les substances anticancéreuses.
L’Agence de Bassin Seine Normandie (2008) indique qu’en France les eaux usées urbaines peuvent contenir de 1 à 220 ng/l de substances œstrogènes, dont il reste de 0,2 à 80 ng/l après traitement. Et elle fait état de concentrations en œstradiol dans la Seine de 0,1 à 5 ng/l, qui féminisent la faune de l’estuaire de la Seine. On a dosé 470 ng/l de paracétamol dans la Marne.

Les eaux usées des hôpitaux représentent une fraction importante de la charge polluante. Des traitements sont possibles mais, en général, ils n’existent pas. Pourtant, les débits faibles et les concentrations élevées faciliteraient le traitement. L’Assistance Publique des hôpitaux de Paris a créé des filières d’élimination spéciales pour les médicaments anti cancéreux et ceux dont le principe actif est cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction.
L’Académie de Pharmacie, dans son rapport de 2008 : « Médicaments et Environnement » écrit : « Les rejets des Etablissements de soins représentent une situation particulière en raison du nombre de malades traités, de la quantité et de diversité des médicaments utilisés, notamment des anticancéreux, des anesthésiques, des antibiotiques, des produits de diagnostic, de contraste, ou des produits radioactifs… »
Les stations d’épuration urbaines retiennent environ 60% des produits en cause, chiffre moyen car très différent d’une substance à l’autre, 30 à 70 %, en général, mais parfois moins de 30%. Cette fraction retenue se retrouve souvent dans les boues d’épuration, qu’il vaut mieux ne pas utiliser comme engrais, usage pourtant courant. A titre d’exemple, un antibiotique, la ciprofloxacine, de la famille des fluoroquinolones, peut se trouver à des concentrations de 2000 à 8400 ng/l dans les effluents d’hôpitaux, 20 ng/l dans les effluents domestiques. A la sortie du traitement des eaux usées, on en trouve encore 50 à 400 ng/l. Et 3 milligrammes par kilo en poids sec dans les boues de traitement biologique de ces eaux. Les médicaments vétérinaires se retrouvent dans les lisiers utilisés comme engrais, jusqu’à 20 mg/l d’antibiotiques dans les lisiers et 1,6 mg par kilo de poids sec dans les fumiers, selon l’Agence de Bassin Seine Normandie (2008), et leur transmission à l’homme est possible par les récoltes. Une pollution des nappes phréatiques par lixiviation ne peut être exclue, et de fait, l’Agence indique que 16 sites de pompage sur 27 montrent une pollution médicamenteuse. Parmi les initiatives inopportunes, on peut citer l’idée d’irriguer les champs avec les effluents des stations d’épuration urbaine, alors qu’aucune valeur limite de ces polluants n’a été proposée. Quand on connait le contenu en œstrogènes, en médicaments, et en métaux lourds de ces effluents, on risque de polluer les sols et les nappes phréatiques par lixiviation. Une rivière étant aussi un lieu d’épuration biologique, on se prive ainsi d’un processus gratuit, d’un effet de dilution, et on dissémine volontairement la pollution. Les villages qui utilisent la nappe phréatique pour leur eau potable ne seront pas ravis de cette pollution. Les pays qui pratiquent ce recyclage ont fixé des critères de concentrations maximales pour les microorganismes, mais ont « oublié » les anticancéreux, les anesthésiques, les antibiotiques, les produits de diagnostic, de contraste, les produits radioactifs, et les œstrogènes de la contraception…Autoriser ce recyclage avant d’avoir fixé des normes acceptables pour ces polluants est contraire au principe de prévention, pourtant un des piliers de la réglementation française ! En matière de recyclage, idéal écologiste, on met toujours la charrue avant les bœufs, c’est-à-dire avant d’avoir évalué le risque pour la santé !
Jusqu’à présent, on s’est préoccupé de récupérer les médicaments non utilisés. Mais quand le médicament absorbé par le patient n’est métabolisé qu’à 25%, cela signifie que les trois quarts sont rejetés par les voies naturelles. Une étude canadienne a déterminé que 54% de la totalité des produits pharmaceutiques achetés par les consommateurs peuvent pénétrer dans l’environnement par les eaux usées et les décharges. Plus étonnant, les eaux usées récupèrent ces substances à 56% par l’excrétion, mais aussi 44% par élimination sans consommation, les médicaments étant mis à la poubelle. (E. Gagnon Santé Canada)
Il est aujourd’hui admis que la présence excessive des antibiotiques en rivières est la cause principale de la résistance accrue des bactéries pathogènes, acquise grâce à des mutations au contact de l’antibiotique. Les scientifiques ont découvert avec surprise les mécanismes efficaces de la transmission de la résistance entre bactéries ! Les bactéries sont capables de se transmettre des gènes de résistance presque par simple contact ! Les superbactéries résistantes à tous les traitements ne peuvent qu’augmenter en nombre !
Si on peut concevoir des traitements plus efficaces des eaux usées de ville, la dispersion des rejets vétérinaires rend illusoire toute idée de traitement de ces rejets. C’est pourquoi l’usage des antibiotiques comme facteur de croissance en élevage est en débat. La Suède et le Danemark l’ont interdit. L’Union Européenne a interdit en 2000 l’utilisation des antibiotiques utilisés en médecine humaine. Mais la France a encore consommé 1179 tonnes d’antibiotiques à usage vétérinaire en 2004, l’Allemagne 668 tonnes. Au 1er Janvier 2006, l’interdiction des antibiotiques comme facteur de croissance a été étendue à tous les antibiotiques en Europe. Mais d’autres pays du monde, en Amérique du Nord et du Sud, continuent à utiliser les antibiotiques dans la nourriture des animaux, ce qui permet l’importation avec les produits de l’élevage de gènes résistants en Europe ! Et l’Organisation Mondiale du Commerce condamne cependant l’Europe pour son interdiction des viandes de bovins engraissées aux hormones ! L’OMC se soucie peu de la protection de l’environnement, de la santé des consommateurs, et de l’importation de gênes résistants ! Il est vrai que sa condamnation a été levée !

Est-il vraiment avisé de recycler les effluents des stations de traitement d’eaux usées urbaines sur des champs cultivés ?

L’Arrêté du 2 août 2010 autorise l’utilisation d’eaux issues du traitement d’épuration des eaux résiduaires urbaines pour l’irrigation de cultures ou d’espaces verts, sous certaines conditions. Cette pratique a été développée à l’échelle expérimentale jusqu’ici en France. Une étude de l’AFSSA de Novembre 2008 précise ces conditions. L’accent est mis sur les risques de pollutions microbiologiques, point important, mais la pollution médicamenteuse et celle des substances hormonales naturelles ou synthétiques semblent peu prises en compte. En général, un traitement complémentaire par lagunage est prévu, ainsi que des distances de protection des puits utilisés pour l’eau potable. Mais le traitement de lagunage a peu de chance d’être suffisant pour des substances qui ont traversé un traitement biologique. Même si un sol bien géré peut assurer une certaine épuration par ses micro-organismes, (Thomas Ternes affirme que l’on n’observe pas d’estrogènes naturels au-dessous de 40 centimètres de terre), on peut s’attendre à des pollutions des nappes phréatiques sous les terrains irrigués par des substances moins biodégradables. Qui vont s’ajouter à celles provenant de l’usage des boues d’épuration comme engrais et des lisiers d’origine animale,. En généralisant ces recyclages, sans normes d’acceptabilité, on étend les pollutions à des zones jusqu’alors protégées, avec les risques de polluer également les stations de pompage d’eau potable proches de ces zones, et les puits des habitants des campagnes. Jusqu’à présent, les zones concernées par cette pollution hormonale et médicamenteuse se trouvent en aval de grandes stations d’épuration, embouchure de la Seine ou de la Loire. On risque de la disséminer sur tout le territoire. Et de polluer les cultures !
Le rapport final du programme suisse « Perturbateurs endocriniens » (2008) indique que : « Chaque fois que c’est possible, il convient de diriger les eaux usées purifiées provenant de stations d’épuration vers un cours d’eau récepteur garantissant un rapport de dilution suffisamment élevé. » Soit exactement l’inverse du recyclage de ces eaux en irrigation !
Pendant très longtemps, la ville de Paris a épandu ses eaux usées sur des terrains agricoles à Pierrelaye, Triel, ou Gennevilliers. Suite à des teneurs en métaux lourds élevées dans les cultures, et sur avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, les préfets des Yvelines et du Val d’Oise ont interdit en 2000 la mise sur le marché des productions issues de ces terrains, alors que les épandages avaient cessé depuis longtemps. Cette expérience n’a pas servi de leçon. Pendant longtemps, on a considéré ces épandages comme un apport de nutriments et d’eau bénéfique, en oubliant les éléments toxiques qui les accompagnaient. Même après que les eaux usées de Paris aient été traitées, on a continué à épandre les boues d’épuration, avec leur contenu en toxiques. Plus de 30 tonnes de plomb ont été ainsi déversées entre 1975 et 1999. Et les terrains sont pollués pour longtemps.
En 1997 et 1998 on a imposé des normes plus strictes pour la teneur en métaux lourds des boues et des sols. Mais sans tenir compte des autres toxiques, ni des caractéristiques des terrains qui influencent la biodisponibilité et la lixiviation. Et les normes ne concernent qu’un nombre ridiculement faible de substances !
Aujourd’hui, on découvre dans les eaux usées traitées des microorganismes pathogènes, des médicaments et des hormones. Aucune norme d’acceptabilité n’existe pour les médicaments et les hormones stéroïdes dans ces eaux.
La pollution médicamenteuse devra être réduite à la source, en particulier en traitant les effluents des hôpitaux, qui représentent une part notable des sources, et dont les débits et les concentrations rendent les traitements plus efficaces. En favorisant la collecte des médicaments périmés, origine de 44% de la pollution au Canada. Mais en attendant, et en l’absence de normes applicables, ce type de recyclage ne parait pas raisonnable. On peut concevoir qu’il existe un besoin de disposer de réserves d’irrigation, mais irriguer avec des polluants dangereux n’est pas une solution. On objectera que les effluents de stations d’épuration sont rejetés en rivière, et que les eaux de rivière sont aussi utilisées pour l’irrigation, mais les effluents y sont fortement dilués, et une rivière est un épurateur biologique beaucoup plus efficace qu’une nappe souterraine anaérobie. La solution parait plutôt de stocker pour l’irrigation les eaux de pluie. On nous annonce, suite aux changements climatiques, des périodes de pluie et de sécheresse plus intenses. Bonne raison pour stocker la ressource lorsqu’elle est excédentaire !

Et l’eau potable ?

L’homme est-il menacé ? Gilles Monod (INRA Rennes) fait remarquer que, compte tenu de la particularité des régulations endocrines chez les poissons et de la diversité des espèces, il faut rester prudent dans l’extrapolation des résultats aux mammifères et à l’homme. (Colloque ARET 2002) Le Programme National Suisse Perturbateurs Endocriniens Rapport final (2008) confirme que si « les vertébrés réagissent tous de la même manière aux hormones stéroïdes et aux xéno œstrogènes, il semble improbable que tous les invertébrés réagissent eux aussi de manière identique aux œstrogènes. C’est pourquoi il est pratiquement impossible de déterminer des critères de qualité, au moyen de procédures de tests courantes »
La Suisse et l’Allemagne se veulent aussi rassurantes : « Les concentrations d’hormones stéroïdes dans l’eau potable, mesurées dans le cadre d’études scientifiques en Allemagne, (et en Suisse) ne sont pas à classer comme ayant un impact négatif sur la santé de l’homme. La contamination par le biais de l’eau potable est beaucoup plus faible que la production hormonale endogène » peut-on lire dans le rapport déjà cité. Curieux argument ! L’éthinylestradiol de la pilule contraceptive ne fait pas partie de la production endogène, surtout chez les garçons ! On préfère les remarques de Gilles Monod ! Et surtout, on préfère constater l’absence d’éthinylestradiol dans l’eau du robinet, selon l’enquête EAUSTER (2007)
Le Professeur Yves Levy, de la Faculté de pharmacie de Chatenay-Malabry, se veut aussi rassurant : « En France, seulement 34% de l’eau potable provient d’eaux de surface. Et le risque lié à ces micropolluants concerne surtout le milieu aquatique dans les grands fleuves, embouchure de la Seine, du Potomac, de la Tamise… » De fait, les mesures effectuées, si elles montrent que l’embouchure de la Gironde est peu concernée, montrent une pollution médicamenteuse importante de la Loire et de la Seine sur les 100 derniers kilomètres. Des concentrations jusqu’à 228 ng/l d’antiépileptique sont relevées dans l’embouchure de la Loire, 130 ng/l dans l’estuaire de la Seine..(Agence de Bassin Seine Normandie 2008). Mais on a aussi trouvé du diazepam, un antidépresseur, dans plus de 50% des échantillons d’eaux destinées à la consommation humaine…A Berlin, l’eau du robinet contiendrait jusqu’à 10 µg/l d’iode provenant des produits de contraste en radiologie (Académie de Pharmacie 2008)
Dans un article publié en 2006, Michel Joyeux, Professeur à la Faculté de Nancy, membre du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, s’alarme de la présence des résidus médicamenteux dans l’eau de boisson, alors que ces polluants n’ont pas aujourd’hui de normes applicables.
Les eaux souterraines sont un peu plus épargnées par la pollution médicamenteuse : l’Agence de bassin Seine Normandie (2008) indique des analyses sous le seuil de détection pour 11 sites sur 27. Mais pour les 16 sites positifs, on trouve de 2 à 20 ng/l d’antibiotiques, 40 à 80 ng/l de bromazépam, un psychotrope, 2 à 100 ng/l d’hypolipémiant, 3 à 80 ng/l d’antiépileptiques…et la situation n’est pas stabilisée. L’utilisation des effluents de stations d’épuration urbaines pour l’irrigation ne va pas arranger les choses. Cette situation est jugée dangereuse par Ghislain de Marsily, professeur à Paris VI : « Cette façon de gérer notre eau en faisant de l’eau potable à partir d’eau polluée est une technique intrinsèquement dangereuse et non conforme au principe de précaution. Prenons un exemple, sans vouloir être alarmiste, que trouve-t-on aujourd’hui dans l’eau potabilisée ainsi ? On trouve des antibiotiques ou des médicaments qui sont rejetés dans les eaux usées, en amont des prises d’eau, ils traversent les stations d’épuration aussi facilement qu’ils y entrent ; on trouve des perturbateurs endocriniens qui sont des produits organiques d’origines diverses qui se dégradent lentement dans l’environnement, qui ont un effet potentiel notable sur la santé humaine, mais aujourd’hui inconnu. On trouve, à l’état le plus souvent de traces, des pesticides. Aujourd’hui, on ne peut rien dire sur les effets potentiels de ces « cocktails », il n’existe aucune norme à respecter, on continue donc à distribuer de l’eau qui est conforme aux normes fixées par l’OMS ou par l’Europe. Tous les maires afficheront sereinement en mairie que leur eau est potable, c’est-à-dire conforme aux normes. » (Colloque La Charte de l’Environnement : enjeux scientifiques et juridiques 2003). Ce jugement est peut-être un peu excessif : les médicaments ne » traversent pas les stations aussi facilement qu’ils y entrent ». Le taux de dégradation est très variable selon les substances, et va de 30% à 70%, selon le Cemagref, qui précise que ces résultats peuvent être améliorés.
De nombreuses recherches sont en effet en cours pour améliorer les traitements des eaux usées urbaines et surtout pour éliminer les résidus de médicaments de l’eau potable produite à partir des eaux de surface ou souterraines. Certaines substances sont détruites par traitement à l’ozone, ou retenues par passage sur charbon actif. Mais les opacifiants iodés utilisés en radiologie échappent à ces traitements. La photo-catalyse qui utilise le rayonnement ultra-violet et des catalyseurs tels que le bioxyde de titane ou l’oxyde de fer semblent efficaces en traitement final. Avec toutefois une consommation d’énergie importante. Pour la production de l’eau potable, des méthodes modernes existent qui peuvent éliminer la majeure partie des contaminants, en fonction de la taille de la molécule. En particulier la plupart des composés organiques à plus de 6 atomes de carbone sont bien retenus par l’osmose inverse. (Les estrogènes ont 18 atomes de carbone). La nanofiltration est moins efficace. La prévention parait cependant la voie la moins couteuse, en évitant de disperser les polluants.

Des solutions seront certainement trouvées et appliquées, au moins dans les grandes stations, mais il faudra au préalable établir des critères de qualité. Il existe 26.845 captages pour produire de l’eau potable en France, et 39% seulement étaient protégés en 2005. 60% de ces captages alimentent moins de 500 habitants. Ces captages non protégés ne pourront pas faire face à des pollutions de la ressource par des polluants émergents. Il existe un « Plan National sur les résidus de médicaments », publié le 30 Mai 2011. Malheureusement, ce plan précise que : « Les réglementations, européenne et française, relatives à la qualité des eaux ne prévoient actuellement pas de surveiller la présence des résidus de médicaments dans les différents compartiments aquatiques ou de fixer des normes de qualité pour ces substances, bien que la présence de certains micropolluants soit réglementée par la fixation de limites de qualité dans les milieux aquatiques ou de valeurs guide dans l’eau potable. »

La priorité est pourtant d’ajouter aux critères de potabilité des eaux des normes relatives à ce type de polluants, aussi importants, sinon plus, que les phytosanitaires. Dans son rapport « Eau et Santé », (2006), l’Académie des Sciences estime que « la liste des paramètres surveillés ne reflète pas la diversité des polluants et agents pathogènes présents dans l’environnement ».

Le plan prévoit d’établir des listes de substances prioritaires, car on ne peut doser 3000 principes actifs !, de réaliser un état des lieux de la contamination des eaux et des sols par les résidus de médicaments, d’évaluer les impacts environnementaux dans le cadre de l’autorisation de mise sur le marché, d’analyser la pertinence d’améliorer les traitements des eaux usées et des eaux potables. Beaucoup d’études et d’évaluations, alors que le problème est connu depuis plus de quinze ans, et qu’aucun progrès n’est constaté ! Pas de nouveaux critères de potabilité à l’horizon ! Monsieur de Marsily a raison, « Tous les maires afficheront sereinement en mairie que leur eau est potable, c’est-à-dire conforme aux normes. » Des normes qui continueront à ignorer les « risques émergents » Car aux médicaments et substances hormonales, il faut aussi ajouter les produits d’hygiène corporelle ! « Les résidus de produits cosmétiques comme ceux des biocides posent également des questions. » peut-on lire dans le plan.
Dans le cadre de la révision de la liste des substances prioritaires au titre de la Directive européenne sur l’eau (2000), des discussions sont en cours pour ajouter éventuellement certaines substances médicamenteuses (notamment : ibuprofène, diclofénac, éthinylestradiol, œstradiol). La Commission Européenne doit faire des propositions à cet égard dans le courant de l’année 2011. Un petit pas dans la bonne direction ! Mais des tests de toxicité globale sur des organismes sentinelles seront sans doute nécéssaires.

Quand on voit la difficulté de réduire dans certaines régions les teneurs en nitrates des nappes phréatiques, alors que des techniques d’élimination peu coûteuses existent depuis des décennies, on constate qu’il reste des progrès à réaliser dans la production de l’eau potable. Et la communication auto-satisfaite de certaines villes en faveur de l’eau du robinet supposerait que les eaux de surface ou souterraines trop polluées ne soient pas utilisées, et que des normes sévères soient appliquées aux résidus médicamenteux, comme pour les pesticides, pour protéger les personnes vulnérables, en particulier les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Les producteurs d’eaux minérales ou d’eaux de source ont encore de beaux jours devant eux, à condition toutefois de ne pas introduire de nouveaux risques avec l’usage, désormais autorisé, de plastiques recyclés pour la fabrication des bouteilles !

Références

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LE PAPIER ET LE CARTON RECYCLE AU CONTACT ALIMENTAIRE : UN RISQUE POUR LA SANTE

30 mai 2011

 

 

LE PAPIER ET LE CARTON RECYCLE AU CONTACT ALIMENTAIRE : UN RISQUE  POUR LA SANTE

Après les plastiques, le papier carton : le recyclage au contact alimentaire pose aussi des problèmes sanitaires.

 

 

 

 

Pendant des décennies, les emballages au contact de nos aliments ont fait l’objet de règles strictes de compatibilité des matériaux vierges utilisés, avec leur contenu.

Toutes ces précautions ont volé en éclats avec la publication  de la Directive Européenne 1935-2004 du 27 Octobre 2004, qui autorise les matériaux recyclés au contact des aliments.  Pour cette directive, les matériaux et objets classiques destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires sont « inertes » (considérant 4). Mais aucun matériau n’est « inerte » et tous peuvent laisser migrer des substances indésirables dans les aliments ou les boissons, et ce risque est plus élevé avec des matériaux recyclés de qualité aléatoire. Certes, ce recyclage est possible sans danger pour le verre, l’acier, l’aluminium, compte tenu des procédés utilisés, tous à très haute température.

Mais la Directive considère que tous les matériaux recyclés peuvent être utilisés, s’ils obéissent à des « exigences essentielles » dont la directive se garde bien de préciser les conditions de leur obtention. Seuls les plastiques ont été visés par une directive spécifique, le Règlement 282-2008 qui précise les conditions d’application de la Directive 1935-2004 pour les matériaux recyclés, au contact des aliments. Règlement au demeurant fort insuffisant. Voir Sabius.fr du 23 mars 2011. Les papiers cartons attendent toujours un règlement spécifique, ce qui n’a pas empêché le recyclage en contact alimentaire à grande échelle. Le Conseil de l’Europe, considérant que « les matières et articles en papier carton destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires, peuvent, du fait de la migration de leurs constituants dans les aliments, représenter dans certaines conditions un risque pour la santé humaine », a établi en 2005 une déclaration de politique générale concernant les matières et articles en papier carton destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires. Mais des experts suisses font remarquer que les emballages alimentaires recyclés pourraient représenter une source de pollution des aliments cent fois supérieure à celle des résidus de pesticides, qui focalise l’attention, alors que cette source est infiniment moins contrôlée !

 

Des céréales du petit déjeuner, des pâtes, des pizzas, polluées…

 

Le papier carton peut être pollué par des encres, des colles ou autres additifs. M.Biedermann et K.Grob (2011), de l’Autorité de contrôle de l’alimentation du canton de Zurich,  ont ainsi trouvé en 2010 des doses élevées d’huiles minérales contenant de 15 à 25% de composés aromatiques, dans des denrées alimentaires au contact de cartons recyclés : « Quand les denrées sont au contact de cartons recyclés, la plupart des hydrocarbures jusqu’en C20 migrent dans les aliments en moins de quelques semaines. S’ils ne sont pas imprimés, les cartons recyclés contiennent entre 300 et 1000 mg/kg d’huiles minérales. La source principale provient du papier journal et des magazines et de leurs encres d’imprimerie. Le papier journal contient environ 3000 mg par kilo de ces substances. La dose autorisée pour la migration des huiles minérales dans l’alimentation est de 0,01 mg par kilo de poids corporel et par jour, d’où on peut déduire que les aliments ne doivent pas dépasser la concentration de 0,6 mg/kg. Mais cette norme est valable pour des huiles raffinées et blanches, ce qui n’est pas le cas des matières recyclées. Leur teneur en composés aromatiques est élevée et elle rendent ces migrations inacceptables pour la santé »

Ces révélations ont fait rapidement le tour de la toile. Pour une émission de la  télévision suisse le 12 avril 2011, intitulée : « Des dérivés du pétrole dans l’assiette », le réalisateur a fait analyser 21 produits vendus en Suisse en grande surface : 16 dépassaient la norme de 0,6 mg/kg, alors que cette norme ne concerne que des produits blancs et raffinés, ce qui n’est pas le cas des huiles minérales introduites par le recyclage. Pour les composés aromatiques, la norme applicable serait de 0,01 mg/kg, en appliquant les directives en vigueur. Et à condition de ne pas être cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. Or des concentrations de 48 mg/kg ont été trouvées dans des pâtes ! A.Vollmer et K.Grob (2011) ont testé 119 échantillons de boites en carton contenant des produits secs, provenant de grandes surfaces allemandes, et 89 dépassaient la norme de 0,6 mg/kg dans le contenu. Les concentrations étaient entre 10 et 100 fois plus élevées que la norme.  Les auteurs font remarquer que ces concentrations pouvaient encore être multipliées par 3 à la fin du stockage en rayon. Déjà en 2007, des chercheurs de l’Université de Milan avaient dosé dans des boites à pizza du di- iso- butyl- phtalate, provenant des encres de cartons recyclés, et la substance était transmise à la pizza chaude, qui en contenait entre 7 et 72 microgrammes. (Bononi M. et al 2009) Selon les auteurs, les chiffres les plus élevés indiquent la présence de carton recyclé, ce qui est interdit en Italie! En France aussi, la substance ne doit pas être “au contact de corps gras ou de denrées à contact gras”. Le BfR allemand, Federal Institute for risk assessment, prévoit dans ses quantités maximales permises par migration, des concentrations de 1 mg de di-iso-butyl phtalate  par kilo pour les adultes, et 0,5 mg/kg pour les enfants. Mais il propose de revenir à l’utilisation de pâtes vierges pour la fabrication des cartons au contact alimentaire, comme moyen de réduire les risques de contamination des produits alimentaires. 

 

Le papier carton recyclé pose donc des problèmes encore plus sérieux que les plastiques, probablement parce que les sources des fibres recyclées sont plus diverses et moins contrôlées.

Des fabricants de céréales du petit déjeuner ont déjà supprimé le carton recyclé. D’autres découvrent les mérites des barrières fonctionnelles, c’est-à-dire l’interposition d’un film étanche aux huiles minérales, ou autres contaminants. A condition de ne pas choisir le PET recyclé ! A.Vollmer et al, (2011) ont en effet constaté que les sacs intérieurs en papier ou en polyéthylène ne réduisent la migration que de 50% en moyenne, mais que les films de polypropylène, ou d’aluminium semblent la bloquer. Des industriels de l’agro-alimentaire mentionnent clairement sur leurs emballages qu’ils n’utilisent que des fibres vierges. Ainsi, on peut lire sur le nouvel étui carton de sucre en poudre Saint Louis: “un carton en 100% de fibres vierges issues de forêts éco-gérées”

 

N.Kernoghan, du bureau britannique d’expertise en packaging PIRA International, en déduit qu’il convient d’exclure les papiers imprimés, journaux et magazines, de la chaine de recyclage du papier carton alimentaire, d’utiliser des barrières fonctionnelles bien adaptées, telles que l’aluminium, et enfin d’augmenter la proportion de fibres neuves, ce qui réduira la quantité de contaminants susceptibles de migrer. Toutes ces mesures ont un coût, mais sont nécessaires pour respecter les niveaux de migration acceptables. L’industrie des papiers et cartons a publié en 2010 un « Guide pour la conformité des articles et matériaux destinés au contact alimentaire ». Ce guide exclut certaines sources de papiers cartons usagés comme matières premières pour le recyclage en contact alimentaire, ce qui suppose des filières de traitement particulières.

Ce guide exclut aussi les cartons recyclés au contact direct de denrées humides et grasses, sans interposition de film protecteur adapté. Les pizzas de l’Université de Milan n’auraient donc pas du être mises en contact avec du carton recyclé.

 

Ces observations montrent les dégâts créés par la Directive 1935-2004 du 27 Octobre 2004 de l’Union Européenne concernant les matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires et ses « exigences essentielles ».

 

 Les QM, quantités maximales permises, sont dépassées, alors même que ces QM sont trop élevés car applicables à des substances raffinées ne contenant par les 20% d’hydrocarbures aromatiques relevées par Maurus.Biedermann. A l’évidence, les « exigences essentielles » ne sont pas respectées dans les cartons et papiers recyclés, et on attend la réaction des instances européennes concernées par la protection du consommateur ! Il a fallu que les contrôles d’un pays, la Suisse, qui ne fait pas partie de l’Union Européenne, mettent ces faits en évidence, pour que l’industrie agroalimentaire réagisse ! A l’évidence, aucun organisme officiel de contrôle en Europe ne vérifie la conformité aux exigences essentielles de la Directive à l’origine de ces désordres. Les signalements sont en effet assez rares, et les procès verbaux inexistants. L’Allemagne a signalé en 2009 la présence de méthyl benzo phénone, un photo initiateur destiné à fixer les encres d’imprimerie, dans des produits à base de céréales. En 2005, une firme a rappelé des cartons de lait pour enfants, après la découverte d’un autre photo initiateur dans le lait, l’Isopropylthioxanthone, ITX, par les autorités sanitaires italiennes. De l’ITX a aussi été trouvé dans du chocolat autrichien, des jus de pamplemousse et d’ananas italiens, et des boissons au lait de coco allemands. (G.L.Robertson 2006)

En 2005, le Conseil de l’Europe publiait une « déclaration de politique générale sur les matières et articles en papier et carton destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires ». Cette déclaration est accompagnée d’annexes techniques destinées à préciser les conditions à respecter (Annexe 3). Cependant, ces textes ne s’appliquent pas aux emballages de produits secs, dans lesquels M.Biederman a trouvé des quantités inquiétantes d’huiles minérales !

En outre, comme le fait remarquer M.C.Chagnon (2010) « L’aptitude des matériaux à entrer en contact avec les aliments est habituellement menée sur les constituants de départ introduits dans une formulation (règlement européen n°1935/2004). Or, ce règlement ne tient pas ou très peu compte des produits néoformés apparaissant au cours du procédé de fabrication de l’emballage ou de son utilisation (cuisson micro-ondes par exemple), », ni des matières introduites par le recyclage. Toutes les « quantités maximales permises » pour la migration ne concernent que les substances connues pour être utilisées dans le matériau. Même remarque de Karl Grob (2010) : La règlementation considère les substances utilisées dans les matériaux, mais il existe d’autres substances produites par les réactions, les procédés de recyclage, et la pollution, qui ne sont pas prises en compte. K.Grob en déduit qu’une meilleure évaluation des risques est nécessaire. Le programme « Biosafepaper » est une recherche de tests in vitro, permettant d’évaluer la toxicité des cartons et papiers. Il propose de pratiquer des extractions par des solvants adaptés à la nature des aliments au contact (milieu aqueux, gras, sec..) et d’appliquer des biotests aux extraits. Mais comme il parait exclu de procéder à ces tests pour chaque lot de carton, la représentativité des tests suppose des matières premières de qualité constante, condition difficile à satisfaire avec le recyclage !

Le rapport de l’association RECORD (P.Brula et al) indique que : « selon les experts consultés, les papiers cartons issus de la collecte des déchets ménagers sont inaptes au contact alimentaire. »

 

« On oublie les faits au nom de l’idéologie » reprochait le Ministre de l’Economie allemand à son collègue de l’Environnement, qui avait programmé un taux de 20% d’agroéthanol dans l’essence, avant de s’apercevoir que les moteurs existants ne supportaient pas un tel taux dans le carburant ! La même idéologie prévaut pour le recyclage des matériaux en contact alimentaire, et on oublie les faits. La Directive 1935-2004 du 27 Octobre 2004 fixe des « exigences essentielles », mais sans se soucier des conditions de leur obtention. Des procédés de recyclage autorisés se sont révélés sans garanties sanitaires suffisantes. On découvre ainsi a posteriori des hydrocarbures aromatiques dans les pâtes, des phtalates dans les pizzas, à des concentrations dépassant de beaucoup les migrations admissibles. Le principe de précaution devrait limiter cette épidémie de recyclage au contact des aliments, à des matières premières identifiées sans risque excessif, et l’utilisation de barrières fonctionnelles efficaces. Dans tous les procédés industriels de la planète, les spécifications des produits finis  ne s’obtiennent qu’avec des matières premières répondant à des spécifications précises. En oubliant cette règle, l’Union Européenne et l’industrie agroalimentaire ne protègent pas la santé de leurs consommateurs, et s’exposent imprudemment à des situations de crise !  Le greenwashing officiel est décidément plus dangereux que celui des publicitaires. 

 

  Il est intéressant de rappeler que l’interdiction d’utiliser du papier journal en France pour conditionner les aliments date de 1912 ! C’est en effet l’objet de l’Arrêté du 28 juin 1912, JO du 29 Juin 1912 !  Le consommateur serait-il donc moins bien protégé en 2011 qu’en 1912 ? Cet arrêté rejoint dans les oubliettes la défunte autorisation préalable  du Ministère en charge de la santé, pour les emballages de l’eau destinée à la consommation. (Code de la santé publique. article 1322.43 pour les eaux minérales et 1321.48 pour les eaux de source). Mais c’était avant que l’idéologie n’oublie les faits, et que le greenwashing de l’Union Européenne ne sévisse !

 

 

 

Références

 

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Biosafepaper  Project: Projet de définition de tests in vitro pour évaluer la toxicité des papiers cartons, à partir d’extractions à l’eau, à l’alcool, et au Tenax. Projet conduit par l’Université de Kuopio (Finlande) Contrat n°QLK1-2001-00930 de l’Union Européenne.   

Bononi M. et al (2009) Identification of di iso butyl phtalate DIBP suspected as possible contaminant in recycled cellulose for take away pizzas boxes. Packaging Technology and Science Vol22, Issue 1, 53-58

Conseil de l’Europe (2005) Comité de santé publique. Déclaration de politique générale concernant les matériaux et articles en papier carton destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires.

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Directive Européenne 1935-2004 du 27 Octobre 2004

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Grob K. and Maurus Biedermann (2006) Food contamination with organic materials in perspective. Packaging materials as the largest and the least controlled source?

A view focusing in the European situation. Food Science and Nutrition Vol 46, N°7, 521-535

RECORD (2007) Risques sanitaires engendrés par la valorisation des déchets. Etude n°04-0663/1A P.Brula et P.Thoumelin.

Robertson G.L. (2006) Health implication of food packaging. Food Australia 58, (8), 367-371

Vollmer A. et al (2011)   Migration of mineral oil from printed paper board into dry foods. Survey of the German market. European Food research and Technology Vol 232, N°1, 175-182

ANATOMIE DES PEURS DU CONSOMMATEUR (et des tromperies des vendeurs) : L’EXEMPLE DE L’ALUMINIUM

23 avril 2011

 

L’aluminium est très répandu sur la planète : 8,13 % de l’écorce terrestre. Autant dire que l’on va en trouver partout ! L’argile est un silico-aluminate hydraté, et il représente une part importante des sédiments terrestres. L’aluminium est obtenu par électrolyse à haute température d’un mélange de cryolithe, fluorure double de sodium et d’aluminium, qui sert de fondant, et d’alumine, laquelle est obtenue à partir de bauxite. La bauxite est constituée de 40 à 60% d’oxydes d’aluminium hydratés, et d’oxydes de fer qui lui donne sa couleur rouge.

 

L’aluminium a été considéré longtemps comme sans danger pour l’homme. Il est utilisé dans le traitement des eaux comme floculant, en général avec le sulfate de fer. Il entre dans la composition d’additifs alimentaires, le colorant E173, les antiagglomérants silicate d’aluminium sodium ou potassium E554 et 555, E541 phosphate de sodium aluminium, E559 kaolin, E573, stéarate d’aluminium…De produits pharmaceutiques, de cosmétiques, et sert de matériau pour des ustensiles de cuisine, récipients et emballages de produits alimentaires et de boissons. Mais on s’aperçoit aujourd’hui que l’expression « la dose fait le poison » de Bombastus von Hohenheim dit Paracelce (1493-1541), est plus que jamais vérifiée. Et que la dose journalière acceptable fixée par l’ATSDR (Agency for Toxic Substances and Disease Registry) des Etats Unis et par l’Office Mondial de la Santé (ONU)  de 1 milligramme par kilo de poids corporel et par jour, soit environ 60 mg par jour pour un adulte, risque d’être revue à la baisse. Le panel de l’EFSA sur les additifs alimentaires, tenant compte de l’accumulation possible de l’aluminium, a fixé la dose acceptable à 1 mg par kilo de poids corporel et par semaine. (EFSA 2008) (L’aluminium persiste en effet assez longtemps dans les tissus ou organes, avant d’être éliminé par les urines). La dose d’exposition de la population est actuellement de l’ordre de 1,6 à 13 mg par jour pour un adulte de 60 kg. Mais le même panel estime que l’organisme ne retient que 0,3% de l’aluminium contenu dans l’eau de boisson, ce chiffre étant encore plus faible pour les aliments. 

 

L’Institut de Veille Sanitaire, en collaboration avec l’AFSSA et l’AFSSAPS, a publié en 2004 une étude : « Aluminium, quels risques pour la santé » qui évalue les publications récentes qui font état de risques de cancer et de maladies neurotoxiques.

 

Les risques de cancer ne sont pas confirmés.

 

De nombreuses études ont concerné les travailleurs des électrolyses de l’aluminium. Mais les électrolyses de l’aluminium utilisent des anodes en graphite et brai de houille, susceptibles d’émettre des hydrocarbures aromatiques polycycliques, dont certains sont des cancérogènes reconnus. En 1987, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé l’électrolyse de production d’aluminium comme processus cancérigène certain pour l’homme, du fait de l’exposition aux Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques. (Ces HAP sont également émis par les combustions de charbon et de bois, ou la fumée de tabac, processus « cancérigènes » par conséquent) « Après revue de la littérature, L’ATSDR (1999) conclut que le risque accru de cancer dans l’industrie de production de l’aluminium est du à la présence de carcinogènes connus, tels les HAP et non à l’aluminium ou ses composants. » (Institut de Veille sanitaire 2004).

En 2003, à partir de l’étude rétrospective de 437 femmes ayant survécu à un cancer du sein, le Docteur Mc Grath, de la North Western University de Chicago, conclut que la fréquence et l’usage de déodorants anti-transpirants en association avec le rasage des aisselles sont associés au diagnostic prématuré de cancer du sein. Cependant, l’étude n’identifie pas de composé potentiellement responsable. Et l’étude souffre sans aucun doute de l’absence d’un groupe témoin constitué de femmes en bonne santé. Dans l’article du Dr Mc Grath, deux courbes  montrent que depuis 1940 l’incidence du cancer du sein est parallèle à celle de la vente d’anti -transpirants et de déodorants. Ce genre d’argument déconsidère l’article, car beaucoup d’autres choses ont augmenté entre 1940 et 2000, à commencer par le traitement hormonal de la ménopause, THM, accusé de favoriser les cancers du sein en exposition prolongée, et abandonné depuis quelques années.. Encore faut il qu’il y ait une relation de cause à effet ! Le Docteur Philippa Darbre (2005) établit ce lien : le chlorhydrate d’aluminium contenu dans les déodorants pourrait interférer avec les récepteurs aux estrogènes de certaines cellules cancéreuses. Or le cancer du sein est un cancer hormono-dépendant. Mais l’aluminium n’est pas classé cancérogène par le Centre International de Recherches sur le Cancer, et il n’est pas non plus considéré comme un métallo-estrogène. On  constate également une forte incidence de cancer du sein dans le quadrant supérieur-externe, proche de la surface habituelle d’application des déodorants.

 A l’opposé, le Dr Dana Mirick, (2002) du Centre de Recherche sur le Cancer Fred Hutchinson à Seattle, a comparé les habitudes d’hygiène de deux groupes de 800 femmes, les premières atteintes d’un cancer du sein, les secondes en bonne santé. Résultat : l’utilisation d’un anti transpirant n’augmenterait en rien le risque de cancer du sein.

Les statistiques semblent aller dans le même sens : alors que les femmes jeunes sont sans doute plus utilisatrices que les femmes âgées, les données épidémiologiques récentes, aux Etats-Unis, montrent que l’incidence du cancer du sein est restée stable chez la femme jeune et a diminué, en 2003 et 2004, chez les femmes de plus de 50 ans. L’hypothèse principale qui pourrait expliquer cette diminution d’incidence serait la moindre fréquence d’administration des traitements hormonaux de la ménopause. Cette dernière hypothèse est aussi  avancée par l’Institut Curie et la Caisse Nationale d’Assurance Maladie en France, qui constatent également cette décroissance. (Journal de l’Institut Curie Nov.2008).

Un panel d’experts (2008) constitué de Moïse Namer, oncologue au Centre A.Lacassagne de Nice ,Elisabeth Luporsi, oncologue au centre Alexis Vautrin de Nancy, Joseph Gligorov, oncologue de l’Université Paris VI et de l’hôpital Tenon, François Lokiec, pharmacologue du Centre René Huguenin Saint Cloud, Marc Spielmann, oncologue à l’Institut Gustave Roussy, a analysé les publications disponibles et en déduit que : « Après analyse de la littérature disponible sur le sujet, aucune preuve scientifique en faveur de l’hypothèse (du rôle de l’aluminium) n’a pu être identifiée. »

Enfin, l’AFSSAPS, Agence Française de Sécurité Sanitaire des produits de santé, dans son bulletin Vigilances n°31 de Février 2006 écrit :

« L’exposition à l’aluminium via l’utilisation répétée de ce type de produit est régulièrement dénoncée dans une certaine presse, elle a même été mise en cause dans l’apparition de diverses pathologies (maladie d’Alzheimer, cancer du sein…) ce qui à ce jour, malgré une expertise approfondie de l’ensemble des données disponibles, n’a pas été confirmé.  Les experts de la commission de cosmétologie du 16 décembre 2004 se sont ainsi prononcés en faveur de l’innocuité des produits cosmétiques contenant de l’aluminium. »

L’Office Fédéral Suisse de Santé Publique écrit dans son rapport annuel de 2004 : « l’affirmation soutenant que l’usage d’anti transpirants provoque l’accumulation de toxines cancérigènes dans les ganglions lymphatiques des aisselles est dépourvu de tout fondement scientifique. »

 

Les effets neurotoxiques de l’aluminium

La neurotoxicité de l’aluminium est établie. L’aluminium est susceptible de causer des troubles graves neurologiques : l’encéphalopathie, des perturbations des fonctions psychomotrices, des perturbations ou lésions évocatrices de la maladie d’Alzheimer. (Institut de veille Sanitaire 2004) Ces troubles ont été effectivement constatés chez des patients dialysés soumis à de fortes doses d’aluminium. Un changement du traitement de floculation de l’eau à Chicago dans les années 1970, (remplacement du floculant sulfate de fer par du sulfate d’alumine), a entrainé une épidémie d’encéphalopathies chez les patients dialysés. La teneur en aluminium de l’eau pouvait atteindre 400 µg/l. Lorsque la concentration en aluminium du liquide de dialyse est élevée, l’aluminium passe du liquide de dialyse dans le sang. Des études épidémiologiques récentes associent des troubles à des teneurs en aluminium dans l’eau supérieures à 100 µg/.l, alors que la norme est de 200. (Etude Paquid 2004). Mais ces études sont contestées, car l’apport principal d’aluminium dans l’organisme, par les aliments, n’a pas été pris en compte. Or l’apport par l’alimentation est évalué entre 2,5 et 13 mg par jour contre 0,2 mg par l’eau de boisson, en supposant de consommer 2 litres par jour d’eau au maximum de la norme de 200 µg/l. (InVS 2004). En outre, certains  produits anti acidité de l’estomac en vente libre en pharmacie peuvent contenir de l’aluminium ! Les doses effectivement absorbées par les individus étudiés ne sont donc pas connues, et l’étude statistique est biaisée. Les effets neurotoxiques constatés chez les dialysés correspondent à des doses d’exposition très élevées : aux fortes teneurs du dialysat s’ajoutait l’administration  d’aluminium destiné à contrôler l’hyperphosphorémie consécutive à la déficience rénale. L’hydrocarbonate d’alumine est utilisé dans le traitement des hyperphosphorémies car l’aluminium a beaucoup d’affinité pour le phosphate avec lequel il forme un complexe non absorbé par le tube digestif et donc éliminé. .Ces préparations pharmaceutiques contenaient une grande quantité d’aluminium et leur utilisation prolongée chez les insuffisants rénaux n’était pas souhaitable. (P.Allain, les médicaments 2008) Des corrections de protocole ont été apportées à cette situation. Mais les dialysés forment un groupe pertinent d’étude sur les effets de l’aluminium sur la santé. L’Institut de Veille sanitaire conclut : «  les observations sont peu nombreuses et le plus souvent, il n’y a pas de corrélation entre les teneurs en aluminium de l’organisme et la présence de plaques séniles, ce qui ne plaide pas en faveur d’un lien direct entre l’aluminium et la maladie d’Alzheimer. »

Selon le Centre Canadien d’Hygiène et de Sécurité au travail, on a comparé la concentration d’aluminium mesurée dans les tissus cérébraux de malades Alzheimer et dans ceux de sujets témoins de même âge : aucune différence n’a été observée entre les deux groupes, contrairement à de nombreuses affirmations, ce qui pourrait signifier que l’augmentation de la concentration d’aluminium est un phénomène associé au vieillissement. 

 

Il faut rappeler que de nombreux métaux sont périodiquement accusés de provoquer la maladie d’Alzheimer :en particulier  le mercure, le manganèse, le plomb, (Le manganèse est un oligo-élément essentiel mais une surexposition à ce métal induit un syndrome neuro-dégénératif appelé manganisme) Tous trois sont des neurotoxiques reconnus, Le fer, le cuivre le zinc sont indispensables à de nombreux processus biologiques , En excès cependant, ils ont été impliqués dans différents processus neurodégénératifs. Leur pénétration dans le système nerveux central a été démontrée (Jean-François Ghersi-Egea, INSERM U842, Université de Lyon 1).

 Et si l’accumulation de métaux dans le cerveau est un cause possible retenue par certains chercheurs, il existe d’autres théories mettant en cause les plaques amyloïdes ou la protéine « tau ».

Quelles doses d’exposition ?

 

L’aluminium pénètre-t-il dans l’organisme par la peau ? La perméabilité de la peau aux substances inorganiques est en général faible, contrairement aux substances organiques. Mais la pénétration n’est pas nulle. Une étude expérimentale de pénétration transcutanée à l’aide d’aluminium 26, (Flarend 2001), a montré le passage dans le sang d’une forte concentration d’aluminium à partir d’une dose élevée appliquée de façon occlusive sous les bras d’un homme et d’une femme. Mais ces conditions diffèrent de celles d’une application standard de déodorant anti-transpirant. L’exposition sous occlusion augmente d’un facteur de deux à dix l’absorption percutanée des pesticides chez l’homme. Elle modifie également le pH de la peau qui joue un rôle dans le transfert percutané. .Cette étude  chiffre la pénétration  à 0,012 % de la dose appliquée (M. Namer 2008) Une thèse de l’Université de Bordeaux (Marina Simon 2009) a étudié le passage transcutané de l’aluminium de différents déodorants anti transpirants à travers des peaux animales. Elle constate que les réponses sont très différentes suivant la formulation du produit.

Mais cette quantité est dans tous les cas  particulièrement faible par rapport aux autres expositions.

On trouve en effet de l’aluminium partout : 5847 µg/kg dans le beurre, 2907 µg/kg dans les pommes de terre avec la peau, 190 sans la peau, 5979 µg/kg dans le pain (au Canada !), 846 µg/kg dans le poisson de mer, 1249 µg/kg dans le steak de bœuf ! (Santé Canada, enquête 1993-1999). Le Centre d’Information sur l’Eau  indique les chiffres suivants en 2010 pour l’apport quotidien d’aluminium, en moyenne :  

·         Lait et produits laitiers : 1,5 mg/j

  • Poissons, crustacés : 1,2 mg/j
  • Légumes, fruits : 0,5 mg/j
  • Et l’eau ne représente qu’environ 0,2 mg/j pour une consommation de 2 litres par jour.  

A l’aluminium apporté par les aliments et l’eau, la cuisine ajoute sa part : une sauce tomate après 60 minutes de cuisson dans une poêle en aluminium en contient 1000 à 1500 µg pour 100 g. et faire bouillir de l’eau pendant 15 minutes dans une casserole en alu en apporte 2600 µg/l ! Par chance, l’aluminium est peu absorbé par le tube digestif : l’aluminium de l’alimentation est en effet peu bioaccessible (la bioaccessibilité est la fraction de dose absorbée après ingestion et digestion, qui passe effectivement dans l’organisme, le complément étant rejeté). ; Une faible fraction de l’aluminium absorbé passe effectivement dans l’organisme. Selon A.C.Alfrey (1985) cette fraction serait de 2%, et on a vu que l’EFSA l’estime entre 0,1% et 1%.  (La bioaccessibilité du contact cutané est plus importante).

 En moyenne, les Canadiens absorbent environ 10 milligrammes d’aluminium par jour mais à peine un ou deux milligrammes émanent des chaudrons ou des casseroles, selon Santé Canada. Donc, inutile de jeter les casseroles en aluminium.  Santé Canada recommande cependant de ne pas laisser longtemps les aliments au contact ; surtout s’ils sont acides.

Le conditionnement de boissons acides dans les canettes en aluminium évite le passage du métal dans la boisson par un revêtement en résine époxy, lequel peut relarguer du bisphénol A ! Santé Canada a fait mesurer la teneur en Bisphénol A des boissons commercialisées et a trouvé entre 0,032 µg/l et 4,5 µg/l, moyenne 0,57 µg/l. (Santé Canada 2009) Il faudrait donc boire plus de 250 canettes par jour pour atteindre la dose maximale de 50 µg par kilo de poids corporel et par jour recommandée par l’EFSA !

 L’Institut de Veille Sanitaire en France a évalué entre 2,5 et 13 mg par jour l’apport en aluminium de l’alimentation contre 0,2 mg par l’eau de boisson. (InVS 2004). Santé Canada estime l’apport par l’eau à 0,15 mg/j pour un adulte de 60 kg et 10 mg/j l’apport par l’alimentation.

Au regard de ces chiffres, l’apport des déodorants anti-transpirants est sans doute quasi négligeable, même si la bioaccessibilité par voie cutanée est plus élevée que par ingestion

 

On peut sans doute admettre l’innocuité des produits cosmétiques contenant de l’aluminium. On recherchera cependant celui qui pénètre le moins dans la peau, puisque l’on constate des différences selon la formulation.

           

Gaëlle Landry, chef de projet à UFP QUE Choisir, écrit cependant : « Nous ne pouvons pas nous prononcer quant à la dangerosité d’un produit que nous n’avons pas testé mais classons les sels d’aluminium au rang des ingrédients douteux. »  Dans ces conditions, il est étonnant que la revue n’ait pas aussi conseillé de jeter les ustensiles de cuisine en aluminium. Ou protesté contre la teneur en aluminium des pommes de terre (non épluchées !) ou celle de l’eau du robinet ! Un article du Dr David Servan Schreiber dans Le Parisien du 23 Juin 2009 a déclenché une polémique en déclarant que boire de l’eau du robinet est potentiellement dangereux, en particulier pour les malades du cancer. Ce qui a provoqué un communiqué sévère le 2 Juillet 2009 : « L’Académie nationale de médecine, l’Académie nationale de pharmacie et l’Académie de l’eau rappellent encore une fois que la Santé Publique n’est ni de la publicité ni du marketing, et qu’il ne peut y avoir de Santé Publique que fondée sur les faits. Inquiéter l’opinion dans un tel contexte relève de l’imposture mais en aucun cas d’une démarche scientifique. »

 

De l’aluminium caché

 

Les relations supposées entre aluminium, cancer du sein et Alzheimer, abondamment relayées par les médias, ont fait que la mention « sans aluminium » est devenue un argument de vente pour les déodorants anti transpirants.

 

L’ennui est que tous les anti-transpirants doivent contenir de l’aluminium, sous peine d’une faible efficacité.

On trouve donc des déodorants sans aluminium, mais pas anti transpirants. Les bactéricides qu’ils contiennent évitent les mauvaises odeurs, ce qui peut être considéré comme suffisant. Après tout, la transpiration est une façon d’éliminer les toxines, et l’empêcher n’est pas physiologiquement correct.

Pour les anti- transpirants, le marketing ne manque pas d’imagination. Petit résumé de ce que l’on peut lire sur internet.

1. Certains n’hésitent pas à mentir effrontément, en parlant de pierre d’alun-potassium, naturelle et sans danger, car sans aluminium.

Exemple : « la pierre d’alun est très efficace. L’intérêt de ce déodorant minéral et naturel réside dans les propriétés antibactériennes, astringentes et anti-inflammatoires de la pierre d’alun. La pierre d’alun empêche le développement des bactéries, la fermentation et la formation des mauvaises odeurs. La pierre d’alun est composée d’alunit. sans alcool, sans parfum, ni aluminium. Pierre naturelle (potassium)

Autre exemple :

« La pierre d’alun est 100% naturelle et totalement sans odeur. L’alun est un déodorant remarquable et particulièrement économique. Formée de sels minéraux tirés du potassium, l’alun est sans danger pour la santé. »

L’alun est sans doute sans danger mais c’est un sulfate double d’aluminium et de potassium de formule Al K (SO4)2 12 H2O.

Et alunit est le mot allemand pour désigner un cristal de formule KAl3[(OH)6|(SO4)2] qui est donc également un sulfate double d’aluminium et de potassium.

L’affirmation « sans aluminium » est donc fausse.

 

2. Autre supercherie : le produit est garanti sans chlorhydrate d’aluminium, ce qui laisse le champ libre pour les autres sels d’aluminium ! Le chlorhydrate d’aluminium a été utilisé pour les tests du Dr Philippa Darbre, qui l’accuse d’être un métallo-estrogène. On peut ainsi lire : « Comme le montre la formule complète des déodorants X, ceux-ci sont exempts de sels d’aluminium de type chlorures »

 

3. Certains expliquent que l’aluminium ne pénètre pas dans la peau, avec des arguments parfois fantaisistes. Exemples :

« La pierre d’Alun naturelle ne présente aucun danger pour la santé : Le « Potassium alun » possède une charge ionique négative et une structure moléculaire telle qu’il ne peut être absorbé par les cellules de la peau, ce qui la rend absolument inoffensive, contrairement aux anti transpirants en spray du commerce contenant d’autres composants d’aluminium. »

Autre exemple :

« Or, notre pierre d’alun contient de l’aluminium. Alors, est-elle à bannir, elle aussi? Heureusement, il semblerait bien que la pierre d’alun soit inoffensive, car les oxydes et hydroxydes d’aluminium (ou gibbsite) qu’elle libère au contact de l’eau sont chimiquement très stables. Ils ne peuvent ainsi pas réagir, en l’état, avec la peau et ne peuvent donc pas libérer d’aluminium. Ils ne pénètrent pas non plus dans l’épiderme car ils ne sont pas solubles. »

 

En réalité, l’alun est très soluble dans l’eau 116 g/l à 20°C et 166 g/l à 30°C. Et en solution, à pH neutre, il s’hydrolyse en hydroxyde d’aluminium, comme les « autres composants » !

Les composés inorganiques pénètrent en effet peu et la dose appliquée avec la pierre d’alun est faible, mais que dire de ces  arguments dignes d’une alchimie du Moyen Age !

 

4. Certains messages insistent sur le caractère naturel du produit. La nature est toujours bonne, même quand elle fabrique des poisons ! Exemples :

« La pierre d’Alun naturelle, ou « Potassium alun » est à base de sel de potassium et d’aluminium qui est un élément inerte provenant de la nature. » ou encore :

« la pierre d’alun en poudre est le véritable minéral issu des carrières naturelles de Syrie. 100% NATURELLE, il faut la distinguer des pierres d’alun synthétiques, bon marché, issues des déchets de l’industrie chimique lourde notamment asiatique (Thaïlande). »

Il est vrai que le cristal d’alun est pur quand il est bien translucide, mais on trouve aussi des aluns naturels très impurs ! Et certains aluns synthétiques servent de matière première à la fabrication d’alumine pure, dont on fait les rubis et les saphirs blancs des verres des montres de luxe ! Les rubis et saphirs naturels sont moins purs, ce qui permet d’ailleurs de reconnaitre une pierre naturelle d’une pierre synthétique !

 

Et si l’on se réfère aux nombreux forums de cosmétique de la Toile, ces messages passent très bien ! Quelques rares firmes osent dire la vérité et essaient de convaincre que cette réalité ne justifie pas des affirmations alarmistes.

Curieusement, les mêmes pourfendeurs des déodorants avec aluminium conseillent l’utilisation de crèmes anti-bactériennes, anti-fongiques, ou cicatrisantes à base de stéarates d’aluminium, d’oxyde de zinc, de sulfates de cuivre et de magnésium, de lactates d’aluminium ou de sucralfate, (20% d’aluminium en poids). Le sucralfate est un sel hydraté complexe d’aluminium et de saccharose octasulfate. Et on trouve en pharmacie en vente libre des antiacides pour l’estomac à base de magnésium et d’aluminium, dont justement le sucralfate, mais aussi l’attapulgite, qui est un silicate de magnésium et d’aluminium,  dont personne ne se plaint !

En conclusion, il devrait être déconseillé aux personnes souffrant de déficience rénale d’utiliser des déodorants anti-transpirants et des anti-acides pour l’estomac contenant aluminium et magnésium. Mais que les autres utilisateurs se rassurent : ils ne deviendront pas séniles ou cancéreux à cause de l’aluminium !    

 

 

Références

AFSSAPS (2006) Evaluation du risque lié à l’utilisation des aluminiums dans les produits cosmétiques. Bulletin Vigilances n°31 Février 2006

Alfrey A.C. (1985) Gastro-intestinal absorption of aluminum. Clin. Nephrol. 24 (1) 384-387

Darbre PD. Aluminium, antiperspirants and breast cancer. J Inorg Biochem. 2005 Sep;99(9):1912-9

EFSA (2008) Safety of aluminium from dietary intake [1] - Scientific Opinion of the Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Food Contact Materials (AFC) EFSA Journal 2008, 754, 1-34

Flarend R, et al (2001) A preliminary study of the dermal absorption of aluminum from antiperspirants using aluminium-26. Food Chem Toxicol 2001 ; 39(2) : 163-8.

Institut de Veille Sanitaire (2004) Aluminium, quels risques pour la santé » Claire Gourier-Fréry et al.

McGrath KG.(2003) An earlier age of breast cancer diagnosis related to more frequent use of antiperspirants/deodorants and underarm shaving. Eur J Cancer Prev. 2003 Dec;12(6):479-85.

Mirick DK, et al (2002) Antiperspirant use and the risk of breast cancer. J Natl Cancer Inst. 2002 Oct 16;94(20):1578-80

Namer M. et al (2008) L’usage des déodorants anti transpirants n’augmente pas le risque de cancer du sein. Bulletin du Cancer. Volume 95, N° 9, 871-80, septembre 2008, synthèse

Paquid (Etude Paquid) (2004)  Epidémiologie de la maladie d’Alzheimer en Dordogne et en Gironde     Catherine Helmer (INSERM Unité 593)

Santé Canada (2000) Average concentration of trace elements in food for total diet study from 1993 to 1999.

Santé Canada (2009) Enquête sur la présence de bisphénol A dans les boissons en canettes

Simon M. (2009) Analyse par microfaisceau d’ions. Application à l’étude de la fonction barrière cutanée et à la nanotechnologie in vitro. Thèse de l’Université de Bordeaux I

Les plastiques recyclés autorisés au contact alimentaire : un risque pour la santé

23 mars 2011

 L’intérêt du recyclage n’est pas discutable, mais on peut se poser des questions sur le laxisme de la règlementation lorsqu’elle permet à un objet en plastique extrait de nos poubelles d’être au contact de nos aliments ou de notre boisson. C’est pourtant ce que permet le Règlement 282-2008 qui précise les conditions d’application de la Directive 1935-2004 pour les matériaux recyclés, au contact des aliments.

 Le recyclage du verre, de l’acier, du cuivre, de l’aluminium, existe depuis des décennies. Les filières sont bien organisées et efficaces. Le taux de recyclage du papier carton serait de 60%, celui du verre de 43%, et de 44,5% pour l’acier, 45,4% pour l’aluminium, 40,3% pour le zinc, 23,5% pour le cuivre, 81% pour le plomb, mais seulement de 6% pour les plastiques issus des déchets ménagers (Adème 2008)

 Le taux de réutilisation des plastiques ménagers est donc faible, et on peut concevoir la nécessité d’augmenter ce taux de réutilisation, qui est cependant de 22,5% si on tient compte des plastiques utilisés par l’industrie, et en particulier dans le secteur automobile. De nombreux plastiques peuvent sans doute avoir une deuxième vie, mais pas en contact alimentaire !

 

Le problème du recyclage des matières plastiques est beaucoup plus complexe que celui du verre, des métaux et du papier.

 Le problème du recyclage des matières plastiques est complexe. D’une part, il existe de nombreuses matières plastiques, dont le tri est difficile. On sait, cependant, séparer les polyéthylènes, P.V.C., polyéthylène téréphtalate (PET) constituant principal des bouteilles d’eaux minérales ou de source. Les progrès dans les technologies du tri sont spectaculaires, et des technologies de pointe ont été développées. Chacune de ces filières a trouvé des débouchés pour les plastiques de deuxième vie : ainsi 50% des tapis et carpettes aux Etats Unis, sont fabriqués à partir de bouteilles en PET recyclées. Ce n’est pas étonnant quand on sait que le PET, c’est aussi le Dacron, le Térylène, le Trévira et autres Diolen…. toutes fibres textiles synthétiques. Aujourd’hui, le PET recyclé est de plus en plus utilisé pour de nombreux autres emballages de produits non alimentaires (cosmétiques, lessives, produits industriels : solvants, huile de moteur…). Ces usages de plastiques recyclés : accessoires automobiles, sacs poubelle, vêtements, tapis, fenêtres, matériaux de remblai, bancs, tuteurs de vignes…. présentent peu de risques sinon aucun. Et bientôt sans doute, ils serviront de matière première pour d’autres filières, car de nombreux laboratoires étudient leur recyclage en monomères ou autres composés chimiques. C’est le recyclage chimique.

 Mais, contrairement à l’acier, au verre, à l’aluminium, de nombreuses matières plastiques ont des propriétés qui se dégradent lorsqu’on les recycle par voie mécanique, compte tenu des conditions opératoires. Et la présence d’autres plastiques contaminants les dégradent encore davantage. Une seule bouteille en PVC ou en PLA, acide polylactique, dans un lot de 10000 bouteilles en PET peut rendre le lot inutilisable ! En effet, aux températures de traitement du PET, ces matériaux vont se transformer en charbon. De nombreux produits de décomposition du PET se forment qu’il est nécessaire d’éliminer, et le PET recyclé se dégrade davantage que le PET vierge. Il est donc évident qu’un plastique ne peut se recycler indéfiniment. Sauf à en faire de nouveaux produits chimiques.

  

Les matières plastiques ont une valeur énergétique importante.

Le bilan du recyclage n’est pas toujours évident, quand il faut transporter les déchets vers un site de traitement un peu lointain, transport coûteux en carburant. Les déchets plastiques ont une valeur énergétique importante et le recyclage « énergétique » paraît être une bonne solution : un tonne de polyéthylène équivaut à une tonne de fioul. Mais cette solution suppose des incinérateurs, bête noire des écologistes, malgré tous les efforts pour les rendre non polluants. Pourtant la Suisse, pays de forte tradition écologique, est le pays européen leader en ce qui concerne l’incinération des déchets. 70% du total des résidus urbains solides non recyclés est incinéré, alors que seulement 21% est mis en décharge et 9 % traité grâce au compostage. La Suisse compte 28 incinérateurs de déchets ménagers. Le document « l’environnement en Suisse en 2009 » écrit :

 « dans quels cas la Confédération juge-t-elle le recyclage inutile ? Dans le cas d’un plastique assez coûteux comme le PET, utilisé en grandes quantités et facile à identifier, que l’on peut trier et conditionner à un prix raisonnable, la valorisation matière vaut la peine. Cependant, le plastique que l’on trouve dans la poubelle des ménages est fréquemment souillé. De plus il existe différentes sortes de plastiques et il est souvent associé à d’autres matériaux tels que le papier, le carton ou l’aluminium, ce qui accroit grandement le prix du tri et du conditionnement. L’Office Fédéral de l’Environnement préfère donc une valorisation thermique en UIOM à la collecte sélective. Même en Allemagne où le plastique est séparé, une grande partie finit en combustible dans les centrales thermiques ou les hauts fourneaux »

 Donc la Suisse admet de recycler le PET des bouteilles d’eau. Mais le recyclage peut être chimique, ou ne viser que des usages non alimentaires, ou ne pas être directement au contact des aliments !

 

 L’utilisation des plastiques recyclés en contact alimentaire : un risque pour la santé

L’agro-alimentaire représente 50% du marché des plastiques. Les bouteilles d’eau minérale ou de source représentent une très grande part de ce marché : aux Etats Unis 1,78 million de tonnes de plastiques sont transformées en bouteilles chaque année et cela représente 5,6 kilos de PET par personne et par an. En France, le PET représente 28% des 1200000 tonnes de plastiques utilisés en 2008. On a vu que le PET recyclé avait trouvé des emplois : mais jusqu’à présent il était interdit d’utiliser des plastiques recyclés au contact des aliments. Les matériaux et les additifs au contact des aliments faisaient l’objet d’une liste positive de substances et de polymères utilisables, à l’exclusion de tout autre. Une Directive européenne 99/91/CEE donne, en effet, dans une liste dite« positive », les monomères et additifs autorisés au contact alimentaire, à l’exclusion des colorants, pigments et catalyseurs. Cette directive définit également les limites de migration de toutes ces substances. Mais comme le recyclage peut introduire des polluants non identifiés, la liste positive n’est pas utilisable.

 En outre, en France, pour l’eau destinée à la consommation humaine, les matériaux et additifs devaient faire l’objet d’une autorisation préalable du Ministère en charge de la santé (code de la santé publique. article 1322.43 pour les eaux minérales et 1321.48 pour les eaux de source).

 Le premier janvier 2005, l’autorisation préalable française a été supprimée pour se conformer aux nouvelles exigences de la Directive 1935-2004 du 27 Octobre 2004 de l’Union Européenne. C’est la porte ouverte au laxisme, sous prétexte de risque de protectionnisme ! Cette Directive de 2004 prépare en effet le terrain pour l’usage de plastiques recyclés en contact alimentaire. Elle prévoit des autorisations données sur examen d’un dossier technique pour vérification de la conformité aux exigences essentielles définies par la Directive.

Quelles sont ces exigences ? L’article 3 nous apprend : que les matériaux et objets sont fabriqués conformément aux bonnes pratiques de fabrication afin que dans les conditions normales ou prévisibles d’emploi, ils ne cèdent pas aux denrées alimentaires des constituants en une quantité susceptible :

 

 a) de présenter un danger pour la santé humaine ou

 b) d’entraîner des modifications inacceptables de la composition des denrées ou

 c) d’ entraîner une altération du caractère organoleptique de celles-ci

 

L’autorisation est donnée (ou refusée) par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) Ceci, afin d’éviter des « décisions nationales susceptibles d’entraver la libre circulation des matériaux, créant des conditions de concurrence inégale et déloyale…. » Mais on constate aujourd’hui que des autorisations ont été données pour des procédés « ne présentant pas suffisamment de garanties sanitaires », donc non conformes aux exigences essentielles ! Et qui ne sont plus utilisés aujourd’hui.

Problème : un pays est-il obligé d’accepter le matériau autorisé au niveau européen, même si sa propre autorité (en France : l’AFSSA, ou le haut Conseil de la santé publique) est d’un avis contraire ?

L’examen des avis successifs émis par les autorités sanitaires nationales montre la pression exercée pour réduire les objections.

 

Une bonne solution : le recyclage chimique ou les bioplastiques.

Il existe des procédés de recyclage du PET qui ne présentent pas de risques : il est possible de recycler le PET en monomère d’origine : le dimethyltéréphtalate (DMT) par méthanolyse du PET. Le monomère est récupéré à un degré de pureté équivalent à celui d’un DMT vierge. Ce procédé a été accepté par le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France dans sa séance du 1erJuin 1993. Mais ce procédé est assez coûteux et peu utilisé. Il existe cependant plus de 30 procédés de recyclage chimique du PET : le plus utilisé est une glycolyse, procédé par lequel le PET est dépolymérisé et estérifié par le glycol en polyols. Ces substances sont transformables en dimethyltéréphtalate ou peuvent être utilisées pour la fabrication de polyuréthanes. L’Ecole Centrale de Paris en a fait un de ses axes de recherche.

Hors recyclage, il est aussi possible de produire du mono éthylène glycol (MEG) à partir de bioéthanol, et donc du PET partiellement d’origine végétale. Des usines de bio-MEG existent ou sont en projet à Taïwan, en Inde, en Chine, aux Etats Unis… (Chemtrex, Greencol, Petron Scientech Inc). C’est une solution choisie par Volvic, et Vittel, et ce dernier cofinance la chaire de bioplastiques d’origine végétale de l’Ecole des Mines de Paris. Mais pour être vraiment verts, les bioplastiques ne devraient pas utiliser des matières premières alimentaires !

 

 Une autre solution acceptable : le polymère recyclé n’est pas au contact de l’aliment ou de la boisson.

Une première Directive 72-2002 CE concernait les matériaux multi-couches : par exemple 3 couches : PET vierge, PET recyclé, PET vierge, ce qui sépare par une couche de matériau vierge (barrière fonctionnelle) l’aliment et le polymère recyclé. D’autres types de barrières fonctionnelles peuvent aussi être utilisés, qui suppriment ou réduisent fortement les migrations de polluants vers l’aliment ou la boisson. Cette conception ne modifie pas fondamentalement la sécurité du produit alimentaire, sous réserve d’une migration contrôlée entre les couches. Elle permet donc un certain recyclage. Elle est d’ailleurs couramment mise en œuvre. L’inconvénient de tous les matériaux en plastique est qu’ils sont perméables aux gaz. Grâce à des films composites sophistiqués, on a essayé d’obtenir de meilleures propriétés de barrière pour les emballages en plastique, par exemple pour la bière ou les boissons gazeuses. Les emballages multicouches existent donc depuis longtemps et se perfectionnent sans cesse. On utilise par exemple des barrières trois couches type PET/nylon /PET ou PET/Evoh/PET (Evoh : copolymère éthylène alcool vinylique) ou des multicouches en PET (5 couches en général). Le Fraunhofer Institute allemand a étudié une barrière fonctionnelle en SiOx,. dioxyde de silice

La Directive 72/2002 vient d’être remplacée par le Règlement n°10/2011 du 14 Janvier 2011 concernant les objets et matériaux en matière plastique destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires. Ce Règlement s’applique aux plastiques recyclés« sauf si le plastique n’est pas au contact avec les denrées alimentaires et en est séparé par une barrière fonctionnelle » Il privilégie donc la solution des barrières fonctionnelles. Les déboires rencontrés par certains procédés de recyclage ne sont sans doute pas étrangers à la révision en 2011 de la Directive 72/2002.

  

Une solution à risque : le polymère recyclé au contact de l’aliment ou de la boisson

L’étape qui autorise le contact alimentaire est introduite par le Règlement 282-2008 qui précise les conditions d’application de la Directive 1935-2004 pour les matériaux recyclés, au contact des aliments.

Les industriels de l’agro-alimentaire ont été prompts à y donner suite. Leurs agences de publicité les ayant convaincus que le recyclage, action écologique, intéresse d’avantage le consommateur que la protection sanitaire. Ce qui semble vérifié, compte tenu de l’absence totale de réaction des publications concernées par la sécurité des consommateurs. Mais, peut-être considèrent-ils la sécurité alimentaire comme acquise, malgré les nombreux avatars récents ?

Ainsi Danone écrit en Juin 2008, sur ses bouteilles d’eau d’Evian : « pour la première fois, Evian utilise une part de plastique recyclé, dans cette bouteille. Cette innovation fruit d’un long travail de recherches, permet à cette bouteille de préserver toujours parfaitement la qualité de l’eau minérale naturelle d’Evian ; tout en aidant à respecter l’environnement »

Pour une société qui se positionne en promoteur de la santé de ses clients, et qui vise en particulier les enfants en bas âge, cette démarche est étonnante.

 Le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, écrivait dans sa séance du 7 Septembre 1993 :

 

1 – Considérant que les matériaux au contact des aliments ne doivent pas nuire à la santé publique, ce qui suppose :

 -la connaissance de leur composition, du degré de pureté des substances employées et le cas échéant, l’autorisation préalable de ces substances

 -le contrôle de la qualité des matières premières et produits finis y compris les emballages, dans les usines fabriquant des produits alimentaires

 

2 –considérant que la réglementation française et les projets de réglementation communautaire relatifs à l’emballage et aux déchets d’emballage imposent des objectifs élevés de valorisation des emballages usages ;

 3 - considérant que l’une des voies est la valorisation matières communément appelé recyclage.

 4 – considérant que l’utilisation de matériaux recyclés dans les emballages constitue maintenant un argument de vente à l’égard des consommateurs

 5 – considérant que les emballages usagés collectés en vue d’un recyclage peuvent avoir été contaminés chimiquement et/ou bactériologiquement, soit pas ce qu’ils ont contenu, soit par le contact avec d’autres déchets

 6 – considérant que les matériaux récupérés en vue de leur recyclage peuvent être de provenance diverses et que certains d’entre eux n’étaient pas, à l’origine, aptes au contact alimentaire

 7 – considérant qu’il résulte de cette incertitude éventuelle quant à l’origine et à la composition des matériaux récupérés, une impossibilité de connaître les substances à rechercher par analyse

 8 - -considérant que certains procédés de recyclage ne permettent pas de garantir l’élimination des substances indésirables, éventuelles, et qu’en conséquence, les matériaux issus de tels procédés peuvent ne pas présenter les mêmes caractéristiques d’aptitude au contact alimentaire que les matériaux vierges auxquels ils pourraient se substituer

 9 – considérant que s’il est nécessaire de valoriser les emballages usagés et d’éviter leur mise en décharge, il convient avant tout, de sauvegarder les garanties d’innocuité des emballages et donc de la sécurité des consommateurs

 

Exprime son opposition vis-à-vis de l’utilisation, au contact des aliments, de matériaux recyclés ne présentant pas les mêmes garanties que celles du matériau vierge auquel il pourrait se substituer.

 Invite les milieux professionnels à définir les règles permettant d’apporter l’assurance que l’utilisation au contact des aliments de matériaux recyclés sera strictement limitée aux seuls usages apportant des garanties identiques à celles des matériaux vierges correspondants.

 On peut retenir de cet avis, l’idée qu’il est difficile de se protéger d’un risque dont on ignore la nature : « impossibilité de connaître les substances à rechercher par l’analyse », ce qui ne manque pas de bon sens (en analyse, on ne trouve que ce que l’on cherche). Ecologie ou santé, il faut choisir…et ce n’est pas la première fois ! Curieusement, dans les problèmes à visée écologique, on n’évoque jamais le principe de précaution ! L’INRA a pourtant écrit en 1998 : « la réutilisation pour l’emballage alimentaire n’est cependant pas sans risque pour le consommateur : s’il est déjà difficile de savoir ce que relargue un plastique propre et neuf, que dire d’un matériau usagé dont on ne connait ni l’origine, ni l’utilisation précédente. Un consommateur a en effet pu se servir d’une bouteille d’eau pour stocker une substance toxique (essence, détergent, pesticide…) ! ».

 

Des procédés « sans garantie sanitaire suffisante » ont été autorisés en Europe

 Les milieux professionnels ont beaucoup travaillé, surtout ceux qui « utilisent » le PET, pas ceux qui le produisent. Ainsi, après un lavage de surface rapide à l’eau chaude, environ 70°C, des bouteilles récupérées, une sonde de détection de substances indésirables mise au point par informatique et traitement statistique des cas rencontrés en pratique, était supposé vérifier l’absence de pollution. Le procédé a été jugé convaincant dans les pays scandinaves, l’Allemagne, et la Belgique. Mais, la sonde traite-t-elle aussi le problème microbiologique ? Et que se passe-t-il avec une substance nouvelle ? Aux dernières nouvelles, ce procédé semble abandonné, car ne présentant pas de garanties sanitaires suffisantes. Merci pour les consommateurs qui ont servi de cobayes pendant plusieurs années. Le procédé ne semble pas avoir été utilisé en France. Il a pourtant reçu une autorisation officielle européenne, ce qui pose question.

 l’AFSSA avait jugé ce procédé insuffisant : « ce système ne permet pas de s’affranchir de façon fiable des risques de pollution accidentelle ou délibérée par des molécules pouvant être « sorbées » par le PET (AFSSA« estimation sanitaire des matériaux PET recyclés utilisés en tant que matériaux au contact alimentaire 2006 »)

 

Dans cette étude sur le recyclage du PET, l’AFSSA recensait quatre types de problèmes :

 - les mélanges avec des polymères de qualité non alimentaire, qui introduit donc des substances indésirables dans le matériau

 - les modifications que subissent le polymère et les additifs pendant le traitement avec création de nouveaux contaminants

 -la contamination microbiologique

 -Enfin, la contamination par des substances diverses inconnues : L’AFSSA écrit : « après la première utilisation de bouteilles à usage alimentaire, le consommateur peut les réutiliser pour contenir ou diluer des produits non alimentaires : détergents, eau de Javel, pesticides de jardin, essence, urine, etc. La nature de tels contaminants n’est donc pas connue, a priori. »

 

Concernant la contamination microbiologique, la chance du PET est son point de fusion de l’ordre de 240° C. Il peut donc être traité à plus de 200° C. ce qui le stérilise sans doute. Reste les problèmes des contaminants chimiques et la décomposition des matériaux et additifs, beaucoup plus probable aux températures élevées de traitement.

Mais la plupart des plastiques ne supportent pas des températures de traitement élevées. Leur lavage est malaisé et peu efficace.

Bien entendu, l’Union Européenne et son autorisation, ne prend aucune responsabilité dans les résultats : l’article 7 du règlement 282/2008 est très clair.
« L’octroi d’une autorisation ne modifie en rien la responsabilité civile et pénale générale de tout exploitant en ce qui concerne le recyclage autorisé, le matériau ou l’objet contenant du plastique recyclé issu du procédé de recyclage autorisé, et les denrées alimentaires qui entrent en contact avec un tel matériau ou objet. »

On est bien loin de la défunte autorisation française du Ministère de la Santé pour les eaux destinées à la consommation humaine, supprimée le 1er Janvier 2005, pour se conformer aux nouvelles exigences de la Directive 1935 -2004 du 27 Octobre 2004. L’Europe n’est pas très protectrice pour ses ressortissants ! Autoriser les matériaux recyclés en contact alimentaire, c’est fouler au pied tous les progrès sanitaires qu’ont apporté des décennies de règlementation des emballages destinés à protéger les aliments.

Déjà, l’Université Goethe de Francfort, signalait en Septembre 2009 que l’on observerait des taux d’hormones dans l’eau en bouteille plus élevés que dans l’eau du robinet ou dans l’eau contenue dans les bouteilles en verre. Mais sans identifier la ou les substances responsables. Cette communication peu étayée a fait le tour du monde ! Un article de Environmental Health Perspectives (Leonard Sax 2009) recense une dizaine d’articles faisant état de tests positifs d’effets perturbateurs endocriniens pour des eaux contenues dans du PET. Certains ont dosé des phtalates dans ces eaux, présence attribuée à du PET recyclé, car les phtalates ne figurent pas dans les produits de décomposition du PET. L’article conclut que des recherches complémentaires sont nécessaires. D’autres laboratoires ont trouvé des microgrammes par litre d’antimoine dans l’eau, l’antimoine étant le catalyseur utilisé pour la fabrication du PET (parfois remplacé par le titane). Mais il ne figure pas dans la liste des 575 candidats perturbateurs endocriniens de l’Union Européenne. La concentration dans l’eau est en moyenne de 0,2 µg/l lorsque la bouteille est conservée à des températures ambiantes. Mais elle peut augmenter significativement lorsque la bouteille est exposée à la chaleur. Et la concentration acceptable est de 2µg/l au Japon, de 5 µg/l en Europe et 6 µg/l pour l’US EPA. L’industrie des eaux en bouteilles est toutefois bien imprudente : lorsqu’on aura trouvé dans l’eau un polluant non répertorié, adieu la réputation de pureté des eaux au contact du PET recyclé !

 

La qualité du PET recyclé ne peut pas être identique à celle du matériau vierge

Le recyclage pratiqué en France utilise un procédé sérieux, contrairement aux pratiques de certains pays. Il met en œuvre une technique en plusieurs étapes :

Les bouteilles sont triées, lavées et broyées en paillettes. Celles-ci sont séparées des résidus de colle, d’étiquette, ou de plastiques non PET, par exemple provenant des bouchons. Les paillettes sont lavées à chaud et rincées à l’eau potable, puis séchées, et à nouveau broyées. Suit une extrusion à 280°c en granulés, Des expositions prolongées à 280 °C dégradent chimiquement le PET : il y a formation d’acétaldéhyde, d’acide acétique, d’éthylène glycol, de diéthylène glycol, de dimères, de trimères. Une post condensation et décontamination finale sous vide à 200°C améliore les propriétés mécaniques du matériau par allongement des chaines du polymère et élimine les composés volatils.

Dans un autre procédé, la décontamination thermique sous vide est remplacée par un décapage en surface des granulés par la soude, pendant quelques heures et à chaud. Le PET est hydrolysé en surface et débarrassé éventuellement des polluants adsorbés en surface. (Procédé United Resource Recovery Corporation (URRC) utilisé aux USA, en Suisse et en Allemagne.

 Mais malgré toutes ces précautions, une thèse de l’Université de Swinburne (Australie) (L.Konkol 2004) a identifié 31 contaminants dans les paillettes de PET lavées, dont 5 à des concentrations entre 800 et 1200 ppb. Le nombre de polluants extraits par solvant n’est que de 4 pour le PET vierge mais de 17 pour le recyclé ! Cette étude montre aussi que le traitement de décontamination sous vide n’élimine que les contaminants les plus volatils. Il est donc difficile de considérer la qualité du PET recyclé égale à celle du PET vierge,malgré des affirmations tapageuses. Même en l’absence de pollution extérieure, le produit est dégradé. Et la situation ne peut que se détériorer car à chaque traitement de recyclage à haute température, des produits de décomposition se forment, qui ne sont que partiellement éliminés. Et comme le PET est de plus en plus utilisé, y compris pour des cosmétiques, des produits d’entretien, etc. les risques de contamination augmentent.

 

 Les critères d’acceptabilité

 Selon la Directive, les procédés utilisés doivent faire la preuve d’une limite de migration de 10 mg de contaminants totaux par décimètre carré de surface de contact, mais pour les produits destinés aux enfants en bas âge, la limite de migration est à définir en mg par kilo de denrée alimentaire. La règlementation propose 4 simulateurs de denrée alimentaire, 2 hydrophiles et 2 hydrophobes. Des limites de migration spécifiques devant être respectées pour certains contaminants (Règlement UE 10/2011) (Arrêté du 25 avril 2008) Pour satisfaire le Règlement, la fraction de PET recyclé dans le PET vierge est limité à 25%.

 Heureusement, le Règlement en question précise que :

 « Des substances mutagènes, cancérogènes ou toxiques pour la reproduction ne doivent pas être utilisées dans des matériaux ou objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires sans autorisation préalable. »et que la notion de barrière fonctionnelle n’est pas applicable à ces substances. Mais puisque l’on ignore la nature des polluants introduits dans la vie antérieure de l’emballage recyclé, cet article 27 s’apparente à la catégorie des parapluies, sauf à interdire le contact direct entre le plastique recyclé et les denrées alimentaires.

 

Mais il est pourtant justifié, de même que la limite de migration spécifique pour les enfants. : Exemple :

10 mg par kilo de lait serait la limite acceptable de bisphénol A pour les enfants nourris avec des biberons en polycarbonate. Un enfant de 15 mois en boit 0,45 l par jour et pèse 11 kg, il en ingérerait donc 0,4 mg par kilo de poids corporel et par jour, soit 400 microgrammes. Or, la dose d’exposition calculée par l’EFSA dans les conditions de migration du polycarbonate est de 11 microgrammes, soit 36 fois moins. Pourtant les biberons en polycarbonate ont été interdits, et le sujet a fait grand bruit !

 En situation d’incertitude, puisque la substance toxique n’a pas été identifiée, on peut, soit renoncer, soit faire appel aux statistiques.

 L’étude fait donc appel à un concept de l’US Environmental Protection Agency, « le seuil de préoccupation toxicologique », pour établir une concentration maximale acceptable de contaminants au contact du PET recyclé. Ce concept issu de statistiques indique que pour des doses inférieures à 1,5 µg par personne et par jour, le risque toxique d’une substance est très faible. Cette dose est à répartir entre 1 kg de nourriture et 2 litres d’eau, soit 0,5 μg/l, dans le cas où la preuve théorique, par l’application d’un modèle « structure-activité», de l’absence de potentiel cancérogène aurait été apportée. En effet, le seuil n’est pas applicable aux substances cancérogènes génotoxiques. La FDA des Etats Unis considère en effet que 0,5 µg/l « est la concentration qu’elle considère comme risque négligeable pour un contaminant provenant de la migration du plastique. » (FDA 2006)

 L’Afssa ne dit pas si la dose est transposable aux nourrissons…

 Visiblement le concept ne plait pas au Groupe d’Experts spécialisés Eau qui précise :

 « Le CSHPF et l’Afssa ont retenu un seuil d’exposition de 1,5 μg/personne/jour comme seuil de préoccupation toxicologique à condition qu’il y ait un examen complémentaire de la structure chimique. Le Conseil de l’Europe précise également que l’évaluation toxicologique des substances dont la migration est inférieure à 0,5 μg/kg d’aliment ou 1,5 μg/personne/jour consiste à s’assurer qu’elles ne sont pas cancérogènes, » Très facile quand la substance n’est pas identifiée !

 Et le Groupe d’Experts ajoute : « L’utilisation d’une limite maximale de migration de 1,5 μg/l ne peut pas être justifiée pour l’ensemble des substances dont la limite ou la référence de qualité est inférieure à cette valeur. »

 L’étude de 2006 de l’AFSSA se donne beaucoup de mal pour prévoir le degré de diffusion des polluants du PET sur la base de leur poids moléculaire.

 Mais un des experts (M.Larroque, Faculté de pharmacie de Montpellier, Laboratoire « interactions emballages/aliments »), n’est pas d’accord : « Si l’on utilise uniquement l’abaque donnant les migrations en fonction des poids moléculaires, on voit que des concentrations de plusieurs dizaines de mg par kilogramme de PET sont admissibles… Des QM, (quantités maximales permises), sont fixées dans la réglementation pour certains composés tels que le toluène diisocyanate (PM = 148) (1 mg/kg), l’oxyde de propylène (1 mg/kg)…et bien d’autres. On peut voir que ces QM sont inférieures à celle que l’on pourrait accepter pour une substance inconnue éventuellement présente dans le PET. Comment justifier de fixer des QM supérieures à des composés inconnus (donc non évalués) ?

 D’où une proposition logique de cet expert : qui consiste à considérer que tout le composé migre dans l’eau. Par exemple, actuellement, une bouteille de 40 g contient 1,5 litre d’eau. Donc la QM d’un polluant ne devrait pas excéder environ 2,5 μg dans 40 g de PET soit environ 60 μg/kg de PET. Ce chiffre est 70 fois inférieur à celui proposé ». (AFSSA 2006 page 31) En réalité, pour limiter à 0,5 µg/l la concentration dans les 1,5 l d’’eau, on aboutit à 0,75 µg dans 33 g de PET et 22,7 µg par kilo de PET et non 60 ! Le résultat dépend de l’épaisseur de la bouteille, plus elle est mince, plus le chiffre est élevé.

 Ce mode de calcul logique ne semble pas avoir été adopté ! Le seuil de préoccupation toxicologique n’est donc pas vraiment appliqué ! Il faut aussi noter que les tests de migration dans les substances simulant le contenu, sont limités à 10 jours à 40°C, ce qui parait court, compte tenu du temps de stockage des bouteilles, de l’ordre de 2 ans, à des températures ambiantes qui peuvent être élevées. Nouvelle raison de considérer une migration totale proposée par M.Larroque, cette hypothèse étant aussi adoptée par l’US FDA (2006) : « if 100% migration of the contaminant into food were assumed (a conservative assumption for room-temperature applications). (en supposant 100% de migration, une hypothèse conservative pour des applications à température ambiante)

La déclaration de politique générale du Conseil de l’Europe relative au recyclage des papiers cartons dans les essuie tout et serviettes (2004) écrit :

« Les restrictions sont applicables sauf si la quantité de substance présente dans le produit final, en supposant 100% de la migration dans l’aliment, est inférieure à 0,5 µg/kg ».Pourquoi cette règle est elle différente pour les plastiques recyclés ?

 Le laxisme de la règlementation applicable au recyclage des plastiques au contact alimentaire doit être comparé à la sévérité appliquée au bisphénol A dans les biberons en polycarbonate. Pourtant l’eau en bouteilles est aussi utilisée pour la préparation des biberons ! La Fontaine écrirait aujourd’hui : « selon que vous serez recyclé ou non, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » (Les animaux malades de la peste).

 

Mais il y a pire…

 La Chine importe, chaque année, 5 millions de tonnes de plastiques usagés, en provenance du Japon, d’Allemagne, des Etat Unis, des Pays Bas, de Grande Bretagne. Les exportations de déchets plastiques vers la Chine, à partir de la Grande Bretagne, ont augmentés de 700% entre 1998 et 2004.

 Sur 350.000 tonnes exportées en 2004, 70% ont eu la Chine comme destination (UK Statistics web site)

 Nul doute que l’Europe, et la France en particulier,« récupèrent « une partie de ces déchets dans ses achats à la Chine. La Chine applique-t-elle les « exigences essentielles » de la directive 1935-2004 ? Il serait surprenant que des granulés de PET recyclés ne se trouvent pas sur le marché.

 Qui vérifiera que les procédés utilisés sont conformes au règlement 282/2008 et approuvés par l’Agence Européenne de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation ou par l’AFSSA ?

 A l’évidence, il s’agit d’un risque « diffus » qui sera difficile à maîtriser. L’Europe a ouvert la boîte de Pandore. La mondialisation n’est pas très protectrice pour le consommateur et cette politique de recyclage de l’Union Européenne est assez surprenante au moment où elle exige de ses industriels des analyses de risques des produits et de leurs usages : le programme REACH. Où est la cohérence ?

 A la liste des peintures au plomb, des arachides aux mycotoxines, des dentifrices à l’éthylène glycol, des aliments pour chiens et chats à la mélamine, du lait en poudre à la mélamine, des lapins aux antibiotiques, de l’huile de sésame au benzo-pyrène, des suppléments alimentaires au cadmium, aux contrefaçons dangereuses, des médicaments frelatés, il faut rajouter maintenant les plastiques recyclés au contact alimentaire..

 Il semble indispensable d’obliger les producteurs utilisant des plastiques recyclés au contact direct de l’aliment ou de la boisson, de mentionner ce choix sur l’étiquette. Et de l’interdire pour les produits destinés aux enfants. Ainsi le consommateur pourra choisir entre l’écologie et la santé.

 Références

 ADEME (2008) Le recyclage en France Données 2008

 AFSSA (2000) Avis du 20 Octobre 2000. N° 2000 SA 72

 AFSSA (2005) Seuil de préoccupation toxicologique pour l’évaluation du risque sanitaire des substances chimiques dans les aliments. M.Joyeux et F.Aguilar

 AFSSA (2006) Estimation sanitaire des matériaux PET recyclés utilisés en tant que matériaux au contact des denrées alimentaires et de l’eau de boisson

 Conseil Supérieur d’hygiène publique de France (1993) Avis sur les matériaux recyclés à partir d’emballages usagés au contact des denrées alimentaires. Séance du 7 septembre 1993 BOCCRF n° 20 du 31 décembre 1993

 Directives2002/72/CE, 2003/30/CE, 1935/2004/CE, France Plastiques Recyclage (groupe Suez Environnement) Une seconde vie pour le PET

 Food and Drug Administration (2006) Guidance for industry: Use of recycled plastics in food packaging. Chemical considerations

 Konkol L. (2004) Contaminants level in recycled plastic. Thèse Université de Swinburne Victoria Australie

 Office fédéral de la Santé Publique (2004) Rapport annuel 2003 sur la sureté alimentaire (Suisse)

 Pennarun P.Y. (2001) Migration à partir des bouteilles en PET recyclé. Elaboration et validation d’un modèle applicable aux barrières fonctionnelles. Thèse de l’Université de Reims Champagne Ardenne

 Règlement européen n°10/2011 du 14 janvier 2011

 Sax Leonard (2009) Polyethylene terephtalate may yield endocrine disruptors. ehponline..org: doi: 10.1289/ehp.0901253

NOTRE AIR INTERIEUR EST POLLUE : EST-CE GRAVE DOCTEUR ?

28 octobre 2010

Une revue de défense des consommateurs vient de publier une enquête sur la pollution de l’air intérieur de nos habitations,  en choisissant d’analyser l’air intérieur des  lieux de vie de 35 députés et sénateurs. Le but : leur démontrer le niveau élevé de pollution dans lequel ils vivent. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas un scoop. L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, créé en 2001, s’est déjà penché sur la question. Et il existe des Observatoires dans les Régions.  Mais la vraie interrogation : est-ce dangereux ? Dans notre société du spectacle, la méthode vise à frapper les esprits. Ce n’est pas une méthode habituelle pour la revue. Sans doute un stagiaire aura eu une idée de génie. Mais la France a beaucoup de retard sur l’Allemagne, dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres :

 La peur de l’Apocalypse : C’est sous ce titre que  l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel », publiait le 25 septembre 1995, une enquête sur l’activisme environnemental des Allemands. Le journal cite un médecin allemand spécialiste des maladies dues à l’environnement : « il existe des familles avec des enfants en bas âge qui se promènent sans arrêt en voiture et s’exposent, pour partir en vacances, à des émissions de benzène extrêmement nocives, mais qui, une fois rentrées à la maison, ont peur que leur armoire n’exhale du formaldéhyde. Il est tout aussi absurde de voir des parents mettre leurs enfants à l’abri dans une pièce enfumée, sous prétexte que le taux d’ozone est trop important dehors » Et encore :  « dans la mesure où il est possible de détecter d’infimes traces de produits toxiques, on en vient à trouver de tout un peu partout…dans l’urine ou le sang de chaque allemand les médecins peuvent trouver des substances au nom inquiétant :dioxines, furanes, métaux lourds, pesticides. La présence d’une substance devient synonyme de maladie, déclare Jurgen Angerer, médecin à Erlangen, c’est totalement absurde ! Aujourd’hui ce sont les progrès de la physique et des méthodes analytiques qui font augmenter le niveau de pollution !

Les résultats des analyses, chez nos parlementaires, sont mauvais : on y a trouvé, entre autres, du benzène et du formaldéhyde. Même chez le député Vert, chez qui « tout est bio », ou chez celui qui tient ses fenêtres ouvertes en permanence et habite à la campagne ! Vite une loi !  Car dans notre civilisation technicienne, tout problème doit trouver sa solution par la technique, plutôt que par les comportements..  Un grand philosophe a écrit un jour : dès qu’il y a un problème, on dépense de l’argent. C’est plus facile que de changer de mauvaises habitudes.

 

Sabius.fr propose quelques pistes de réflexion qui ne coûtent pas trop cher

 

Eviter de fumer dans les appartements. Cela représente une économie : le fumeur n’a pas à se soucier de la pollution de son air intérieur, puisqu’il en est la source principale. La fumée de tabac contient entre 300 et 400 substances dangereuses dont 43 cancérigènes comme le benzène,  la nitrosamine, le formaldéhyde et les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Un article de S. le Calvé et al, dans Pollution Atmosphérique n°191 (2006) rend compte d’une étude réalisée à Strasbourg, dans 162 logements, où des concentrations de formaldéhyde de l’ordre de 10 à 20 µg/m³ ont été relevées ; Ces concentrations dépendent de l’âge des revêtements des sols et des murs. Fumer cinq cigarettes dans la pièce porte cette concentration à des valeurs comprises entre 200 et 300 µg/m³ ! Même en l’absence du fumeur, les pièces gardent des concentrations de polluants. Et le rapport de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (2004) indique que « les occupants de 36  logements (sur 90), soit 40%, déclaraient fumer à l’intérieur du logement. » !  Des études (Krause 1987) démontrent que les concentrations de benzène à l’intérieur des appartements de fumeurs sont de 30 à 50% plus élevées que chez des non-fumeurs.

 

Eviter les feux de cheminées ouvertes ou les poêles à bois dans les appartements : ils dégagent des dioxines, des furanes, des particules fines, des hydrocarbures polycycliques aromatiques, du formaldéhyde, de l’oxyde de carbone, et bien d’autres substances toxiques, et tout ce mélange ne va pas en totalité dans la cheminée. L’AFSSA et l’InVS (2006) ont relevé que les personnes ayant à domicile une cheminée ou un poêle à bois ont 13% de dioxines de plus que les autres dans leurs tissus ! « La combustion domestique du bois étant une source de dioxines déjà bien identifiée, il n’est pas étonnant d’observer une imprégnation légèrement plus importante de dioxines chez les personnes ayant un foyer ouvert ou un poêle à bois dans le logement (différence un peu supérieure à 1 picogramme par gramme de matière grasse  selon la présence ou non de chacun de ces types, sur 7,7 pg/g en moyenne ».La cheminée à bois est donc un incinérateur à domicile, et qui n’est pas aux normes européennes !

« Parmi la liste des substances émises lors de la combustion du bois, on note : des particules fines (dont les PM2,5 qui pénètrent profondément dans le système respiratoire), le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d’azote (NOx), les composés organiques volatils (COV), l’acroléine, le formaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des dioxines et des furanes. » (ADEME label flamme verte 2010)

L’Association Pulmonaire du Canada accuse les fumées de bois de nombreux maux : « Des recherches démontrent qu’une réduction de la résistance à la maladie est associée, entre autres, à l’exposition à la fumée de bois. La fumée produite par la combustion du bois perturbe la membrane cellulaire, ralentit l’activité du système immunitaire, endommage les cellules inflammatoires qui protègent et nettoient les voies respiratoires et désorganise également le taux d’enzymes. »

Mais les amateurs de cheminées vont sans doute dire que le grand sentiment de confort des cheminées à bois compense beaucoup de choses !

  

Eviter tout mode de chauffage par combustible  non raccordé à une cheminée en bon état

Tout combustible émet des fumées polluantes. Plus ou moins selon sa nature. Mais même le gaz naturel, le moins polluant, émet de l’oxyde de carbone, entre 0,01 et 0,2%, et des oxydes d’azote. L’arrêté du 31 octobre 2006 fait obligation de raccorder les modes de chauffage par combustible à une cheminée dans les installations neuves. Il suffit donc (Y’aka) de l’appliquer aux habitations anciennes. La lecture du rapport pilote de l’observatoire de la Qualité de l’air intérieur pour 90 logements (2004) montre que cette source est importante. Un grand nombre de moyens de chauffage émettent leurs fumées directement dans le logement !

 

Eviter de faire fonctionner le moteur de sa voiture, ou de sa moto, ou de sa tondeuse à gazon dans un garage inclus dans la maison La combustion du gazole ou de l’essence est très polluante : Le Centre International de Recherche sur le Cancer classe les fumées de pot d’échappement de moteur Diesel en classe 2A (cancer probable pour l’homme). Les gaz d’échappement des moteurs Diesel contiennent de l’oxyde de carbone, des particules fines PM10 et PM2,5 des aldéhydes, des oxydes d’azote, de l’anhydride sulfureux, des HAP (Institut de Veille sanitaire 2005), sans oublier le benzène (classe1 : cancer prouvé pour l’homme) en l’absence de pot catalytique pour les véhicules à essence. Mais ce dernier ne fonctionne bien qu’à chaud ! Les parkings publics contiennent 30 fois plus de benzène que l’air ambiant (94 µg/m3 contre 3 µg/m3, selon des mesures effectuées en Suisse en 1999.) Les moteurs à essence sont responsables de 25% des émissions de benzène en France (INERIS 2006) Le rapport final de l’Observatoire de la Qualité de l’air confirme que les garages contiennent en moyenne 4,4 µg/m3 de benzène contre 2,1 µg/m3 dans l’habitation. Et un maximum de 30 µg/m3 a été mesuré ! Les tondeuses à gazon lorsqu’elles fonctionnent à l’essence, polluent aussi, de même que les moteurs à 2 temps qui rejettent jusqu’à 35% d’imbrûlés, et donc de benzène.

Mais on peut admettre une dérogation pour les moteurs équipés de filtres à particules, qui sont censés réduire de 10000 fois les émissions de particules et donc les HAP, et pour les moteurs à essence équipés de pots catalytiques, qui « brûlent » les hydrocarbures imbrulés (sauf lorsque le catalyseur est froid aux démarrages).  Mais pas pour les moteurs à l’éthanol, qui produisent beaucoup plus de formaldéhyde et d’acétaldéhyde !

Eviter de brûler de la biomasse et du bois : c’est la source principale des émissions de benzène en France : 60% des émissions nationales de 40000 tonnes pour l’année 2002, selon l’INERIS. Mais aussi de dioxines et furanes : Une étude américaine identifie les principaux émetteurs de dioxines aujourd’hui. Ce rapport (US EPA 2006) place les incinérations « de fond de jardin » en tête avec 498,5 g pour les Etats Unis, sur un total de 1422 g. Le jardinier est donc un gros pollueur de benzène et de dioxines !. Il ne devrait pas brûler, mais composter ses déchets,  mais en évitant le purin de fougère aigle, présenté par ses vendeurs comme « 100% naturel et écologique ». La fougère aigle est cancérogène pour les bovins et sans doute pour l’homme. Qui peut prétendre que la nature est bonne ?

Eviter ou limiter les barbecues. Utiliser un barbecue dans son jardin ou sur son balcon, c’est polluer l’air, ses aliments, et ses voisins, avec une foule de produits toxiques ! Le charbon de bois est particulièrement polluant : il émet « des particules fines (dont les PM2,5 qui pénètrent profondément dans le système respiratoire), le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d’azote (NOx), les composés organiques volatils (COV), l’acroléine, le formaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des dioxines et des furanes. » Mais il faut ajouter à la liste tous les produits toxiques fabriqués par la combustion des graisses : acroléine, acrylamide, acide acrylique. Autres substances incriminées: les amines aromatiques hétérocycliques (AAH). Le tissu musculaire des viandes et du poisson contient de la créatine et de la créatinine, qui, pendant la cuisson, peuvent réagir avec des acides aminés libres et des sucres en formant une série d’AAH. qui comptent parmi les substances les plus mutagènes identifiées à ce jour et sont absorbées avec la viande. Ce dernier point n’est pas propre au barbecue, mais il est aggravé par les températures élevées de cuisson.

En 2003, une étude américaine a montré qu’une des villes les plus polluées du pays, Houston, devait une partie importante de sa pollution à la fumée des restaurants de grillades, tradition culinaire texane ! (Odile Chabrillac, Survivre au barbecue 2008)

 

Attention aux logements qui contiennent trop de radon

Les régions aux sous sols granitiques et volcaniques sont soumises à des émanations de radon, produit gazeux de filiation du radium. Le radon émis par le sol peut donc pénétrer et se concentrer dans les habitations. De nombreuses études épidémiologiques sur le rapport entre exposition au radon et cancer du poumon ont été réalisées et n’ont, en général, trouvé aucun lien aux faibles doses. Le Plan National Santé Environnement PNSE2 de Juin 2009 attribue cependant à l’exposition au radon de la population française la deuxième cause de cancer du poumon, soit 5 à 12% des 25000 cas de décès causés par ce cancer chaque année.  L’Institut de Veille Sanitaire estime que le risque de cancer du poumon lié à une exposition à une concentration supérieure à 400 becquerels par mètre cube serait doublé par rapport à une personne non exposée. L’exposition au radon résidentiel est également suspectée d’être un facteur de risque de leucémies chez l’enfant. (AFSSET 2009) L’arrêté du 22 Juillet 2004 prévoit des dispositions liées à la présence de radon dans les lieux publics pour trente et un départements français, dont la Bretagne et le Limousin, mais ne prévoit pas de dispositions particulières pour les 30000 à 60000 logements  qui dépasseraient le seuil de 400 Bq/m3, et 2000 à 5000 le seuil de 1000 Bq/m3, pour la seule Bretagne. Un nouveau décret est en préparation qui prévoit pour les habitations individuelles des « actions correctives simples » lorsque l’activité volumique moyenne annuelle dépasse le seuil de 300 Becquerels/m3 (Moyenne en France : 85 Bq/m3)

 

Nos amis suisses ont des idées supplémentaires :

Lors d’un démarrage à froid, les émissions de benzène sont élevées. En renonçant à la voiture pour des courts trajets, nous faisons baisser les concentrations de benzène cancérogène dans l’air que nous respirons. Un trajet automobile sur huit est de moins d’un kilomètre et 34% des trajets ne dépassent pas les trois kilomètres. Seuls 30% des trajets automobiles font 10 kilomètres ou plus. Pour effectuer de courtes distances, il convient de se déplacer à pied, à vélo, en rollers, en trottinette, etc. C’est excellent pour la santé de la personne qui se déplace et aussi pour celle des personnes de son entourage et pour l’environnement. » (Le benzène en Suisse 2003)

Sabius.fr espère que la revue appuiera toutes ces dispositions, dans l’intérêt du consommateur.

 Mais peut-être pourrait on aussi attendre les conclusions de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, créé en 2001 et qui a publié un rapport pilote en Juillet 2004. Puis un rapport final en 2006. On peut cependant constater que ce rapport « oublie » quelques sources de pollution essentielles, comme les feux de biomasse pour le benzène, et les modes de chauffage pour le formaldéhyde alors que l’Observatoire écrit « Un logement sur deux (56,2%) disposait d’appareils de chauffage à combustion. Les trois quarts (76,1%) de ces appareils utilisaient le gaz naturel ou le GPL comme combustible, et les deux tiers (64,0%) étaient raccordés à un conduit de cheminée. » Façon positive de signaler des anomalies : 36% émettent donc directement dans l’habitation, et 24% utilisent des combustibles plus polluants que le gaz naturel ! Sont responsables de l’émission de formaldéhyde : la fumée de tabac, de  bougies, de bâtonnets d’encens, des cheminées à foyer ouvert, des cuisinières à gaz, des poêles à pétrole Et les meubles utilisant les résines urée formol ou mélamine formol, et aussi cloisons, planchers, panneaux d’isolation, agglomérés de bois, mettant en œuvre des résines phénoliques ou aminées, et en particulier les résines stratifiées, qui n’émettent cependant pas indéfiniment. Il existe des stratifiés relativement étanches. Ce sont en général les panneaux de bois poreux qui émettent le plus. Le formaldéhyde est aussi beaucoup utilisé en produits d’entretien ou en cosmétique où il sert de conservateur.

L’Observatoire tient compte du taux de renouvellement de l’air intérieur, ce qui est bien naturel dans la mesure où les concentrations intérieures sont plus élevées qu’à l’extérieur. S. Le Calvé à Strasbourg fait remarquer que les 300 µg/m3 de formaldéhyde provenant de la fumée de cigarette retombent à 10 après une heure d’aération. Aérer son habitation est salutaire.  Mais l’air extérieur est-il toujours meilleur qu’à l’intérieur ?

 

La qualité de l’air extérieur

 

L’air extérieur est en général moins pollué que l’air intérieur, dans plus de 90% des logements étudiés, et  pour les polluants retenus par l’Observatoire de la Qualité de l’air. Mais il manque dans la liste des substances celles qui pourraient montrer l’inverse : l’ozone, le gaz sulfureux, les oxydes d’azote. Et si les particules fines sont mesurées, on ne trouve pas de comparaison avec l’extérieur.

La concentration en anhydride sulfureux de l’air en France connait une décroissance importante. Qui résulte de l’utilisation de plus en plus faible du charbon et de la désulfuration des fiouls.et des essences. Le bilan de la Qualité de l’air en France en 2009 indique que le « fond urbain » est en 2009 de 3 µg/m3, ce qui est un progrès significatif depuis 2000, date où ce chiffre était supérieur à 6. L’OMS préconise un maximum de 50, donc tout va bien.

Peu de progrès par contre pour les oxydes d’azote : fond urbain à 22 µg/m3 et fond trafic automobile à 50µg/m3 en 2009. Et les Parisiens sont plus pollués : respectivement 32 et 80 µg/m3. L’OMS fixe un objectif à ne pas dépasser de 40 µg/m3 en valeur annuelle. Des progrès sont possibles. Le benzène, qui est génotoxique, fait aussi l’objet d’un suivi. Le fond urbain en moyenne annuelle est de 1,1 µg/m3 en 2009 et le fond trafic est de 2 µg/m3. Marseille et Paris sont plus pollués : le fond urbain est de 2,7 µg/m3 à Marseille et le fond trafic de 3 µg/m3 à Marseille et à Paris. Ces chiffres sont en progrès mais faiblement (5 µg/m3 en 1999 selon AIRPARIF). Le progrès provient essentiellement de la limitation à 1% de la teneur en  benzène de l’essence. Les concentrations sont plus élevées en hiver qu’en été. La concentration de 2 µg/m3 correspond à un risque de leucémie de 1,2 10-5 . (OMS 2000) Cette valeur excède légèrement la limite tolérable de 1,0 10-5 compte tenu du mode de calcul du risque. Les Parisiens et les Marseillais ont-ils intérêt à aérer aux heures de pointe du trafic ? Mais pas de panique : l’espérance de vie est très élevée à Paris. Près de deux ans de plus que la moyenne nationale métropolitaine (chiffres de 1999, INSEE) Pour ceux qui passe beaucoup de temps en voiture, la situation est moins bonne : AIRPARIF a mesuré les concentrations en polluants à l’intérieur de la voiture. Si pour les oxydes d’azote, les concentrations internes et externes sont du même ordre, pour le benzène, les concentrations mesurées dans les habitacles vont de 8 à 21 µg/m3, suivant que le trafic est fluide ou chargé…Pour le conducteur qui passe 10% de sa vie au volant : le risque passe de 1,2 à 3 10-5 . Il existe des filtres d’habitacle à charbon actif, efficaces pendant un an et renouvelables. A conseiller aux conducteurs de long cours. Mais ils ne sont pas efficaces dans les bouchons, où la pollution vient de l’extérieur. La revue Der Spiegel avait raison : il n’est pas bon de se promener trop souvent en voiture !

La mesure des particules fines PM10 et PM2,5 fait aussi l’objet d’un suivi : AIRPARIF indique en moyenne annuelle 2007 des concentrations voisines de 20 µg/m3 de PM 2,5 pour ses stations fixes, à Paris, Gennevilliers, Bobigny, Vitry.  

 

Toutes ces concentrations sont elles dangereuses pour la santé ?

 

 Il faut rappeler un point important : une substance n’est toxique qu’au-delà d’une certaine dose, ou seuil (OMS, Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, Académie de Médecine) Seules font exception les substances génotoxiques, pour lesquelles, par précaution, on admet que le risque n’est nul que  pour une concentration nulle, ce qui est le cas du benzène et de certains HAP.  Mais l’Institut de Veille sanitaire (2000) fait aussi remarquer que « La distinction faite entre effets toxiques à seuil et sans seuil est opérationnelle mais relève de la précaution plutôt que de la science. » Ces effets sans seuil ont également été suggérés pour des manifestations autres que le cancer, comme des troubles respiratoires inflammatoires en lien avec les particules fines atmosphériques. (Institut de Veille sanitaire : Guide pour l’analyse du volet santé de l’étude d’impact 2000)

 Si ces seuils n’existaient pas, il faudrait éviter de manger des fruits et légumes, bons pour la santé, malgré la présence de nombreuses substances toxiques et cancérogènes. Voir Sabius.fr de novembre 2009

Quelles sont donc les doses sans effet de nos polluants intérieurs ?

Pour le benzène, le calcul de risque ci-dessus montre que la concentration de 2 µg/m3 est tolérable. De fait, cette valeur s’appuie sur l’OMS. Au Royaume Uni, une valeur guide de 5 µg/m3 a été proposée en 2004, avec un objectif de 3,2. Pour les Pays Bas le risque de 10-5 est associé à la concentration, la vie durant, de 2 µg/m3, avec une cible de 1 µg/m3.

Pour le formaldéhyde, qui focalise beaucoup d’attention, le Haut Conseil de la santé Publique a rendu un avis en 2009. Il indique 30 μg/m3 comme valeur repère de qualité d’air intérieur en dessous de laquelle, en 2009, aucune action corrective spécifique n’est préconisée, avec un objectif de réduction à 10 µg/m3 dans dix ans. (10 µg/m3 est le Minimal Risk Level de l’Agency for Toxic Substances and Disease Registry des Etats Unis)

Qu’en est-il dans les autres pays ? En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique recommande de ne pas dépasser la concentration de125 μg/m3 dans les locaux d’habitation et de séjour, afin d’éviter des conséquences néfastes pour la santé.  En Allemagne, la valeur de 124 μg/m3 est proposée pour éviter des effets cancérogènes locaux induits par le formaldéhyde (cancers du nasopharynx). Dans ces deux cas, c’est le risque cancérogène qui est pris en compte, alors que le Haut Conseil de la Santé Publique tient compte d’autres effets.

L’Observatoire de la Qualité de l’Air intérieur (2006) a trouvé dans les 567 logements une moyenne de 19,6 µg/m3. Chiffre également trouvé à Strasbourg par S. Le Calvé (10 à 20 µg/m3). Pas de quoi s’inquiéter outre mesure, pour les personnes non allergiques ou asthmatiques. Une bonne ventilation des habitations est favorable, car, sauf exception, les concentrations extérieures sont plus faibles. L’observatoire de la qualité de l’air Rhône Alpes indique un rapport de 8 : 2,5 µg/m3 en extérieur, 20 µg/m3 en intérieur des appartements.

Pour les PM 2,5, l’Observatoire indique une valeur moyenne de 19,1 µg/m3,  mais 5% des logements  présentent des concentrations supérieures à 133 µg/m3. Les sources possibles sont l’air extérieur, les cheminées, la cuisine, la fumée de cigarette ou la combustion de charbon ou de fioul. Les PM peuvent aussi provenir du garage.

La toxicité des particules fines dépend de leur taille, les plus fines sont les plus dangereuses, et de leur nature. L’OMS propose une valeur guide de 10 µg/m3 pour les PM 2,5, valeur qui est dépassée dans de nombreux logements et à l’extérieur. La réduction des concentrations en particules fines est une priorité de santé publique en  France, ce que rappelle le Haut Conseil de Santé Publique dans un avis du 7 novembre 2007, avis qui demande la prise en compte de l’objectif de 10 µg/m3. d’ici 2020.

 

                                                           OOO

 

Dans leur rapport conjoint « Les causes de cancer en France », l’Académie de Médecine, l’Académie des Sciences, le Centre International de Recherche sur le cancer, l’Institut de veille Sanitaire écrivent :

« Les études épidémiologiques et expérimentales montrent que la pollution atmosphérique influence la santé et la mortalité et cause des affections cardiovasculaires et respiratoires aiguës. Cependant son impact sur l’incidence des cancers, notamment ceux du poumon, reste sujet de controverses. »

La démonstration de ces effets aigus peut être trouvée dans l’épisode du « Great Smoke » de Londres en Décembre 1952 :

 

Un épisode particulièrement célèbre de pollution atmosphérique s’est produit à Londres du 8 au 12 décembre 1952, épisode connu comme « The Great Smog » : des conditions météorologiques défavorables à la dispersion des polluants, du fait d’une inversion de températures, et de  l’humidité de l’air,  ont permis à ceux-ci de s’accumuler, au point d’obscurcir l’atmosphère. L’hiver était rigoureux et les habitants de Londres se chauffaient avec un charbon riche en soufre. Les tramways de la ville avaient abandonné l’électricité au profit du gazole ! Des milliers de personnes connurent des difficultés respiratoires graves. Il en résulta une vraie panique, en particulier lorsque le nombre de morts atteignit 900 par jour les 8 et 9 décembre. On estime que la concentration en PM10 provenant des suies atteignit 14000 µg/m3 (norme actuelle 50 µg/m3 sur 24 heures, 40 en moyenne annuelle) Quant à la teneur en SO2 elle était dépassée de 7 fois, selon l’Université d’Edimbourg, et évaluée à 1500 µg/m3 par Peter Brimblecombe. (The Big Smoke 1987) qui estime que la concentration en SO2 de l’atmosphère de Londres était en moyenne de 400 µg/m3 en 1900, à comparer à la norme de 50 µg/m3 d’aujourd’hui, et à la concentration moyenne de 2009 à Paris de 3 µg/m3.

 

Ce même rapport des Académies et du CIRC affecte au tabac 27% des cancers en France, à l’alcool 10,8%, aux agents infectieux 2,6%, aux UV 1,5%, et aux polluants 0,1%. Dans cette dernière catégorie, seules les Particules Fines PM 2,5 sont retenues comme pouvant avoir des effets. Les sources principales de ces polluants sont les combustions : pots d’échappement, cheminées, poêles et cuisinières à charbon et à bois…Ce constat infirme le caractère « écologique » du chauffage au bois, sauf en chaudières modernes équipées de moyens d’antipollution.

« Le seul type d’exposition atmosphérique intérieure classée par le CIRC cancérogène certain (groupe 1) sont les émissions de source intérieure dues à la combustion ménagère de charbon tandis que les émissions de source intérieure provenant de la combustion ménagère de biomasse (essentiellement le bois) sont classées groupe 2A. Il s’agit des fumées émises par les poêles et cuisinières à charbon ou à bois et des cheminées, qui émettent des particules et des composés volatils ou non volatils incluant des cancérogènes comme le benzo-a-pyrène, le formaldéhyde ou le benzène. » (AFSSET 2009)

D’autres polluants sont associés à l’asthme ou à des allergies, affections en développement. Le revue Lancet rappelle l’hypothèse hygiéniste selon laquelle «un mode de vie «propre» où les tout-petits sont vaccinés et peu exposés aux infections, grâce aux antibiotiques, fait le lit d’une réponse inflammatoire aberrante aux allergènes et aux autres irritants de l’environnement». Et donc aux allergies. Il s’agit d’une réponse  anormalement violente du système immunitaire face à une substance banale d’origine animale, végétale ou synthétique. Mais les substances en cause d’origine animale, végétale ou synthétiques sont légion ! Par exemple, certaines plantes et certaines huiles essentielles. (Qui par ailleurs, peuvent être abortives, toxiques et cancérigènes comme le safrol, cancérogène hépatique pour les rats dans tous les tests effectués)

 

Il existe encore en France de nombreuses habitations insalubres : Le plan National Santé de 2004 estimait encore à 37% la proportion de logements desservis par des branchements publics en plomb et à 34% le nombre de logements possédant des canalisations intérieures en plomb. L’Institut de Veille Sanitaire a recensé en 2005, 492 cas de saturnisme en France, mais aussi 24837 cas de plombémies, entre 2003 et 2004, qui touchent principalement des enfants. Dans 77% des cas, l’habitat ancien est en cause. Chaque année en France, 5000 personnes sont victimes d’une intoxication due au monoxyde de carbone (CO), et 90 en décèdent (Ministère de la Santé) Personne n’a jamais recensé le nombre de locaux vétustes, humides, porteurs de moisissures, mal aérés, insalubres, qui servent de logements en France.

Améliorer cette situation semble prioritaire. L’initiative du journal avec ses 35 parlementaires fait penser à cette personne qui pour compter le contenu de son porte-monnaie commencerait par compter les centimes ! La démarche est sans doute utile pour les hôpitaux, les écoles et les crèches, mais il parait inutile de faire croire à la majorité de la population que leur santé est en péril à la maison.  

 

Références

Académie de Médecine, Académie des Sciences, Centre International de recherche sur le cancer (Lyon) (2007) Les causes de cancer en France

AFSSA et InVS (2006) Etude d’imprégnation par les dioxines des populations vivant à proximité d’usines d’incinération d’ordures ménagères. Synthèse des résultats.

AIRPARIF actualité n°12 Septembre 2000 Le benzène sous surveillance rapprochée.

AIRPARIF(2008) Surveillance de la qualité de l’air en Ile de France

AFSSET (2009) Avis. Cancers et Environnement

Environmental Protection Agency (USA) (2006) An inventory of sources and environmental releases of dioxin-like compounds in the United States for the years 1987-1995-2000 Nov. 2006

Chabrillac Odile (2008) Le Matin dimanche (Suisse) du 5 juillet 2008. Comment survivre à un barbecue.

Haut Conseil de la Santé Publique. (2009) Valeurs repères d’aide à la gestion de l’air des espaces clos. Formaldéhyde  

INERIS (2006) J.M.Brignon Benzène Données technico-économiques sur les substances chimiques en France

Institut de Veille Sanitaire (2003) Etat des connaissances sur les problèmes de santé publique liés au radon dans l’air

Institut de Veille Sanitaire (2000) Guide pour l’analyse du volet sanitaire des études d’impact

Krause C. et al (1987).: Occurrence of Volatile Organic Compounds in the Air of 500 Homes in the Federal Republic of Germany. Proceedings of Indoor Air 87. Vol 1, Berlin 1987, 102–106

Le Calvé S.et al (2006) Le formaldéhyde dans l’air intérieur et son rôle dans l’asthme. Pollution atmosphérique n° 191- juillet, août, septembre 2006 page 271-277

Observatoire de la qualité de l’air intérieur (2004) Campagne pilote 90 logements, 9 écoles. Rapport synthétique

Observatoire de la qualité de l’air intérieur (2006)  Rapport final DDD/SB-2006-57 Campagne nationale logements français (567 logements)

Observatoire de la Qualité de l’air Rhône Alpes (2007) Mesure des aldéhydes dans l’air intérieur des crèches et des écoles maternelles de la région Rhône-Alpes.

Office Fédéral de l’Environnement, des forêts et des paysages (2003) Cahier de l’Environnement n°350 : le benzène en Suisse.

OMS (2000) Air Quality Guidelines for Europe. WHO regional publication European series n°91

Ministère de l’Environnement, de l’Energie, du Développement durable et de la Pêche : Bilan de la qualité de l’air en France en 2009

EAU DU ROBINET OU EAU EN BOUTEILLES ?

25 avril 2010

 

En Février 2010 l’Express Environnement pose une question à ses lecteurs : Faut-il taxer l’eau en bouteilles ? Et de citer un politicien suisse très hostile : « Je me suis aperçu qu’en Suisse, la consommation d’eau en bouteilles est énorme. Les Suisses consomment entre 120 et 130 bouteilles d’eau par personne et par an. En France, il se consomme chaque année près de 10 milliards de bouteilles d’eau. Evidemment, cela a un impact écologique et économique considérable quand on sait que l’eau en bouteille coûte 1000 fois plus cher que l’eau du robinet» Et d’indiquer pêle mêle  que non seulement l’eau du robinet est moins chère mais qu’elle ne renferme pas de bactéries, contrairement aux eaux minérales, Bref qu’elle est meilleure pour la santé, et que boire l’eau du robinet est meilleur aussi pour la planète !

Certains lecteurs de l’Express ont le sens de l’humour : l’un d’entre eux répond

 

  Oui, oui! Il faut très lourdement taxer l’eau en bouteille parce qu’elle est déjà “1000 fois plus chère que l’eau du robinet”. Il faut aussi taxer tout autant les fourchettes et les couteaux parce que leur production et leur commercialisation coûtent beaucoup plus cher que les doigts et les dents de l’homme. Voyez comment font les singes. Il faut multiplier par 100 et plus le prix des billets de train, de métro et par 1000 ceux de l’avion parce que la marche à pied est infiniment moins destructrice de “ma terre”. Et que dire des logements? Les cavernes naturelles étaient tellement moins onéreuses à construire et entretenir. Allez, bon courage! Et au diable les charlatans

 

Les progrès dans la qualité sanitaire de la distribution d’eau est une des causes importantes de l’allongement de la vie de nos contemporains, avec la baisse de la pollution, une meilleure hygiène, une meilleure alimentation, un travail moins pénible, les progrès de la médecine et de la chirurgie, de nouveaux médicaments, etc. Mais d’autres progrès seront nécessaires, si l’ on veut que l’eau du robinet remplace les eaux en bouteilles…Et ces progrès ont un coût en euros et en énergie. Or nos concitoyens consomment 150 litres d’eau du robinet par jour, mais seulement 1,5 litre pour la boisson et 10 litres si l’on compte son utilisation pour la cuisine. (DGS 2005) La consommation de l’eau en bouteilles, sauf situations exceptionnelles, ne concerne, elle, que la boisson.

 

Les critères de qualité

 

Aujourd’hui, 63 paramètres contrôlent la qualité de l’eau distribuée. En France, à la fin du XIXe siècle, 6 paramètres suffisaient à définir une eau potable. Les normes sont fixées au niveau européen. Ces normes sont établies pour que l’eau consommée ne nuise pas à la santé. Cependant, les analyses ne sont pas toujours conformes à 100%. Un exemple type est celui de la teneur en nitrates, fixée à 50 mg/l, comptés en NO3.  L’OMS admet une dose journalière sans effet de 3,7 mg par kilo de poids corporel et par jour soit 222 mg par jour pour une personne de 60 kilos.  Mais les légumes contiennent aussi des nitrates : L’EFSA, autorité européenne de sécurité de l’alimentation, a dosé 4800 mg de NO3 par kilo de roquette, et estime qu’un européen qui consomme 400g de légumes par jour ingère environ 81 à 106 mg de NO3, soit beaucoup plus que l’apport par l’eau potable et les salaisons, où le nitrate sert de conservateur, qui font l’objet de l’attention générale, et qui est évalué à 35-44 mg par jour (EFSA 2008). On peut doser plus de 2000 mg/kg de NO3 dans les radis er les betteraves rouges, 1300 mg/kg dans la laitue. En buvant 1,5 l d’eau contenant 50 mg/l de nitrates, par jour, une personne de 60 kg ingère 75 mg/l de nitrates, alors que 222 sont autorisés. En ajoutant 106 mg provenant des légumes, il reste de la marge. Cette norme a été fixée pour éviter la maladie bleue du nourrisson, Dans l’organisme, les nitrates sont convertis en nitrites. Les nitrites réagissent avec l’hémoglobine pour former la méthémoglobine, affectant la capacité du sang à transporter suffisamment d’oxygène jusqu’aux cellules de l’organisme. Les nouveau-nés âgés de moins de trois mois nourris au biberon sont particulièrement menacés.

Aussi le Canada fixe la norme pour les nourrissons à 10 mg/l. Ce que respectent toujours les eaux en bouteilles, mais pas toujours l’eau du robinet. ( Eau d’Evian : 3,7 mg/l de NO3)

Conclusion 1 : notre politicien suisse ne doit pas avoir d’enfants.

 

Les résultats

 

Malgré les 63 paramètres fixés, l’Académie des Sciences dans son rapport « Eau et Santé », (2006), estime que « la liste des paramètres surveillés ne reflète pas la diversité des polluants et agents pathogènes présents dans l’environnement ».  Sont particulièrement visés les résidus de médicaments que l’ont trouve dans les rivières, les substances estrogènes rejetées par l’usage de la pilule contraceptive, que les stations d’épuration ne détruisent que très imparfaitement. En ce qui concerne les agents pathogènes, les contrôles portent sur la bactérie Escherichia coli, considérée comme un signal de pollution. Mais il existe d’autres agents pathogènes, par exemple les virus. L’ajout de chlore est destiné à assurer la stérilité jusqu’au robinet. Mais certains agents pathogènes résistent au chlore C’est le cas du cryptosporidium qui doit être éliminé par l’ozone ou les UV (cryptosporidium parvum est un parasite microscopique de la famille des protozoaires. La cryptosporidiose peut être mortelle pour les personnes immunodéprimées)

Le chlore réagit avec les matières organiques de l’eau pour former des trihalométhanes, substances toxiques dont la teneur dans l’eau potable est règlementée. (Elle doit être inférieure à 100 µg/l, 80 µg/l aux USA) C’est pourquoi les installations modernes d’eau potable réduisent autant que possible la teneur en matières organiques de l’eau avant chloration. En France une recommandation non contraignante fixe la teneur en carbone organique total (COT) maximale de l’eau à 2 mg/l. Ces matières organiques, particulaires ou dissoutes, sont responsables avec le chlore du mauvais goût de l’eau. (Le chlore peut être remplacé par le bioxyde de chlore, ce qui réduit fortement odeur et mauvais goût.)

Le 2è Plan National Santé Environnement 2009-2013 fixe sur le sujet quatre objectifs :

 

  • Assurer, en tout point du territoire, une eau conforme au regard des critères microbiologiques,
  • tout en limitant l’exposition de la population aux sous-produits de chloration (trihalométhanes)
  • Assurer la protection des aires d’alimentation des 500 captages les plus menacés
  • Mettre en œuvre le plan de maîtrise des risques des résidus de médicaments et produits de santé

 

En 2002, les contrôles réalisés sur les 25000 unités de distribution alimentant plus de 58 millions d’habitants montraient que 96% des prélèvements confirmaient l’absence de pollution bactérienne, mais que 3 millions de personnes ont été exposées, au moins une fois dans l’année, à une eau  non conforme sur le plan bactériologique.

 

En France, l’eau potable est obtenue à 66% à partir d’eaux souterraines et 34% à partir d’eaux de surface. Si les eaux souterraines sont en général de meilleure qualité, les petites installations sans surveillance continue sont plus sensibles aux pollutions accidentelles, par exemple fuites de réseaux ou inondations par des eaux polluées. Et il s’écoule un certain temps avant la découverte de la pollution. Bien qu’utilisant des ressources souvent moins bonnes, les grandes installations sont dotées de moyens plus modernes et efficaces pour assurer une eau de qualité acceptable pour la santé.  

On sait aujourd’hui fabriquer une eau sans nitrates, sans COT, sans pathogènes, en utilisant des techniques de nanofiltration ou d’osmose inverse. Le procédé de nanofiltration recourt à des membranes à la porosité extrêmement fine (0,001 micron), qui représente une barrière physique aux impuretés. Il est cependant indispensable que l’eau soit d’abord débarrassée de toutes les matières susceptibles de boucher les membranes.

Mais la chloration reste nécessaire pour assurer une protection rémanente dans les réseaux de distribution, souvent anciens et non étanches.   

Conclusion 2 : les innocentes bactéries (non pathogènes) des eaux en bouteilles sont largement à préférer au cortège de polluants énumérés ci-dessus. Notre politicien suisse est mal renseigné.

 

Les eaux en bouteilles

 

Le premier devoir de l’exploitant d’une source agréée est de protéger sa ressource, son impluvium (3500 hectares à Evian et 66% de cette surface est cultivée). Les grandes sources françaises le font depuis longtemps, à l’aide de plans de servitudes diverses pour les activités agricoles en particulier. Cette protection se met en place pour les captages municipaux, mais à partir d’une situation souvent très détériorée, et avec moins de moyens financiers. Le deuxième point fort des sources est le temps énorme de filtration de l’eau à travers les sols. L’eau d’Evian traverse pendant plus de 15 ans un filtre naturel dans les Alpes. C’est au cours de ce long parcours que l’eau acquiert sa  pureté. C’est heureux car la règlementation interdit tout traitement autre que physique. L’eau peut donc être filtrée si la filtration par le sol n’est pas suffisante, ce qui est rare. Les réseaux de captage sont en acier inoxydable. Les risques de pollution existent lors des interventions pour entretien ou désinfection. Mais ils sont surveillés.

La Société perdrait beaucoup en cas de pollution accidentelle, même non dangereuse. C’est la rançon du message de pureté. On peut rappeler à cet égard la mésaventure de Perrier aux USA suite à une pollution par du benzène provenant du compresseur de gaz carbonique. La marque n’a jamais retrouvé sa réputation aux Etats Unis. Cette remarque rend très étonnante la volonté actuelle des marques d’eau  d’utiliser des polymères recyclés pour la fabrication des bouteilles.

Mais toutes les eaux en bouteilles ne bénéficient pas des précautions prises par les grandes marques.  

 

L’emballage et sa stabilité

 

La plupart des bouteilles d’eau de boisson sont en polyéfhylène téréphtalate, un polyester de l’acide téréphtalique et de l’éthylène glycol. Lors de la fabrication de la bouteille il faut dépasser le point de fusion qui est élevé : 250°C

Dans ces conditions une faible quantité de sous-produits sont formés, des aldéhydes, principalement de l’acétaldéhyde, qui pourrait donner un goût à l’eau. Mais aussi des diéthylène glycols, des résidus de catalyseurs. Des limites de migration spécifiques de ces substances sont imposées par la directive européenne 2002/72/CE.

Les produits de décomposition étant bien connus, des contrôles sont effectués pour vérifier que leur niveau de concentration dans l’eau est acceptable.

Ainsi contrairement à l’eau du robinet dont la qualité dépend beaucoup de la qualité de la ressource, l’eau en bouteille est beaucoup plus stable en composition. L’absence de matières organiques particulaires ou dissoutes et de produits de chloration assure un goût agréable, qui justifie l’intérêt du consommateur.  

 

Les risques du recyclage

 

Cette situation favorable risque fort de changer, depuis que les producteurs d’eaux en bouteilles ont décidé d’utiliser du PET recyclé, démarche destinée à leur assurer une image « verte », sans doute pour se faire pardonner les kilomètres parcourus par les bouteilles, générateurs de gaz à effet de serre. Pourtant les débouchés non alimentaires du PET recyclé ne manquent pas. Certains laboratoires de recherche étudient même la synthèse de nouveaux monomères à partir de cette ressource.  

Sabius.fr a traité le sujet le 30 Octobre 2008.

Il est assez peu probable que le procédé le plus dangereux, le lavage à 70°C et le contrôle par sonde, pratiqué en Allemagne et en Belgique, mais refusé par l’AFSSA, ait été utilisé en France. L’AFSSA avait écrit : « ce système ne permet pas de s’affranchir de façon fiable des risques de pollution accidentelle ou délibérée par des molécules pouvant être sorbées sur le PET ». En Belgique et en Allemagne, la réutilisation directe de bouteilles en PET grâce à un système de consigne et par ce procédé, a été adoptée il y a quelques années, mais abandonnée depuis par l’Allemagne faute de sécurité sanitaire. Merci pour les cobayes qui ont consommé ces bouteilles.

D’autres méthodes sont acceptables : l’utilisation de deux couches, la couche de polymère au contact de l’eau étant en polymère vierge, et la couche externe en recyclé, élimine le risque de pollution par le matériau recyclé, sous réserve de vérification de la migration entre  couches.

Le procédé de recyclage utilisé en France utilise l’extrusion à 250°C du PET, ce qui stérilise le produit, et écarte le risque biologique. Mais la migration des produits de décomposition, dont la formation est favorisée par la température de traitement, est un autre problème. Cependant, ces substances étant connues, leur migration peut être évaluée. Mais au bout de combien de réemplois la quantité de produits de décomposition devient ingérable ?

L’AFSSA a publié en 2006 une « Evaluation sanitaire des matériaux en PET recyclés utilisés en tant que matériaux au contact des denrées alimentaires ou de l’eau de boisson » Cette étude est très sérieuse mais bute sur le problème fondamental à résoudre : comment se protéger d’un risque non identifié ?

L’AFSSA pose le problème très clairement :

« Après la première utilisation de bouteilles à usage alimentaire, le consommateur peut les réutiliser pour contenir ou diluer des produits non alimentaires : détergents, eau de Javel, pesticides de jardin, essence, urine, etc. La nature de tels contaminants n’est donc pas connue, a priori. Les points critiques sont : la nature des contaminants, l’amplitude et la fréquence de la contamination. Par ailleurs, le PET recyclé aura été soumis à plusieurs cycles de température (extrusion, injection), ce qui peut favoriser la formation de produits de dégradation. »

En situation d’incertitude, on peut, soit renoncer, soit faire appel aux statistiques.

L’étude fait donc appel à un concept de l’US Environment Protection Agency, « le seuil de préoccupation toxicologique », pour établir une concentration maximale acceptable de contaminants au contact du PET recyclé. Ce concept issu de statistiques indique que pour des doses inférieures à 1,5 µg par personne et par jour, le risque  toxique est très faible. Cette dose est à répartir entre 1 kg de nourriture et 2 litres d’eau.

L’Afssa ne dit pas si la dose est transposable aux nourrissons…

Visiblement le concept ne plait pas au Groupe d’Experts spécialisés Eau qui précise :

«  Le CSHPF et l’Afssa ont retenu un seuil d’exposition de 1,5 μg/personne/jour comme seuil de préoccupation toxicologique à condition qu’il y ait un examen complémentaire de la structure chimique. Le Conseil de l’Europe précise également que l’évaluation toxicologique des substances dont la migration est inférieure à 0,5 μg/kg d’aliment ou 1,5 μg/personne/jour consiste à s’assurer qu’elles ne sont pas cancérogènes, » Très facile quand la substance n’est pas identifiée !

Quand on compare le traitement de ce problème à celui du Bisphénol A pour les biberons en polycarbonate, on voit tout de suite que l’écologie a un traitement de faveur !

A tout le moins la présence de PET recyclé au contact de l’eau dans la bouteille devrait être indiqué sur l’étiquette, ce qui permettrait au consommateur de choisir entre l’écologie et la santé

 

 

 

 

 

 

Références

 

Académie des Sciences (2006) Les eaux continentales. Chapitre 3 eau et santé EDP Sciences

AFSSA (2006)  Evaluation sanitaire des matériaux en PET recyclés utilisés en tant que matériaux au contact des denrées alimentaires ou de l’eau de boisson

Cahier des chroniques scientifiques n°12 (2008) Les filières hautes performances. Jusqu’où aller dans le traitement de l’eau. Veolia Environnement

Direction Générale de la santé (2005) La qualité de l’eau potable en France. Aspect sanitaire et réglementaire.

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. (2007) L’eau. Enjeux et perspectives de la recherche.

Naït Ali K.L. (2008) Le PET recyclé en emballages alimentaires. Approche expérimentale et modélisation. Thèse de l’Université de Montpellier II

Sénat. Rapport de l’OPECST n°215 (2002-2003) La qualité de l’eau et l’assainissement en France. (G.Miquel, sénateur)

DES PRODUITS MIRACLES DANS NOS ASSIETTES ? Un mythe revisité.

1 novembre 2009

La mode est aux produits « naturels » et le marketing l’a bien compris : tout est naturel selon les étiquettes ! (Mais pour ne pas être déçu, il est préférable que le consommateur ne lise pas la définition réglementaire de ce qui a droit à l’appellation !).  Pour conserver les salaisons, une addition de cinquante milligrammes par kilo de nitrites et nitrates (E 249 à 252) est acceptée par les règlementations, y compris pour les aliments « bio ». Une marque de jambon française croit bon d’indiquer sur son emballage que le nitrate est obtenu à partir de bouillon de légumes ! Nitrate naturel donc ! L’organisme fait-il la différence ?  Mais cela nous rappelle que les légumes contiennent  des nitrates : des légumes comme les épinards et la laitue en contiennent même beaucoup : le Règlement Européen 1881/2006 fixe la limite autorisée à 3000 mg de NO3 par kilo pour les épinards, et 4500 mg pour les laitues. L’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments)  a dosé jusqu’à 4800 mg de NO3 par kilo dans de la roquette, et estime qu’un européen qui consomme 400g de légumes par jour ingère environ 81 à 106 mg de NO3, soit sensiblement plus que l’apport par l’eau potable et les salaisons, dont on parle beaucoup, et qui est évalué à 35-44 mg par jour (EFSA 2008). (L’OMS fixe la dose acceptable à 3,7 mg/kg-j soit 222 mg par jour pour un adulte de 60 kilos, donc pas de panique !) Le docteur Jean-Michel Cohen, médecin nutritionniste, affirme même que les laitues engraissées au lisier contiennent plus de nitrites que celles qui ont reçu des engrais synthétiques ! Mais que l’engrais soit naturel ou synthétique, la plante contient  nitrate et  nitrite !

Ils ne sont pas seuls : les plantes pour se défendre contre les insectes et autres prédateurs,  élaborent aussi leurs propres insecticides :

 « Les plantes sont constamment soumises au cours de leur développement à l’attaque d’agents pathogènes, néanmoins elles sont résistantes à la plupart d’entre eux et la maladie est l’exception. Les plantes ont mis en place au cours de l’évolution des stratégies élaborées leur permettant de se défendre efficacement contre les agents pathogènes (virus, champignons, bactéries) » (N.Buhot thèse INRA 2003).On constate ainsi que les produits « bio » présentent souvent des teneurs plus élevées en défenses  naturelles. Cela peut être bénéfique lorsqu’il s’agit de polyphénols ou de vitamine C. Les polyphénols sont les armes de défense des plantes, et particulièrement de la vigne ; Mais le céleri stressé produit dix à quinze fois plus de psoralènes, qui est toxique et photosensibilisant, et la pomme de terre et la tomate produisent plus de glycoalcaloïdes toxiques. Dans les situations où la plante a été agressée (par exemple par des insectes) des synthèses de molécules spécifiques peuvent se produire (AFSSA 2003) L’étude des mécanismes naturels de défense des plantes et la mise au point d’« éliciteurs » capables de stimuler ces défenses est un domaine de recherche actuel des agronomes : la résistance systémique acquise, avec déjà certains résultats.

La résistance systémique de la plante a été jusqu’à présent obtenue  soit par le génie génétique, soit par de nombreux croisements. Le regretté Guy Ourisson –professeur émérite de l’Université de Strasbourg- aimait  raconter l’histoire d’un céleri rave issu de sélection naturelle, et résistant aux insectes, qui a défrayé la chronique aux Etats Unis. La résistance aux insectes de ce céleri, exempt de pesticides de synthèse, était obtenue par une concentration de 6,2 parties par million de psoralènes –cancérigènes, mutagènes – au lieu de 0 ,8 ppm  dans le céleri commun. Le psoralène étant  un phototoxique,  l’exposition  à la lumière des personnes ayant manipulé ou mangé ce céleri entraînait l’apparition de plaques rouges éruptives….La résistance des plantes doit donc être obtenue sans toxicité excessive pour le consommateur. Verra-t-on une époque où les fruits et légumes devront faire l’objet de tests de toxicité avant mise sur le marché ?

Et le poisson, riche en omega3, est aussi riche en mercure : le poisson vendu à la criée de Lorient en contient 400 microgrammes par kilo de poids frais en moyenne, d’après l’inventaire des « bruits de fond » de l’INERIS. La norme européenne accepte 1000 microgrammes par kilo  pour les poissons carnivores tels que le thon…Et pourtant il est bon pour la santé, à condition de ne pas  manger du thon tous les jours !

Il est aussi admis que l’absorption quotidienne  de fruits et de légumes est favorable à la santé, que ce soit pour les pathologies cardio-vasculaires, les maladies dégénératives du cerveau et le cancer. Ces bienfaits sont attribués à de nombreuses substances, telles que les vitamines et les antioxydants. Mais comme le fait remarquer Bruce Ames « les plantes ont besoin de défenses chimiques, qu’elles soient naturelles ou synthétiques, pour résister aux attaques des insectes prédateurs »  et aussi : « plus la plante est résistante aux insectes plus elle contient de toxines naturelles »  (B.Ames 1990 - L.S.Gold 1999)

Les fruits et les légumes ne manquent donc pas de substances qui, si elles étaient synthétiques seraient sans doute interdites. Par exemple les flavonoïdes, dont la quercétine présente dans le vin rouge, les pommes, le thé, les oignons. Manger 200 grammes de pommes de terre équivaut à absorber 15 milligrammes de toxines naturelles, dont la solanine et la chaconine. Ces toxines sont en outre bioaccumulables : on peut les doser dans les tissus d’un gros mangeur de pommes de terre ! Les isoflavones du soja, dont la génistéine et la daïdzéine, sont des phytoestrogènes puissants. La génistéine a un potentiel œstrogène estimé à 1 à 10% de celui de l’œstradiol, hormone féminine naturelle. L’AFSSA recommande d’éviter les substances riches en phytoestrogènes pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 3 ans. (Que dire dans ces conditions des biberons au lait de soja !) La prudence est justifiée par le fait que des troubles de la reproduction ont été observés dès 1960 chez des mammifères (lapins, chèvres, moutons, bovins) alimentés avec des fourrages tels que le trèfle rouge, riche en isoflavonoïdes. Un cas particulièrement signalé s’est produit en Australie, où des moutons sont devenus stériles. L’agent incriminé était le trèfle rouge (red clover)

Bruce Ames, inventeur du test de mutagénèse du même nom,  écrit que notre nourriture quotidienne contient 1,5 grammes de pesticides naturels  ( B.Ames 1990) Alors que la Food and Drug Administration des Etats Unis a trouvé que la dose de pesticides synthétiques et de polluants de l’environnement présents dans l’alimentation quotidienne aux Etats-Unis était de 0,09 mg par personne et par jour.( Gunderson E.L. 1988) (Une écologiste affirmait à la télévision française en décembre 2008 que les Français en avalent 1,5 kg par an ! soit 45600 fois plus ! Mais peut-être comptait-elle les pesticides naturels !

Dans un compte-rendu de l’Académie des Sciences des Etats-Unis (Vol 87 p7777 à 7781 Octobre 1990) Bruce Ames écrit : « Notre estimation de 1,5 g de pesticides par personne et par jour est basée sur le contenu en pesticides des principales plantes de notre alimentation : 13 grammes de café torréfié par personne et par jour contiennent 765 mg d’acide caféique, et de caféine. Les flavonoïdes et glucosinolates représentent plusieurs centaines de milligrammes. Les toxines de la tomate et de la pomme de terre une autre centaine. Vingt sept pesticides naturels cancérogènes pour les rongeurs sont présents dans de nombreux fruits et légumes :

Pommes, abricots , bananes, basilic, brocolis, choux de Bruxelles, choux, chou-fleur, carottes, céleris, cerises, endives, pamplemousses, raisin, pêches, poires, oranges, melon, miel, laitues, lentilles, moutarde, champignons, pois, poivre, ananas, radis, pomme de terre, tomates, sésame, thé, etc..Ces pesticides ont pour nom : acide caféique, , safrole, estragole, psoralène, acrylate d’éthyle, sinigrine, hydrazino-benzoate, sésamol, acétate de benzyle, acide chlorogénique, hydroquinone,  furfural   etc. ».

« Ceux qui consomment des aliments « sains et naturels » doivent savoir que ce faisant ils absorbent une étonnante variété de substances qui rendent malignes les cellules vivantes…la crainte superstitieuse des produits chimiques artificiels est largement répandue, alors que les substances chimiques naturelles sont toujours jugées bénéfiques », écrit l’écologiste James Lovelock, membre éminent de la Royal Society, l’Académie des Sciences britannique, dans « La revanche de Gaïa » (2007)

 

Mais tous ces fruits et légumes contiennent aussi des antioxydants bénéfiques, des vitamines, des minéraux essentiels, des protéines, du fer, etc. Et ils sont donc bons pour la santé, bio ou pas ! Car dire que des substances sont cancérogènes pour les rongeurs ne signifie pas qu’ils le soient pour l’homme. Compte tenu des doses énormes administrées à ces pauvres bêtes, pour limiter la durée des essais (deux ans quand même !) il est même étonnant qu’elles survivent ! Une grande majorité de scientifiques admet que c’est la dose qui fait le poison,  paraphrasant Bombastus von Hohenheim dit Paracelse (1493-1541) alchimiste et médecin suisse : « Gifft allein die dosis macht… », Et sauf pour les substances génotoxiques, pour lesquelles par précaution on admet que le risque n’est nul que pour une dose nulle, il existe en général une dose sans effet. Les toxiques de notre alimentation présentent sans doute des doses sans danger, à condition de varier les plaisirs.

Le cas de l’alcool illustre bien ce problème de dose : l’alcool éthylique, cancérogène reconnu pour l’homme, n’est pas génotoxique, il existe donc une dose sans effet toxique. Louis Pasteur avait déjà constaté qu’à faible dose, le vin pouvait être un aliment utile. Le Professeur S.Dally, de l’hôpital Fernand Widal de Paris, estime la dose admissible à 3 centilitres par jour d’alcool pour un adulte. On sait aujourd’hui que le vin contient des antioxydants bénéfiques pour la santé, tant que la dose admissible d’alcool n’est pas dépassée. Le vin, surtout le vin rouge, contient des polyphénols, des flavonoîdes tels que les catéchines dont les tannins sont des polymères, mais aussi des anthocyanidols. Toutes ces substances sont des antioxydants qui, par chance, ne sont pas détruits lors de la transformation du raisin en vin. (Mais attention à la dose : l’alcool est responsable de 10,8% des cancers constatés pour les hommes, et 4,5% pour les femmes, chaque année.). Il faut aussi éviter les expositions prénatales aux substances toxiques, qui pourraient être présentes dans le sang de la mère qui les a absorbées,  alors que l’enfant n’a pas encore la capacité de les métaboliser. Sont concernés l’alcool, la fumée du tabac, les drogues, mais aussi le mercure du poisson de mer, les phytoestrogènes tels que le soja,, les perturbateurs endocriniens, des huiles essentielles, certains médicaments… 

L’analyse coût-bénéfice de certains aliments est positive. Mais parler de produits miracles (Le Point n°1936 Octobre 2009) est un peu exagéré !

            L’idée que tout ce qui est naturel est bon pour la santé est vraiment une idée reçue, malheureusement très répandue et très à la mode. James Lovelock, déjà cité, écrit avec malice mais sans crainte d’être contredit, que le produit naturel le plus cancérogène pour l’homme est l’oxygène de l’air qu’il respire ! En effet, l’oxygène de notre respiration est la source de l’énergie cellulaire. Mais dans la cellule, il se transforme en plusieurs oxydants dont  l’anion superoxyde. Il en résulte une inflammation qui déclenche la production d’enzymes anti-oxydantes : les superoxydes dismutases (SOD) qui transforment l’anion superoxyde en  peroxyde d’hydrogène, lui-même est détruit par d’autres enzymes : catalase, glutathion peroxydase, empêchant la formation de radicaux libres dérivés de l’oxygène plus réactifs, comme le radical hydroxyle ou  le peroxynitrite, responsables du «  stress oxydant » qui  endommage les cellules. L’organisme peut aussi éliminer les cellules lésées. Et activer le système de réparation de l’ADN. (M. Tubiana C.R.Biologies 2008)  Mais l’oxygène est bien une substance cancérogène pour l’organisme. D’où l’intérêt des antioxydants, vitamines C et E…mais aussi polyphénols et autres flavonoïdes. Cependant, l’Académie des Sciences, l’Académie de Médecine, le Centre International de Recherches sur le cancer (OMS)  estiment, dans un rapport commun du 13 septembre 2007 que, «  même si l’effet bénéfique d’une alimentation riche en fruits et légumes pour le risque de cancer n’est pas établi, il ne faut pas mettre en cause les conseils alimentaires donnés dans ce domaine car ils restent valables pour la prévention des maladies cardiovasculaires et du diabète. » Alors, produits miracles ?

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Académie des Sciences, Académie de Médecine, CIRC (OMS Lyon) Institut de France (2007) Rapport : Les causes du cancer en France

Afssa (2003) Evaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments « bio ». Rapport Juillet 2003

Ames Bruce N, Margie Profit, L.S.Gold (1990) Nature chemicals and synthetic chemicals: comparative toxicology. Proceedings Nat. Acad. Science USA, vol 87 p7782-7786

Ames Bruce N. Margie Profit, L.S.Gold (1990) Dietary pesticides: 99, 99% all natural. Proceedings Nat. Acad. Science USA, vol 87, p7777-778

 

Buhot Nathalie (2003) Le rôle des élicitines et des protéines de transfert de lipides dans l’induction de la résistance des plantes à leurs agents pathogènes. Thèse INRA Université de Bourgogne

INERIS (2009) Inventaire des données de bruit de fond dans l’air ambiant, l’air intérieur, les eaux de surface et les produits destinés à l’alimentation humaine en France Rapport DRC-08-94882-15772A L. Délery et C Mandin

Gold L.S. et all (1999) Env. Health Perspectives 107 suppl.4, 527

Gunderson E.L. (1988) J. Assoc.Off.Anal. Chem. 71, 1300-1309

Lovelock James (2007) La revanche de Gaïa (essai) Flammarion

Tubiana Maurice (2008) Généralités sur la cancérogénèse. Comptes rendus Biologies 331

LE STEAK FRITES EST-IL DANGEREUX POUR LA SANTE ? (pour rire un peu d’un sujet très sérieux !)

4 décembre 2008

 

En  Avril 2002, la Swedish National Food Administration donnait l’alarme : « De l’acrylamide peut se former dans les aliments riches en amidon, pommes de terre frites, chips, pain, toasts, lors de procédés de cuisson tels que la friture, la cuisson à la poêle, le rôtissage, tous procédés utilisant des températures élevées »

Deux articles de la revue Nature ( Mottram et al. 2002 et Stadler et al. 2002 ) expliquent la formation de ce produit toxique à partir des sucres et des acides aminés de la pomme de terre, par une réaction connue sous le nom de réaction de Maillard.

L’ acrylamide a été trouvé cancérogène pour les animaux de laboratoire soumis à de fortes doses, mais les études épidémiologiques réalisées sur les personnels exposés n’ont pas montré d’effets cancérogènes. Cependant, l’Environmental Protection Agency des Etats-Unis fixe une dose journalière admissible (DJA) très faible. La Dose de Référence RfD, dénomination pour l’EPA de la dose journalière admissible, est de 0,0002 milligramme par kilo de poids corporel et par jour ( Base de données IRIS 2008 )

Et comme l’EPA classe la substance « probablement cancérogène pour l’homme », un excès de risque unitaire ERU de 4,5 par milligramme d’exposition par kilo de poids corporel et par jour est indiqué .

Mais l’acrylamide n’est pas la seule substance toxique présente dans les pommes de terre frites…L’huile de friture surchauffée entraine la formation d’acroléine, dont la dose de référence est de 0,0005 milligramme par kilo et par jour. Pour mémoire, il faut aussi signaler que la pomme de terre contient d’autres substances toxiques : la chaconine et la solanine sont des glycoalcaloïdes, des toxines développées par la plante pour se défendre contre les insectes. Ces toxines sont présentes dans les pommes de terre à la concentration d’environ 75 milligrammes par kilo. Elles sont tératogènes et bioaccumulables. On en trouve dans les tissus de gros mangeurs de pommes de terre ( B.N. Ames 1990 )

Le steak, quant à lui, même produit  par l’agriculture biologique, peut contenir de nombreuses substances toxiques :des phytoestrogènes et des mycotoxines ; dont la nature et la quantité dépendent directement de la nourriture du bovin ; les céréales, en particulier le maïs, peuvent contenir des fumosinines, des zéaraléones, des aflatoxines, des ochratoxines, des trichotécènes, tous toxiques et soumis au Règlement européen n° 1881- 2006 du 19 Décembre 2006. ( les aflatoxines sont cancérogènes et génotoxiques. Le JECF, Joint Expert Committee for Food, a estimé en 1999 que 1 mg d’aflatoxines par kilo et par jour augmente le risque de cancer du foie de 13 cas sur 100000) . Le fourrage n’est pas en reste ; le foin stocké trop humide développe les mêmes mycotoxines à l’exception de la fumosinine. Par chance, et contrairement au lait, la viande n’est pas le vecteur principal de la transmission de ces toxiques à l’homme…Mais les produits carnés contribuent pour 8% à l’apport de dioxines de 1,8 picogramme ITEQ par kilo et par jour de l’alimentation des Français.( AFSSA 2005 )

Mais c’est la cuisson du steak qui va apporter la plus grande contamination. La cuisson au barbecue, au bois ou au charbon de bois, représente une véritable usine à polluer. Les fumées contiennent des hydrocarbures polycycliques aromatiques ( HAP ), des dioxines et les nombreux polluants crées par la combustion des graisses : acroléine, acide acrylique, acrylamide…en particulier. La cuisson à la poêle, moins polluante, apporte néanmoins son lot de produits de dégradation des graisses. Ainsi les viandes grillées peuvent contenir entre 130 et 160 microgrammes de HAPs par kilo, selon l’OMS ( OMS-FAO 2006 )

Autres substances incriminées: les amines aromatiques hétérocycliques (AAH) qui se forment pendant la cuisson par réaction de la créatine et de la créatinine avec les acides aminés et les sucres. Ces substances sont fortement mutagènes et sont absorbées avec la viande. La consommation de grandes quantités de viande rouge est donc déconseillée (Norat et al 2005)

Et si le steak est haché, il peut contribuer aux intoxications alimentaires : les steaks hachés représentent une des causes « sensibles » des intoxications alimentaires dues à escherichia coli ou autres bactéries pathogènes.( Institut de Veille Sanitaire 2005 )

Le niveau de contamination des frites par l’acrylamide a fait l’objet de nombreuses recherches depuis 2002. L’Office Fédéral de la Santé Publique Suisse indique que les frites et les chips de pommes de terre  contiendraient entre 1500 et 2000 microgrammes d’acrylamide par kilo. L’OMS en a trouvé entre 20 et 830 microgrammes par kilo avec une moyenne de 385 µg/ kg . Sur 29 échantillons, l’AFSSA a  mesuré entre 138 et 2480 µg/kg avec une moyenne de 786 µg/kg. Le Docteur Lecerf, de l’Institut Pasteur de Lille, région très concernée car comprenant de gros mangeurs de frites, a trouvé de 200 à 12000 µg/kg dans les frites et 170 à 3700 µg/kg dans les chips ? Ces gros écarts proviennent probablement du mode de préparation.

Manger un steak frites comporterait donc des risques sérieux, si on se réfère à la dose journalière acceptable de l’US EPA, 0,2 microgramme par kilo et par jour. On peut calculer combien un enfant de 20 kg de poids corporel peut consommer de frites chaque jour sans danger ;

0,2 x 20 = 4 microgrammes d’acrylamide par jour qui sont contenus dans 1000 x 4 / 786 = 5,2 grammes de frites par jour, en admettant la concentration moyenne en acrylamide indiquée par l’AFSSA , mais ce chiffre de 5,2 est un maximum car il y a d’autres sources : le pain en particulier.

Un enfant aime les frites et les chips : il en consomme certainement plus de 5,2 grammes en moyenne par jour.  Mais les risques seraient encore plus grands si les frites, sans doute cuites à l’huile trop chaude, contenaient les 12000 µg par kg relevés par l’Institut Pasteur de Lille. Peut-on sérieusement admettre un risque pareil pour la santé de nos enfants ?

L’AFSSA a d’ailleurs calculé la dose d’exposition de la population française à l’acrylamide, compte tenu des nombreuses sources dans l’alimentation. Les adultes seraient exposés à une dose moyenne de 0,5 microgramme par kilo et par jour et les enfants à 1,25 µg/j, soit 6 fois plus que la dose autorisée par l’Environmental Protection Agency des Etats-Unis…. Ce résultat n’est guère surprenant si on relève que, outre les frites et les chips, les pommes de terre sautées contiennent entre 270 et 290 microgrammes d’acrylamide par kilo ! Mais on en trouve aussi dans le pain, 370 à 450 µg/kg dans le savoureux knackebrot suisse bien croustillant ! Les snacks salés à base de pomme de terre sont crédités de 428 µg/kg et les céréales du petit déjeuner entre 5 et 410 µg/kg.

Si l’on admet le risque cancérogène calculé par l’US EPA, la dose de 0,5 µg/kg j entraine un excès de risque individuel de 4,5 x 0,5 x 10-3 = 2,25 10-3 soit un risque comparable à celui du fumeur ! Qui peut croire que le fait de manger des frites soit si dangereux ?

Cette rapide mais sérieuse analyse des risques permet de classer le steak frites parmi les sujets de santé préoccupants, qui, suivant le principe de précaution inscrit dans la Constitution Française, devrait entrainer des études complémentaires, à commencer par une révision de la dose journalière acceptable…

D’ores et déjà, l’Office Fédéral Suisse de Santé Publique, préconise des modifications substantielles dans la préparation des frites : des recherches ont en effet montré que des frites plus épaisses contenaient moins de polluant. La température de cuisson a également un rôle important dans la réaction entre les sucres et les acides aminés de la pomme de terre. Des frites préparées à température trop élevée, qui peuvent contenir 12000 microgrammes d’acrylamide par kilo sont à coup sûr mauvaises pour la santé et devraient être jetées. Les French Fries vont-elles devenir des Swiss Fries, beaucoup plus blanches et épaisses ?

La Suède, qui est à l’origine de la découverte, et la France, pays d’invention de la recette, auraient demandé à la Commission Européenne de faire établir une note BREF, Document de Référence pour les Meilleures Techniques Disponibles, pour la préparation des frites et des chips à partir de pommes de terre, mais cette nouvelle n’est pas confirmée par les sources officielles. D’ailleurs, il faudrait aussi établir des notes BREF pour le pain, les biscuits, les toasts, les crackers, les céréales du petit déjeuner, et le café en poudre!

Mais une autre piste de réflexion doit également être explorée ;  les pays gros mangeurs de frites ont constitué une commission d’Experts Toxicologistes pour réviser la dose de référence, dose journalière admissible pour l’acrylamide. La RfD de l’Environmental Protection Agency des Etats-Unis, source privilégiée par la Direction Générale de la Santé, en France pour l’établissement de l’étude d’impact ( volet santé ), pourrait en effet se révéler trop conservative.  Il faut rappeler que les doses constatées sans effet sur la santé des animaux de laboratoire sont ensuite divisées par des coefficients dits « d’incertitude » qui sont de l’ordre de 5000, mais qui peuvent aller jusqu’à 1 million ! Très récemment une association de toxicologues européens a demandé que ces coefficients soient beaucoup plus limités…Cette histoire de frites révélée par la revue Nature jette un doute sérieux sur la validité des bases utilisées dans les  analyses de risques pour la santé, à l’origine de nombreuses interdictions ! Faute d’une révision sans doute très justifiée de la dose acceptable, comment pourrait-on admettre que cette dose soit dépassée de 600% pour nos enfants, par le simple fait de manger des frites !

 

BIBLIOGRAPHIE

AFSSA (2005) Point d’information sur l’acrylamide n° 3, 13 mai 2005

AFSSA  (2005) Dioxines, furanes et PCB de type dioxine. Evaluation de l’exposition de la population française. Nov 2005

Ames B.N. (1990) Nature’s chemicals and synthetic chemicals. A comparative toxicology. Proceedings Nat. Acad.Science USA, Vol 87- 7782-7786

Environmental Protection Agency (2008) Banque de données IRIS

Institut de Veille Sanitaire (2002) Zoonoses alimentaires pour l’année 2000 N°7

Lecerf J.M. (2002) Conférences de l’Institut Pasteur de Lille Avril 2008-

Mottram et al. (2002) Acrylamide is formed in the Maillard reaction. Nature 419 (3) 448-449

Norat T et al (2005) J. National Cancer Institute 97 ; 906-916

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OMS-FAO (2006) Contamination des denrées alimentaires par les HAP La Haye 24-28 avril 2006

Stadler et al. (2002) Nature 419 (3) 449-450